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18 voitures jamais payées: Le cauchemar corse d'un entrepreneur du Luxembourg
Franck Gwizdak ne peut pas même pas récupérer ses propres voitures sur l'île de Beauté

18 voitures jamais payées: Le cauchemar corse d'un entrepreneur du Luxembourg

Pierre Matgé
Franck Gwizdak ne peut pas même pas récupérer ses propres voitures sur l'île de Beauté
Économie 3 min. 11.08.2015

18 voitures jamais payées: Le cauchemar corse d'un entrepreneur du Luxembourg

A la tête de l'Agence de transactions Luxembourg, depuis 2004, Frank Gwizdak, mandataire automobile, n'a jamais touché l'argent des 21 voitures qu'il a livrées en juin 2013 à un client corse. Malgré une décision de justice favorable, le 3 mars à Bastia, l'entrepreneur luxembourgeois ne parvient même pas à récupérer ses voitures.

par Thierry Labro

L'histoire commence il y a plus de dix ans. Le Lorrain Frank Gwizdak crée au Luxembourg une société qui achète et revend des voitures aux professionnels. Son premier et bientôt plus fidèle client est corse. «M. Pianelli a plus de 50 ans, il a été mon meilleur client et il avait l'air sérieux. Evidemment, j'ai commencé à lui faire confiance.» 

 Tout se gâte en 2013. Le Corse, qui a des problèmes personnels, répond de moins en moins à l'entrepreneur luxembourgeois. Jusqu'à disparaître complètement, ce qui lui vaudra prochainement un procès au pénal pour banqueroute frauduleuse. Problème, le mandataire automobile lui a livré, en juin, 21 véhicules pour une valeur de 350.000 euros. «C'était des véhicules qu'il avait ciblés parce qu'il avait des clients pour les acheter. Tant que ses véhicules ne m'étaient pas payés, je gardais le double des clés et les papiers. Logiquement, ceux qui les conduisent roulent sans papier, sans carte grise ni assurance...» 

Ni une ni deux, M. Gwizdak met alors le cap sur Bastia avec des amis et récupère les deux dernières voitures encore sur le parc du Corse. Les autres? Disparues. Apparemment au moins en partie payées par des clients que le tribunal de Bastia a jugés «de bonne foi». La gendarmerie de Bastia retrouvera la trace d'un compte bancaire ouvert par un avocat corse à Londres sur lequel dorment 500.000 euros, sans pouvoir aller plus loin. 

Alors l'entrepreneur luxembourgeois, dont l'avocat finit par se domicilier en Corse, tente de récupérer ses voitures. «Ses» voitures parce que sur le contrat de vente figure une clause de «réserve de propriété» que le Tribunal d'arrondissement de Luxembourg reconnaît. Le 3 mars dernier, la justice corse décide elle aussi faire appliquer cette décision de justice. 

«Seulement, aucun huissier ne veut m'accompagner pour aller reprendre chacune 
de ces dix-huit voitures! Tous trouvent cela trop dangereux. Je finis par en trouver une qui accepte.» A nouveau rempli d'espoir, 
M. Gwizdak l'accompagne avec les gendarmes dans le premier village, où trois voitures sont localisées après des mois de recherches. 

«La première personne à laquelle nous sommes allés réclamer la voiture est devenue folle furieuse, a menacé gendarmes et huissier, a frappé le dernier des quatre employés qui me reste.» Restant seuls avec l'homme, les gendarmes finissent par revenir auprès de l'entrepreneur luxembourgeois pour l'inviter à porter plainte... ailleurs, afin de ne pas être impliqués dans la procédure. 

Un drôle d'incendie à Belval

Et la loi – c'est ubuesque! – ne permet même pas au propriétaire officiel, qui a à la fois les clés et la carte grise du véhicule d'en reprendre possession sans huissier assermenté: ce serait du vol! 

Plus aucun huissier de l'île de Beauté ne veut désormais s'y risquer. Ne reste que le Procureur de la République qui puisse se pencher sur le dossier et faire le nécessaire mais rien ne l'y oblige. Les clients, eux, se sont regroupés dans un collectif. Leur avocat, au lieu de les inviter à restituer les voitures puis à réclamer à M. Pianelli des dommages et intérêts, a demandé fermement au Lorrain de donner enfin cartes grises et doubles des clés... 

Une situation dans une impasse qui s'est doublée d'un étrange fait divers: en octobre 2014, les bureaux de M. Gwizdak à Belval ont été généreusement arrosés d'essence avant de partir en fumée. L'enquête est en cours mais les incendiaires ont peut-être raté leur coup: les documents et les clés, seules pièces sur lesquelles s'appuyer, sont bien à l'abri...