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A Florange, ArcelorMittal prêt à abandonner le coke
Économie 4 min. 05.03.2020 Cet article est archivé

A Florange, ArcelorMittal prêt à abandonner le coke

La survie du site lorrain dépend des installations de Dunkerque et du rachat d'Ilva notamment.

A Florange, ArcelorMittal prêt à abandonner le coke

La survie du site lorrain dépend des installations de Dunkerque et du rachat d'Ilva notamment.
Photo : AFP
Économie 4 min. 05.03.2020 Cet article est archivé

A Florange, ArcelorMittal prêt à abandonner le coke

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
Le plus grand fabricant d'acier au monde, ArcelorMittal, entend réduire de 30% ses émissions de CO2 d'ici 2030. La cokerie de Florange (en Moselle) pourrait faire les frais de cette ambition. Mais l'impact sur les 200 emplois serait limité.

(pj avec Marco Meng) Jusqu'à présent, l'avenir de la cokerie ArcelorMittal de Florange tenait en une date : 2032. Mais le calendrier environnemental du groupe mondial devrait accélérer la fin de l'usine. En effet, la production du site lorrain sert essentiellement à alimenter l'usine de Dunkerque du groupe sidérurgique. Et celle-ci, demain, devrait être moins gourmande en coke. Aussi quel intérêt de conserver l'unité florangeoise?

Ambitionnant de réduire ses émissions de dioxyde de carbone de 30% en dix ans, ArcelorMittal veut maintenant changer la nature du combustible employé notamment dans le convertisseur de Dunkerque. «Cette première étape pourrait conduire à l'autonomie du site en matière de coke dès 2022/2023», déclare Xavier Le Coq, représentant syndical CFE-CGC. Plus besoin donc du matériau sorti des fours mosellans.


ArcelorMittal posera son Digital Lab à Uckange
Le groupe sidérurgique a annoncé l'ouverture de ce nouveau service en Moselle à l'horizon 2021. Le projet consistera à regrouper sous un même toit des start-up et des spécialistes de la digitalisation pour proposer à l'industriel et ses personnels des solutions et des formations.

Après l'arrêt définitif des deux hauts-fourneaux de Florange, ce serait donc au tour de la cokerie de stopper. Du côté d'ArcelorMittal France, la position officielle évoque cette possibilité comme «l'une des nombreuses options présentées aux représentants des salariés». Mais en pareil cas, assurance a déjà été faite que chacun des 200 employés se verrait offrir un nouveau poste en interne par l'entreprise. 

Reste qu'à quelques kilomètres de Thionville, l'activité d'ArcelorMittal Florange reste prépondérante. Il est ici encore question de 2.300 personnes traitant 7 millions de tonnes d'acier par an. Et rien que pour ces six dernières années, l'industriel a investi plus de 321 millions d'euros dans ces installations sidérurgiques. 

En 2018, l'empreinte carbone d'ArcelorMittal s'élevait à 194 millions de tonnes de CO2 auxquelles il faut ajouter près de 9 millions de tonnes d'équivalent CO2 en lien avec les activités minières du groupe.
En 2018, l'empreinte carbone d'ArcelorMittal s'élevait à 194 millions de tonnes de CO2 auxquelles il faut ajouter près de 9 millions de tonnes d'équivalent CO2 en lien avec les activités minières du groupe.
Photo : ArcelorMittal

Un des engagements majeurs du groupe a consisté à convertir une ligne de galvanisation électrolytique en une ligne de galvanisation automobile. Cette nouvelle unité, qui a produit sa première bobine en décembre dernier, portera sa capacité à 800.000 tonnes d'ici la fin de l'année. De fait, Florange reste un fournisseur privilégié de produits pour l'industrie automobile. 

À l'origine, cette demande d'aciers spécifiques devait continuer à être satisfaite à partir des usines de Marchin et Genk en Belgique mais aussi Dudelange au Luxembourg. Mais cette dernière a été achetée, l'été dernier, par Liberty Steel qui ne pourra plus compter sur le brevet d'électro-zingage que pour quelques mois encore. Une vente qui a permis à ArcelorMittal d'envisager l'acquisition de la plus grande aciérie d'Europe: Ilva, en Italie. 


Smoke billows from the Ilva steel plant in Taranto, southern Italy, Wednesday, Nov. 28, 2012. A freak tornado has struck a steel plant in southern Italy that has been the center of a major dilemma for Premier Mario Monti's goverment. The Ilva plant in Taranto, Europe's largest steel plant, announced Monday it was closing, a blow to government efforts to keep its 12,000 employees working while managers address health concerns amid reports of an elevated incidence of cancer in the area. One worker was reported missing and some two dozen were injured when the tornado struck Wednesday. (AP Photo/Lapresse)
Un pas vers le rachat d'Ilva par ArcelorMittal
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Si cette reprise a bien progressé en ce début de semaine, Ilva en tombant dans le giron d'ArcelorMittal pourrait bien avoir besoin du coke produit à Florange. Un choix qui prolongerait donc de quelques années le fonctionnement des installations de la vallée de la Fensch. «En revanche, si le groupe ArcelorMittal ne garde pas Tarente ou si la production est limitée à environ 4 millions de tonnes par an alors le groupe aura réellement une surcapacité de coke et le sort de la cokerie sera définitivement scellé», estime le syndicat CFE-CGC.

Afin de respecter le plan climat, ArcelorMittal a lancé plusieurs projets visant à rendre sa production d'acier moins polluante. Par exemple, pour 40 millions d'euros, le projet de "Torero" à Gand, en Belgique, teste la conversion de déchets de bois en coke biologique. Ce matériau pourrait être utilisé à la place du combustible fossile. A Hambourg, le groupe a aussi misé 65 autres millions d'euros dans la recherche de technologies de traitement du minerai de fer utilisant l'hydrogène et l'électrolyse.


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