Changer d'édition

A la tête de la SES: Karim Michel Sabbagh, un patron discret
Économie 4 min. 24.02.2015 Cet article est archivé

A la tête de la SES: Karim Michel Sabbagh, un patron discret

«Dans le monde des consultants, on est bien préparés analytiquement. A comprendre tous les sujets. Mais on ne voit jamais comment tous ces éléments opèrent en même temps», dit ce Libano-Canadien entré en avril 2011 au conseil d'administration du géant des satellites

A la tête de la SES: Karim Michel Sabbagh, un patron discret

«Dans le monde des consultants, on est bien préparés analytiquement. A comprendre tous les sujets. Mais on ne voit jamais comment tous ces éléments opèrent en même temps», dit ce Libano-Canadien entré en avril 2011 au conseil d'administration du géant des satellites
Pierre Matge
Économie 4 min. 24.02.2015 Cet article est archivé

A la tête de la SES: Karim Michel Sabbagh, un patron discret

Ne cherchez pas de portrait de Karim Michel Sabbagh: il n'en existe pas. De sa quinzaine d'années de consultant, notamment chez Booz&Company, le CEO de SES, boutons de manchettes et chemise à ses initiales, a conservé un goût prononcé pour la discrétion.

«Je suis pudique», s'excuse ce féru de lectures, surtout des biographies d'hommes de médias ou d'économistes nobelisés ou pas, qui bascule fluidement du français vers l'anglais quand un mot lui manque.

«Dans le monde des consultants, on est bien préparés analytiquement. A comprendre tous les sujets. Mais on ne voit jamais comment tous ces éléments opèrent en même temps», dit ce Libano-Canadien entré en avril 2011 au conseil d'administration du géant des satellites et appelé à succéder à Romain Bausch il y a un an, notamment pour sa connaissance des marchés émergents. «SES m’a apporté un environnement où je peux continuer à m’investir à un niveau global, à explorer les possibilités d’impact de la technologie sur les communautés et l’opportunité de travailler dans une équipe où les compétences fonctionnelles sont extraordinaires.

Ce que l’équipe de gestion fait, c’est aller plus vite, de manière plus intégrée et de manière affirmative! Je ne crois pas qu’une personne seule fasse la différence. J’aime faire partie d’une équipe qui bâtit quelque chose.» Très structuré, préparé et précis, souvent très académique, exigeant avec lui-même et avec son équipe, il se dit toutefois conscient du risque de surmenage pour que «tout le monde avance dans le bon rythme».

Après Montréal ou Dubaï, il s'est installé avec sa famille à Luxembourg, où il passe 50 % de son temps. «Ça convient parfaitement à mon style de vie: c’est toute la diversité que j’aime. Je me suis toujours considéré comme un global citizen. A Luxembourg, on respecte la vie privée.»

Peu adepte du «je» ou du «moi, je», il revient très vite vers la sphère professionnelle. «Dans mon métier précédent, il était important d'avoir accès aux décideurs, d'être traité d’égal à égal. C’est le cas ici. J’ai eu une discussion avec Luc Frieden, alors ministre des Médias, avec Xavier Bettel, le Premier ministre ou Etienne Schneider, le ministre de l’Economie. Tout le monde a envie d’aller de l’avant. On n’évite pas de se poser les questions difficiles, d’élaborer de nouveaux scénarios. C’est un partenariat. Mes expériences ont réussi pour cela.»

«Avec 39 lancements sur 70 d'Ariane, nous restons son meilleur client. Mais l'avenir et les marchés émergents nous obligent à revoir nos modèles.»
«Avec 39 lancements sur 70 d'Ariane, nous restons son meilleur client. Mais l'avenir et les marchés émergents nous obligent à revoir nos modèles.»
Pierre Matge

Cet orateur réputé brillant est bardé de diplômes: un BBA avec les honneurs de l'université américaine de Beyrouth, un MBA de la même université, un PhD, là encore avec les honneurs, de l'American Century University du Nouveau Mexique en management stratégique et un doctorat en management international de l'Ecole internationale de Management de Paris.

Autant de références qui ne l'empêchent pas d'être «ému» – c'est nous qui soulignons – à l'idée d'aller faire son jogging sur une ancienne voie romaine ou d'aller à la rencontre d'un continent marqué par l'Histoire en emmenant un de ses deux fils à Waterloo.

Ses modèles, d'ailleurs, il les emprunte à l'Histoire et au sport. Admiratif pour les héros discrets comme Amundsen, Hillary ou Stengemar plutôt que Scott, Mallory ou Girardelli. Des modèles d'une discrétion qu'il a dû égratigner il n'y a pas si longtemps: convaincu que l'avenir de son industrie passe notamment par une réduction des coûts de lancement, il s'acoquine avec l'Américain Elon Musk et son SpaceX, deux à trois fois moins cher qu'Ariane.

«Avec 39 lancements sur 70 d'Ariane, nous restons son meilleur client. Mais l'avenir et les marchés émergents nous obligent à revoir nos modèles.» Si officiellement, le p.-d.g. d'ArianeEspace, Stéphane Israël, a bien compris le message, dans son entourage, on se demande si, bientôt, il faudra payer pour lancer un satellite... Pique directement adressé au CEO luxembourgeois. Signe que si l'ancien consultant revendique toujours sa discrétion, sa mue a commencé et qu'on la voit. Le début d'une aventure pour au moins cinq à sept ans. «Il y a deux considérations. Il y a un certain cycle d’investissement, grosso modo de cinq ans. Mais les études l'affirment: la moyenne d’un CEO, c’est sept ans et demi. Je serai là aussi longtemps que je pourrai apporter quelque chose!»

Thierry Labro