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A la reconquête de l'espace
Économie 4 min. 15.03.2018 Cet article est archivé

A la reconquête de l'espace

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Économie 4 min. 15.03.2018 Cet article est archivé

A la reconquête de l'espace

Pierre SORLUT
Pierre SORLUT
Le plan Rifkin conceptualise dès aujourd'hui le mode de vie et le modèle d'affaires souhaités pour demain.

L'annonce d'un investissement de plusieurs centaines de millions d'euros n'attire plus les politiques comme des aimants, bien au contraire même. La polémique sur l'éventuelle implantation au Luxembourg des lignes de production de yaourt Fage et de laine de roche isolante Knauf pose la question de la croissance souhaitée par les résidents du Luxembourg. La logique d'accumulation capitalistique trouve ses limites dans un territoire en voie de saturation. Outre les risques de pollution générés par ces usines, la qualité de la croissance induite par ces implantations industrielles invite à la réflexion. 

A quoi bon faire venir de l'étranger de la main-d'oeuvre non qualifiée si ce n'est améliorer des indicateurs obsolètes? Ce sera juste davantage de retraites à financer et plus de monde sur les routes, se dit-on. Etablir une relation entre l'embouteillage du matin et la conquête des minerais portés par les astéroïdes, lier le souci du quotidien à sa solution de demain, voilà justement l'objectif de ce supplément. L'actualité regorge de sujets dont on pense trop souvent qu'ils ne nous concernent pas, voire qu'ils relèvent de la science-fiction. 

Pour les jeunes, pour tout le monde  

Or le plan Rifkin, l'établissement d'un superordinateur ou la recherche sur les nanotechnologies connaissent des développements bien tangibles (voir encadré) aujourd'hui pour rendre nos vies meilleures. Déjà 7 % de la population active au Grand-Duché travaillent dans ce secteur visant l'amélioration des matériaux par des manipulations sur ses nanoparticules, fait savoir le List (institut luxembourgeois de science et de technologie). Le superordinateur luxembourgeois bénéficie de dix millions d'euros de financement gouvernemental et devrait voir le jour entre cette année et la prochaine. Il sera mis à disposition des entreprises qui souhaitent opérer des milliards de calculs à la seconde, notamment dans le traitement du big data.


Regard sur l'économie de demain
Débat sur le modèle de croissance, nouveaux modes de consommation, mise en oeuvre du plan Rifkin , projet de conquête des astéroïdes... le Luxembourg s'interroge sur son futur. Le "Luxemburger Wort" y consacre un dossier.

Le «plan Rifkin», du nom du futurologue qui a réfléchi pendant un an avec 300 acteurs locaux à une économie durable et désirée, suit son cours. Présenté en novembre 2016, il cartographie les pistes de réflexion et mobilise les acteurs du changement. C'est son ambition.  Les quelques jeunes rassemblés au grand théâtre pour le premier anniversaire de l'étude stratégique avaient regretté la présence de tant de «gens en costume» dans le public. Au-delà des velléités hors sol pour le commun des mortels de faire du Luxembourg le premier Etat «de l'ère intelligente et écologique», la rédaction du «Luxemburger Wort» souhaite aujourd'hui via le dossier "Regard sur l'économie de demain" donner un aperçu (non exhaustif) de l'avancement des travaux liés à la stratégie Rifkin dans des domaines clés de l'économie comme l'énergie et la logistique. 

Le travail reste à la frontière   

L'initiative Rifkin n'est pas un projet hors sol. Financé à parts égales par le gouvernement et la Chambre de commerce, l'initiative capitalise sur la contribution des membres de l'organisation patronale. Si seule une «minorité d'entre eux» participent activement aux huit groupes de travail thématiques (selon le témoignage d'un représentant de la Chambre de commerce), des développements tangibles sortent de terre. Bientôt, tout un chacun pourra, s'il le souhaite, bénéficier des fruits du travail du futurologue et de ses disciples locaux. 

 Avec l'internet de l'énergie, les utilisateurs des réseaux électriques jouissent d'une plateforme centralisant les données collectées via les compteurs intelligents. Comme développé par ailleurs (page 3), les particuliers, individuellement ou réunis en collectivité, pourront consommer l'électricité qu'ils produisent via leurs panneaux photovoltaïques et être exonérés de la taxe d'utilisation des réseaux. La consommation électrique, comme les charges de voitures, sera dans l'ensemble rationalisée et optimisée. 

La mobilité est conçue comme un service. Des applications permettent l'accès à de nouveaux modes de transport comme le carsharing (autopartage ou mise à disposition de véhicules pour la communauté) ou le carpooling (covoiturage). A terme, un site internet rassemblera les trajets liés à ces alternatives aux horaires de bus et de train. La mobilité comme service consiste aussi à limiter les besoins en mobilité. Dans cet esprit, des espaces de travail délocalisés voient progressivement le jour aux frontières, à Belval, à Frisange, à Dudelange, à Steinfort, à Wasserbillig et à Grevenmacher. Selon une étude réalisée auprès d'entreprises, 4.000 personnes sur 25.000 seraient intéressées. 

 Des écoquartiers vont rassembler des personnes souhaitant générer un impact positif sur leur lieu d'habitation en vertu du principe d'économie circulaire. Le hotspot de Wiltz rassemblera ainsi quelque 2.300 habitants sur 34 hectares au sein de 1.000 unités d'habitation. 

Un centre de compétences en cybersécurité C3 veille déjà depuis le boulevard d'Avranches sur la sécurité des réseaux luxembourgeois où l'on accueille les données sensibles du monde entier. Des «plateformes technologiques co-implantées» pour les chercheurs industriels et universitaires voient le jour. Le programme «Digital for industry» de la Fedil et de Luxinnovation encadrent les entreprises dans l'intégration du digital à leur production. Le superordinateur luxembourgeois, en cours de développement, permettra l'exploitation des données, le pétrole du XXIe siècle, par le monde économique. L'étude Rifkin rationalise en somme nos modes de vie de demain.