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Alfa Hôtel, un an après
L'emblématique hôtel face à la gare garde ses portes closes depuis un an. La curatrice Yvette Hamilius travaille encore sur «l'addition» dans le 
cadre de la procédure de faillite initiée le 2 juin.

Alfa Hôtel, un an après

Pierre Matgé
L'emblématique hôtel face à la gare garde ses portes closes depuis un an. La curatrice Yvette Hamilius travaille encore sur «l'addition» dans le 
cadre de la procédure de faillite initiée le 2 juin.
Économie 3 min. 14.03.2018

Alfa Hôtel, un an après

Thierry LABRO
Thierry LABRO
Un an après sa fermeture surprise, le mercredi 15 mars, le mythique établissement de la gare n'a toujours pas rouvert ses portes. Et ce n'est pas pour demain.

L'éléphant noir aux pattes à fleurs dorées tourne le dos à l'agitation de la gare. A gauche, un petit panneau invite à retirer de l'argent au guichet d'ING. Au centre, un numéro de portable renvoie vers le vigile qui garde l'établissement 24 heures sur 24. A droite, le menu de la brasserie repérée par le guide Michelin propose toujours, entre autres, un pavé de rumsteak luxembourgeois à 27 euros ou un château Les Crostes 2011, propriété du prince Félix, médaillé d'argent au concours de vins de Mâcon. La poussière s'accumule sur les tables rangées. La terrasse est dans un renfoncement à côté de la pharmacie. Les drapeaux luxembourgeois et européen flottent au vent et les rideaux laissent entrer la lumière dans toutes les chambres.

Mais l'Alfa Hôtel est toujours fermé. Il y a un an, au petit matin, des huissiers et Rolphe Reding, le gestionnaire de l'établissement dans lequel les généraux américains Eisenhower, Patton et Bradley descendaient à la fin de la Seconde Guerre mondiale, invitaient les 80 employés à retourner chez eux.

L'addition tarde

S'engageait alors une bataille de communication autour de la responsabilité de ce coup de théâtre entre M. Reding et le mystérieux investisseur suisse, représenté au Luxembourg par l'avocat Pierre Metzler. Le premier affirmait avoir toujours payé ses dettes et dénonçait la volonté du propriétaire de revendre à un grand groupe hôtelier international. Le second déclarait agir pour les intérêts de son client. Le 2 juin, la justice confiait à Yvette Hamilius le soin de démêler l'imbroglio. La faillite d'Alfa Gestion, estimée dans un premier temps à trois ou quatre millions d'euros, pourrait atteindre près de dix millions si l'on s'en réfère aux derniers résultats publiés, ceux de 2016. La curatrice n'a pas encore rendu «l'addition» de la faillite.

Protégés par l'ADEM après avoir saisi un syndicat, les employés ont touché les montants prévus par la loi par le Fonds pour l'emploi. Fin juillet, comme la curatrice s'y était engagée dès sa sortie du tribunal, 73 salariés, dont 19 résidents (34 hommes et 35 femmes) avaient touché leurs indemnités en retard plus leur préavis légal.

Dans un secteur qui ne connaît pas la crise, tous ceux qui voulaient trouver du travail en ont retrouvé un. Un brin nostalgique, l'un d'entre eux, Alain Bonnal, souligne que «parfois je rencontre des anciens clients qui viennent parler du bon vieux temps. Je vois aussi que cet endroit manque à la vie du quartier de la gare le soir. C'est dommage.»

Une rumeur a circulé. Le propriétaire ne parviendrait pas à vendre l'immeuble dans lequel d'importants travaux sont à prévoir. «Faux», répond son avocat «il n'a jamais été question de le vendre! Nous sommes en train de faire évaluer les travaux à effectuer. Même des travaux sur les installations. Ça prend du temps parce que nous sommes dépendants des entrepreneurs, non seulement pour les évaluer, mais pour les réaliser», disait-il en fin de semaine. Les négociations sont au point mort, affirme-t-il aussi. «Oui, nous avons reçu des marques d'intérêt, mais pas plus. Vu l'état délabré, nous avons d'abord besoin de nous faire une image concrète de la situation.»

Le groupe AccorHotel a toujours refusé de répondre précisément à nos questions. Mais dans cette histoire, il a déjà fait un heureux: le directeur de l'hôtel aux moustaches en guidon de vélo a retrouvé un job idéal. Depuis septembre, il dirige le nouveau Novotel quatre étoiles, le premier, à Charleroi. Willem Dullemond a la responsabilité de 45 employés au service des clients de 123 chambres.


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