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Zapping : "la Trêve": Des crimes crapuleux à l’ombre de l’Areler Land
L’inspecteur Yoann Peeters (Yoann Blanc) plonge dans l’univers peuplé de crimes et de démons des gens d’Heiderfeld.

Zapping : "la Trêve": Des crimes crapuleux à l’ombre de l’Areler Land

Photo: RTBF
L’inspecteur Yoann Peeters (Yoann Blanc) plonge dans l’univers peuplé de crimes et de démons des gens d’Heiderfeld.
Culture 1 3 min. 26.11.2017

Zapping : "la Trêve": Des crimes crapuleux à l’ombre de l’Areler Land

Des crimes crapuleux à l’ombre de l’Areler Land «La trêve» et les bons débuts d’une série policière belge pas comme les autres.

Par Marcel Kieffer

Le crime étant une donnée universelle dans la vaste géographie psychologique humaine, pourquoi aller chercher les histoires les plus saisissantes toujours si loin de nos contrées? C’est dans le charmant pays gaumais en Province du Luxembourg, en bordure de l‘Areler Land, qu’une production belge a réalisé une série policière absolument poignante.

Beaucoup de choses pas toujours catholiques et assez glauques se passent dans la bourgade d’Heiderfeld, dans cette charmante Lorraine belge avec ses riches massifs forestiers et baignée par les eaux de la Semois et de la Chiers. Si la localité est, bien sûr, fictive, son univers à la fois géographique, culturel et sociologique, emprunte tout à cette région aux traits sympathiquement belges qui nous sont si proches par ailleurs.

Quand le corps atrocement mutilé du jeune Africain Driss (Jérémie Zagba), joueur de la piètre équipe locale de football, est repêché de la rivière, le quotidien assez paisible de cette petite commune campagnarde bascule du jour au lendemain dans une ambiance d’angoisse et de suspicion.

L’effet cumulé d’un crime aussi inattendu que crapuleux avec le retour impromptu dans son village d’enfance de l’inspecteur Yoann Peeters (Yoann Blanc) rentré avec sa fille Camille (Sophie Breyer) pour s’octroyer une trêve dans une vie professionnelle et personnelle constellée de drames et d’épreuves, confronte soudainement la population locale à ses côtés d’ombre, ses démons enfouis, et les crimes qui vont avec.

Car évidemment, les événements se suivant, un crime appellera l’autre dans un formidable enchaînement de crises et de conflits successifs, de suspicion collective et de révélations inattendues. Avec ses méthodes musclées, pas toujours académiques, Peeters ne manque pas d’alarmer ses collègues du commissariat de Police d’Heiderfeld, qui sur les habitués des grandes enquêtes de banditisme bruxellois font souvent figure de ploucs et de petits ripoux fainéants.

Le choix des grosses ficelles

L’évident succès d’audience que cette série écrite par le jeune trio talentueux Stéphane Bermans, Benjamin d’Aoust et Matthieu Donck, co-produite avec la RTBF à un budget relativement modeste (250.000 euros l’épisode) et savamment mise en scène par Matthieu Donck, récolta d’emblée sur la télévision belge ainsi que sur France 2 avant d’être reprise par Netflix, est amplement mérité. Construite dans le style des polars poisseux elle mise notamment sur un expressionnisme parfois excessif, il est vrai, des traits de caractère de ses personnages.

Le portrait dressé par la trio producteur des gens d’Heiderfeld et de leur belle région gaumaise en ressort tout sauf flatteur, d’autant que pratiquement aucun cliché n’échappe au désir de tresser une intrigue à (très) grosse ficelle: rêve brisé des migrants africains, trafics mafieux de l’Albanais local, promoteurs d’un barrage harcelant avec la complicité de la maire alcoolique les agriculteurs locaux, soirées sado-maso dans la grange d’un vieux couple incestueux, vieux nazi nostalgique au passé criminel, fils de riche diplomate nécrophile etc.

Ce choix fait cependant de cette série bien plus qu’un vilain ramassis de caricatures gratuites et de clichés faciles. A mi-chemin entre satire réaliste et polar hallucinant, elle a beau forcer parfois l’esthétisme si particulier du polar poisseux et des nuances glauques de la noirceur de l’âme humaine. Elle n’en reste pas moins une production convaincante, à la fois divertissante et développant un suspense digne des plus captivantes enquêtes policières.

«La trêve» est disponible sur Netflix, en dix épisodes d’environ 50 minutes. Une deuxième saison est en voie de production et sera diffusée en 2018 sur la RTBF.