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Un Roi-Soleil pour 16.000 euros

Un Roi-Soleil pour 16.000 euros

Un Roi-Soleil pour 16.000 euros
Musée Dräi Eechelen

Un Roi-Soleil pour 16.000 euros


par Marc THILL/ 01.08.2022

Le conservateur François Reinert devant le portrait de Louis XIV peint dans l'atelier de Hyacinthe Rigaud, le plus grand portraitiste de l'Ancien Régime.Photo: Steve Eastwood

Pour son dixième anniversaire, le musée Dräi Eechelen présente ses acquisitions des dix dernières années, dont d'importants portraits.

Des casques, des armes, des peintures de batailles, des portraits, des livres, des cartes anciennes, même un précieux ostensoir et bien d'autres choses encore. En dix ans, la collection s'est multipliée et le musée de la forteresse, qui a ouvert ses portes en juillet 2011 dans le fort de Thüngen après un accouchement difficile, est devenu un adolescent plein de vie, parfaitement armé pour l'avenir.


Kultur, assises sectorielles des arts visuels, table ronde, Théid Johanns, Christian Mosar, Julie Reuter und Bettina Steinbrügge  Foto: Anouk Antony/Luxemburger Wort
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Pour son dixième anniversaire, le musée Dräi Eechelen présente une sélection de ses acquisitions des dix dernières années dans le cadre d'une exposition temporaire.

C'était le bon moment, et plus d'un avait encore quelque chose dans son grenier.

Conservateur François Reinert

Ces objets ont trouvé leur chemin vers le musée par des voies parfois très aventureuses. Il s'agit de legs, de donations et d'achats sur des marchés de l'art ou lors de ventes aux enchères. Parfois, le hasard a joué son rôle : des découvertes dans des brocantes et chez des antiquaires. Mais les dix expositions temporaires organisées depuis la création du musée ont également contribué à enrichir la collection.

La nécessité a fait place à la vertu, et de nombreuses pièces issues de ces expositions ont éveillé l'intérêt des Luxembourgeois, incitant certains d'entre eux à confier également des pièces de collection privées au musée. «C'était le bon moment, et plus d'un avait encore quelque chose dans son grenier», explique le conservateur François Reinert du musée national d'art et d'histoire, responsable du Fort Thüngen et commissaire de l'exposition avec Simone Feis et Ralph Lange.

Vue de la forteresse par le peintre de Coblence Johannes Jakob Diezler. D'autres ont choisi le même point de vue, notamment les peintres Jean-Baptiste Fresez et Michel Engels.
Vue de la forteresse par le peintre de Coblence Johannes Jakob Diezler. D'autres ont choisi le même point de vue, notamment les peintres Jean-Baptiste Fresez et Michel Engels.
Photo: Steve Eastwood

Certains des objets qui ont ainsi pu être intégrés à la collection proviennent de familles politiques de tradition comme Munchen, de Tornaco, de Blochhausen ou Bech, et ont été transmis de génération en génération jusqu'à ce qu'ils arrivent au musée.

Louis XIV

«Mais il y avait aussi des choses qui manquaient dans notre collection et qu'il fallait acquérir», explique François Reinert en faisant référence au portrait du roi Louis XIV. En février dernier, le musée a pu acquérir dans une galerie d'art de Troyes un portrait ovale du Roi-Soleil pour 16.000 euros, une huile sur toile provenant de l'atelier de Hyacinthe Rigaud (1659-1743). Le portrait représente Louis XIV en 1694, deux ans après la prise de Namur.

Réalisé entre 1694 et 1699, il a été produit en série et il en existe au moins 50 de différentes tailles. Comme on sait par la comptabilité de l'atelier de Rigaud que deux gouverneurs français de la forteresse de Luxembourg, Louis François (1644-1711), duc de Boufflers, et Henri (1654-1718), duc d'Harcourt, s'étaient également fait tirer le portrait chez Rigaud et y avaient en même temps commandé un tableau de leur roi, on peut supposer qu'un tel portrait de Louis XIV était également présent à un moment donné dans la forteresse de Luxembourg.

Thüngen est de retour

Un portrait d'Adam Sigmund von Thüngen (1687-1745) a fait un long voyage. Il était considéré comme perdu depuis 1932, mais pourrait bien avoir été présent au Luxembourg. Un collectionneur de Dubaï l'a proposé au musée en juin 2020, et comme le peintre avait inscrit au dos du tableau, en écriture gothique, le nom du commandant de la forteresse de 1733 à 1736 au moins, le musée a rapidement sauté sur l'occasion. Thüngen est ainsi revenu sous forme de peinture à l'huile dans le musée qui porte son nom.

Chercheur et sûr de lui, von Thüngen semble étonnamment jeune malgré sa perruque blanche. La personne qui a fait son portrait est malheureusement restée anonyme. A gauche, l'un des plans de Vauban pour l'extension de la forteresse. Ces plans étaient utilisés au 18e siècle pour la formation des ingénieurs dans les écoles militaires.
Chercheur et sûr de lui, von Thüngen semble étonnamment jeune malgré sa perruque blanche. La personne qui a fait son portrait est malheureusement restée anonyme. A gauche, l'un des plans de Vauban pour l'extension de la forteresse. Ces plans étaient utilisés au 18e siècle pour la formation des ingénieurs dans les écoles militaires.
Photo: Steve Eastwood

Charles le Téméraire (1433-1477) est lui aussi revenu au Luxembourg sous forme de portrait. Le Bourguignon, pour qui le duché de Luxembourg était l'un de ses nombreux domaines entre la France et l'Empire romain germanique, trouva la mort en 1477 à Nancy lors d'un combat contre le duc René de Lorraine et y fut d'abord enterré.

En 1550, son arrière-petit-fils Charles V fit transférer le dernier duc de Bourgogne à Bruges. La dépouille mortelle est toutefois restée temporairement trois ans à Luxembourg, dans l'église des Franciscains, avant d'être définitivement transférée à Bruges. Au tournant de l'année 2021/22, le musée a fait l'acquisition d'un portrait représentant le duc en armure bourguignonne et portant l'ordre de la Toison d'or. Il s'agit d'une image probablement peinte par un copiste néerlandais d'après un tableau de l'Italien Giovanni di Niccolo de Luteri, dit Dosso Dossi (1469-1542).

Un morion, casque typique de l'époque espagnole, fabriqué entre 1550 et 1570. La couleur jaunâtre de notre photo est due à l'éclairage du musée. Le casque d'acier richement décoré est de couleur argentée.
Un morion, casque typique de l'époque espagnole, fabriqué entre 1550 et 1570. La couleur jaunâtre de notre photo est due à l'éclairage du musée. Le casque d'acier richement décoré est de couleur argentée.
Photo: Steve Eastwood

Il y aurait encore une infinité de choses à dire sur les acquisitions du musée, sur lesquelles on apprend également beaucoup dans un riche catalogue d'exposition. Pour terminer, il convient de mentionner ici une pièce d'armure rare de l'époque de la Renaissance: le musée a pu acquérir un morion, le casque de l'époque espagnole, auprès d'un marchand d'art du sud de l'Allemagne. Au Luxembourg, celui-ci est étroitement lié à la régence du gouverneur Peter Ernst von Mansfeld, qui a officié ici de 1545 à 1604.

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