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5G, le défi de la SES

5G, le défi de la SES

Économie 2 8 min. 07.08.2018

5G, le défi de la SES

Thierry LABRO
Thierry LABRO
Des deux côtés de l'océan Atlantique, la 5G est une "bataille" de longue haleine. Pour préserver son business aux Etats-Unis, la SES doit veiller à "sa" bande C que le régulateur veut en partie récupérer.

Des deux côtés de l'océan Atlantique, le constat est le même. 

Que ce soit pour les télécommunications, la vidéo, les voitures et autres objets ou villes connectés, tous les secteurs ont un besoin grandissant de connectivité à un très haut débit et à un taux de latence aussi faible que possible. 

Des deux côtés, la même question se pose: comment passer le plus vite possible à la 5G pour le moins cher possible? 

Il y a deux ans, les Américains ont présenté une stratégie en trois volets: trouver du spectre disponible pour les services en 5G, permettre le développement rapide des infrastructures sans fil et réduire les barrières réglementaires. Le premier volet intéresse particulièrement les opérateurs de satellite sur la partie moyenne du spectre. 

Longtemps opposé à la redistribution des cartes dans la bande C – le spectre qui va de 3,7 à 4,2 Gigahertz (Ghz) – le régulateur américain des communications (FCC) a validé, jeudi dernier, une nouvelle approche. 

Le 12 juillet déjà, ses membres, majoritairement républicains, avaient ouvert la porte à la proposition défendue à l'origine seulement par Intelsat et Intel en octobre 2017, et rejointe en février par la SES et en juillet par Eutelsat, les trois opérateurs qui ont des clients sur cette bande. 

«Nettoyer» 100 de ces 500 Mhz permettrait de «tester» le marché des télécommunications. 

Des milliards d'investissements des opérateurs de satellites 

A la tête d'Intelsat, Steve Spengler est le premier à comprendre très tôt que la FCC risquait d'autoriser de nouveaux acteurs à utiliser ce spectre dans une sorte de jungle. Autant être acteur d'un changement qui paraît inévitable tant les Américains sont pressés de trouver une solution. La dernière fois que le régulateur des communications a pris une décision de ce type il a fallu neuf mois pour la mettre en oeuvre. 

«La C-band est et reste un composant critique de l'architecture du réseau américain», commentait le p.-d.g. de la SES, Karim Michel Sabbagh, en février. «Les opérateurs spatiaux et terrestres ont investi des milliards de dollars dans ce réseau et dans la connectivité et génèrent une valeur importante par son intermédiaire. C'est notre devoir et notre mission de protéger la C-band américaine de toute forme de disruption et de préserver son utilisation (...) Le consortium du satellite doit assurer que l'expansion de l'écosystème américain protège les intérêts de centaines de services et de millions d'utilisateurs finaux américains tout en traçant la voie pour la création de la prochaine génération de services terrestres en 5G.» 


Von Betzdorf aus wird die Satellitenflotte der SES gesteuert.
Wachstum durch Netzwerk-Dienste
Bei dem Satellitenbetreiber SES stehen die Zeichen auf Wachstum. Die Investitionen der letzten Jahre beginnen sich auszuzahlen.

Mi-juillet, lors du premier vote, les membres de la prestigieuse commission avaient aussi validé le principe qu'en échange de cette mise à disposition, les opérateurs de satellites – Intelsat et SES représentent 90 % du marché – seraient dédommagés pour compenser les investissements massifs qu'ils ont consentis. 

Seulement, il reste encore deux questions fondamentales à régler: combien de largeur de spectre elle veut récupérer et quel sera le niveau du dédommagement. 100 Mhz? 200 Mhz? 300 des 500 Mhz? Plus? 

Nommé par le président Obama en 2013, le commissaire de la FCC Michael O'Rielly est aussi influent que gourmand. 

«Dans mon esprit, il faut beaucoup plus que les 100 Mhz proposés initialement par les opérateurs de satellites! J'ai fortement défendu la libération de 200 à 300 Mhz, avec une sérieuse envie d'en libérer encore plus!», dit-il en commission. 

«Un win-win si nous contrôlons le processus» 

«C'est possible de libérer plus que 100 Mhz», lui répond la vice-présidente que Spengler a mis sur le dossier pour Intelsat, Dianne Van Beber. «Mais c'est une question complexe. D'abord et surtout, nous générons des revenus en fournissant des services essentiels dans le spectre de la C-band. Nous avons des contrats avec des clients pour fournir ces services sur dix ans et nous voulons pouvoir accompagner leurs besoins et leur croissance. Si nous sommes d'accord pour libérer du spectre, nous voulons aussi maintenir la distribution de la vidéo de haute qualité et des autres services à nos clients et nous croyons que cela sera plus cher et plus consommateur de temps. Pour l'instant, nous devrions employer des technologies avancées de compression ou lancer de nouveaux satellites sur des nouvelles localisations orbitales, ce qui exigerait de nouvelles antennes pour les réseaux de distribution qui passent par ces antennes. C'est complexe et cher, mais c'est possible si la demande est suffisante.» 

