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Une affaire de corruption éclabousse la couronne d'Espagne
Culture 4 min. 23.02.2013 Cet article est archivé

Une affaire de corruption éclabousse la couronne d'Espagne

Iñaki Urdangarin, samedi matin, à son arrivée au tribunal.

Une affaire de corruption éclabousse la couronne d'Espagne

Iñaki Urdangarin, samedi matin, à son arrivée au tribunal.
Photo: Reuters
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Une affaire de corruption éclabousse la couronne d'Espagne

Le gendre du roi d'Espagne, Iñaki Urdangarin, est arrivé samedi au tribunal de Palma de Majorque, aux Baléares, où il est convoqué par un juge d'instruction dans le cadre d'une enquête sur une affaire de corruption qui éclabousse la famille royale.

(AFP) - Iñaki Urdangarin, un ancien champion olympique de handball reconverti en homme d'affaires, âgé de 45 ans, a parcouru à pied, vêtu d'un manteau gris et d'une écharpe rayée, accompagné de son avocat, les quelques mètres séparant sa voiture de l'entrée du tribunal de Palma de Majorque.

L'époux de la fille cadette du roi Juan Carlos, l'infante Cristina, est soupçonné d'avoir détourné plusieurs millions d'euros d'argent public via l'institut Noos, une société de mécénat qu'il a présidée entre 2004 et 2006.

Mais devant le juge José Castro, Iñaki Urdangarin a tenu samedi à éloigner le soupçon de la Maison royale.

«Je déclare que la Maison royale n'a pas donné son avis, ni conseillé, autorisé ou soutenu les activités que je menais pour l'Institut Noos», a-t-il déclaré avant sa déposition.

Il dément ainsi le compte-gouttes de révélations déversé cette semaine par la presse, via des courriers électroniques qui lui sont attribués, semblant indiquer que le roi Juan Carlos avait soutenu son gendre, et suivi de près sa carrière d'homme d'affaires.

Interrogé il y a une semaine par le même juge, son ex-associé, Diego Torres, soupçonné comme lui dans cette affaire, aurait livré ces courriers au magistrat.

Ces révélations sont embarrassantes pour une Maison royale qui tente depuis la fin 2011, en marquant une frontière entre les activités professionnelles d'Iñaki Urdangarin et le reste du palais, de tenir à distance la famille, et surtout l'infante, de l'enquête visant son époux.

Mais à Palma de Majorque, le juge Castro continue à empiler méticuleusement les pièces de son dossier sur le scandale qui l'a déjà conduit, il y a un an, à convoquer Iñaki Urdangarin. Et l'enquête se rapproche du cercle le plus proche du pouvoir royal.

Le gendre du roi devait être suivi samedi, dans le bureau du juge, par Carlos Garcia Revenga, secrétaire particulier et homme de confiance des infantes, Cristina et sa sour aînée Elena.

«Bien plus qu'un secrétaire», selon le journal El Pais, Carlos Revenga, le seul employé de la Maison royale à avoir le privilège de tutoyer les infantes, est arrivé en début d'après-midi au tribunal.

Il devait s'expliquer sur le poste qu'il occupait à l'institut Noos et sur «le travail de conseiller qu'il pourrait avoir fourni» au gendre du roi, selon une source judiciaire.

Mince et élégant, devenu duc de Palma par son mariage en 1997 avec Cristina, Iñaki Urdangarin a longtemps incarné le gendre idéal avant de tomber en disgrâce, au point de disparaître des photos officielles de la famille royale.

Ce nouvel épisode judiciaire ne pouvait tomber au plus mauvais moment pour le roi qui, à 75 ans, multiplie les ennuis de santé: le dernier en date, l'aggravation d'une hernie discale, le conduira une nouvelle fois sur la table d'opération, le 3 mars, pour la septième fois en moins de trois ans.

Appuyé sur des béquilles depuis une opération à la hanche en novembre, le roi à la démarche hésitante cède désormais de plus en plus souvent la place, aux cérémonies officielles, au prince héritier Felipe, qui vient de fêter ses 45 ans et semble le seul à même d'assurer la pérennité de la monarchie.

Vendredi, après les appels au départ du roi lancés par plusieurs hommes politiques locaux et des rumeurs sur l'éventualité d'une abdication, la Maison royale a dû publier un démenti, affirmant que le roi «n'a aucune intention d'abdiquer».

La porte-parole du gouvernement, Soraya Saenz de Santamaria, est même intervenue pour rappeler le rôle de la monarchie, «en particulier du roi», dans la «stabilité politique» de l'Espagne depuis la fin de la dictature franquiste en 1975.

Mais dans une Espagne minée par la rigueur sociale et le chômage, l'opinion publique ne pardonne plus les scandales de corruption qui éclaboussent les plus hauts symboles de l'Etat, et surtout la monarchie, longtemps réputée intouchable.