Changer d'édition

Aditya, cerveau d'acier et coeur de braise
Économie 4 min. 07.03.2018 Cet article est archivé

Aditya, cerveau d'acier et coeur de braise

Lundi, le fils de Lakshmi Mittal est devenu le numéro 2 du géant de l'acier

Aditya, cerveau d'acier et coeur de braise

Lundi, le fils de Lakshmi Mittal est devenu le numéro 2 du géant de l'acier
ArcelorMittal
Économie 4 min. 07.03.2018 Cet article est archivé

Aditya, cerveau d'acier et coeur de braise

Thierry LABRO
Thierry LABRO
Le géant mondial de l'acier a annoncé lundi matin la nomination au poste de "president" d'Aditya Mittal. Le fils du fondateur du groupe devient officiellement le numéro 2. Portrait d'un stratège qui, enfant, traînait déjà dans la première usine de son père.

«J’avais l’habitude de passer le samedi soir à la fonderie». Sur l'île de Java, à Surabaya, le petit Aditya Mittal tue l'ennui des années 1980. 

Le quadragénaire désigné hier «president», le numéro 2 d'ArcelorMittal, ne se doute pas encore qu'Ispat, la société créée par son père le jour de sa naissance, le 22 janvier 1976, deviendra trente ans plus tard le géant mondial de l'acier. Le gamin, qui accompagne Lakshmi dans cette usine sombre installée sur un champ de riz où de grosses louches versent du métal brûlant, n'a même aucune idée qu'il en sera le «cerveau». 

Diplômé en économie et finances d'entreprise de l'université américaine de Wharton School, où sont passés Warren Buffett, Elon Musk (Tesla et SpaceX), Sundar Pinchai (Google) ou Ivanka Trump et Donald Trump, le jeune homme est, à vingt ans, bien décidé à embrasser une carrière dans la finance. 

A l'université de Pennsylvanie, l'ambitieux a rencontré une beauté indienne d'Hyderabad qui le méprise pendant des mois. «Je me suis arrangé pour passer beaucoup de temps avec elle», dit Aditya. «Ma persévérance l’a emporté.» Megha, qu'il épouse dans les fastes londoniens en 1998, attend aujourd'hui un troisième enfant. 

Double message à la Chambre de commerce

Le 13 décembre à la Chambre de commerce, le directeur financier d'ArcelorMittal et directeur général d'ArcelorMittal Europe – deux fonctions qu'il continuera d'exercer – avait emmené l'aînée de ses deux filles. A 11 ans, la petite a découvert le futur siège de la société, au Kirchberg, mélange de parois de verre et de poutrelles d'acier luxembourgeoises. 

Le 13 décembre, Aditya était au Luxembourg pour dévoiler le nom des architectes qui ont dessiné le nouveau siège du groupe. Au Kirchberg.
Le 13 décembre, Aditya était au Luxembourg pour dévoiler le nom des architectes qui ont dessiné le nouveau siège du groupe. Au Kirchberg.
Guy Jallay

Le message de tradition est double, pour ceux qui s'inquiètent de l'avenir du groupe au Luxembourg et pour ceux qui observent la réussite incroyable de cette famille indienne. 

Comme dans sa vie privée, c'est aussi sa persévérance qui a convaincu son père, Lakshmi, de l'installer aux manettes des fusions-acquisitions qui s'enchaînent depuis la première, à Trinidad et Tobago en 1989. 

  • Michel Wurth, membre du conseil d'administration d'ArcelorMittal, ne tarit pas d'éloge pour Aditya Mittal. «C'est un garçon brillant qui a accompli beaucoup de choses remarquables dans sa carrière exceptionnelle», disait-il, hier matin.

  • Aditya a toujours joué un rôle important au côté de son père. Ils sont en symbiose. C'est un vrai leader jamais pris en défaut. Formé aux finances et d'abord responsable des fusions-acquisitions, c'est un négociateur. Brillant dans le raisonnement et dans la synthèse, ce rassembleur connaît l'importance des réseaux, sait diriger pour s'assurer que chacun prenne son rôle.

  • Son père reste le numéro 1, le président-directeur général et le président du conseil d'administration. Mais en plus de la direction des finances et de l'Europe, Aditya jouera un rôle dans toutes les questions du groupe, notamment sur la stratégie. La famille Mittal est, et de loin, l'actionnaire le plus important et c'est à elle de régler la «présentation» mais Aditya est une personnalité reconnue.

  • Nous lui avions proposé de prendre la présidence du comité sur cette question, ce qu'il avait accepté facilement. Il avait emmené une de ses filles pour qu'elle voit le travail de son père. C'est une bonne illustration de la volonté du groupe de rester au Luxembourg et l'implication de la famille. ⋌

La Bourse et Arcelor, ses deux faits d'armes

«Je voulais travailler pour un groupe coté, avec une identité indépendante de la famille et de véritables opportunités de croissance. Nous en avons discuté et mon père m'a dit: ,D'accord, nous allons entrer en Bourse et tu vas y contribuer‘», explique Aditya dans un des nombreux portraits que les médias ont consacrés à l'héritier de l'empire Mittal. 

Dans son bureau, où trois œuvres rappellent ses origines (la déesse indienne de la sérénité), son rêve (la Lune) et la réalité (une aciérie ukrainienne), le jeune homme au style direct et franc, à la cravate seulement à quelques occasions, est aux premières loges. Premier arrivé et dernier parti, le cerveau de l'introduction en Bourse, six mois après son arrivée dans le groupe y acquiert ses titres de noblesse

2006. Aditya a bien murmuré à l'oreille de son père. Mittal rachète Arcelor.
2006. Aditya a bien murmuré à l'oreille de son père. Mittal rachète Arcelor.
Reuters

En décembre 2005, toute la famille est au ski dans sa villa de Saint-Moritz quand le jeune loup évoque une OPA sur Arcelor. «J’ai estimé que c’était une idée folle», se souvient son père. Comme toujours, le financier démontre l'intérêt... et la transaction est bouclée fin juin 2006 après des jours et des nuits d'orfèvrerie financière digne des horlogers suisses. 

Au 18-19 Kensington Palace Gardens, l'allée des milliardaires où s'est installée la famille indienne et où elle vit la majorité du temps quand les affaires ne l'entraînent pas à droite et à gauche, on exulte. Deux mois plus tard, le père offre le «numéro 6», une imposante bâtisse, à son fils. 

Essar Steel dans le viseur

«Je veux accomplir dans l'acier avec le nom Mittal ce que Ford a réussi dans l'automobile. Pour mon père», confiera-t-il plus tard au patron du Crédit Suisse qui n'a pas pu retenir la tornade bien longtemps. 

Tandis que la sidérurgie européenne poursuit sa lente hémorragie entamée avec les premiers chocs pétroliers, la crise de 2008 est transformée en opportunité d'investir dans les mines et de maîtriser la chaîne de production. Sa nomination intervient sur fond de guerre de l'acier avec les Chinois, de taxes à l'importation aux Etats-Unis. 

Vendredi, avec Nippon Steel & Sumitomo Metal Corporation, ArcelorMittal a présenté un plan de reprise de l'Indienne Essar Steel

«L'Inde pourrait être l'économie ayant la plus forte croissance au monde dans la prochaine décennie et la demande en acier progressera avec l'économie», a estimé Aditya Mittal. Le stratège a parlé. 

Avec un bénéfice net de 4,6 milliards de dollars, multiplié par 2,5 sur un an et un chiffre d'affaires en progression de 21 % à 68,7 milliards de dollars, ArcelorMittal et les Mittal ont déjà de nouveaux projets.


Sur le même sujet