Plutôt réticente sous la direction de Sabbagh, la SES est devenue plus ouverte sous Collar. Avant le premier rendez-vous du nouveau patron de la société luxembourgeoise – ses premiers résultats trimestriels –, l'Américain répond que «c'est une occasion d'un win-win (...) Si nous contrôlons le processus et menons le processus, nous serons capables de poursuivre notre business qui sert des centaines de millions d'utilisateurs aux Etats-Unis, de continuer à nous développer et de libérer du spectre. Sur la part de spectre, nous avons été clairs: nous avons un plan pour 100 Mhz. Nous avons noté le désir de plus de spectre et nous travaillons dessus. Nous travaillons dessus pour voir ce qui est faisable et être sûrs que nous pourrons continuer à servir nos clients et leurs besoins futurs. Nous sommes également engagés, en tant que partenaire de confiance, à faire en sorte, à libérer, au moment voulu, ces 100 Mhz». 

Collar se prépare discrètement à libérer davantage, note Nasdaq dans un article paru la semaine dernière qui évoque des transactions avec Verizon ou AT&T, ou en remboursant les droits que paient certains opérateurs de stations terrestres pour enregistrer leurs antennes. 

 Le montant du dédommagement n'est pas encore connu. Fin juillet, la SES a annoncé un chiffre d’affaires récurrent de SES Vidéo à 650,0 millions d’euros au premier semestre 2018, en retrait de 2,3 % par rapport au premier semestre 2017 à taux de change constants. 

La vidéo apporte les deux tiers du chiffre d'affaires et le marché américain est de la première importance au milieu des 351 millions de foyers dans le monde qui reçoivent la télévision grâce à la SES. 

Parmi les voix discordantes, la société américaine Telestar et ses 15 satellites géostationnaires, s'est dite opposée au plan Intelsat-SES. Son directeur général a estimé à des «centaines de millions de dollars» le montant de ses investissements dans la bande C aux Etats-Unis. 

Certains nouveaux entrants sur ce marché sont dans les starting blocks, comme Qualcomm qui prépare ses smartphones pour la 5G, ou comme le plus gros propriétaire d'antennes cellulaires américain, American Tower, qui s'est dit très intéressé. 

Combien Intelsat et la SES peuvent-elles s'attendre à obtenir en dédommagement de ce changement de politique américaine, «il est trop tôt pour en parler», répond Mme Van Beber. «Nous verrons», dit-on à la SES. Mais dans un contexte de fort endettement de la société luxembourgeoise pour O3B, cette manne, bien gérée, pourrait apporter un bol d'air financier non négligeable.

L'Europe, autre continent, autres moeurs

La SES a annoncé mardi dernier qu'elle apporterait son expertise à 5G-Vinni. 

Le projet «5G Verticals Innovation Infrastructure» à 20 millions d'euros a été lancé par l'Union européenne au début du mois dans le cadre des projets européens sur la 5G d'Horizon 2020 (5G-PPP) et dans lesquels l'UE veut injecter 700 millions d'euros au cours des prochaines années. Ce partenariat public-privé réunit 23 partenaires, emmenés par les Norvégiens du Telenor Group, et dans lesquels on retrouve Huawei, Nokia, Samsung ou Cisco. L'idée est de développer les meilleurs outils ou choix technologiques possibles au service de la 5G. 

La SES rappelle aussi qu'elle est «un partenaire clé» dans SaT5G, un projet de recherche financé jusqu'à décembre 2019 par 8,3 millions d'euros et dans lequel on retrouve Thales, Airbus et l'université britannique de Surrey – devenue depuis 2013 le centre d'innovation britannique sur la 5G. 

«C'est excitant de voir comment l'écosystème 5G s'est développé ces derniers mois», explique le directeur général de SES-Networks, Jean-Paul Hemingway, «avec la reconnaissance croissante de la valeur du satellite dans le développement de la 5G. Aujourd'hui, SES travaille sur des pistes multiples pour assurer que le satellite soit facilement intégré à l'environnement global de la 5G.» 

Dans ce contexte, la constellation O3B et la prochaine génération O3B mPower joueront un rôle-clé.


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