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Un condensé d’histoire de l’art au Mudam
Culture 6 5 min. 08.12.2020

Un condensé d’histoire de l’art au Mudam

Kara Walker: «Darkytown Rebellion» (2001, acquisition en 2002)

Un condensé d’histoire de l’art au Mudam

Kara Walker: «Darkytown Rebellion» (2001, acquisition en 2002)
Photo: Gerry Huberty
Culture 6 5 min. 08.12.2020

Un condensé d’histoire de l’art au Mudam

Thierry HICK
Thierry HICK
La collection du Musée d'Art moderne fête ses 25 ans. L'occasion de revenir sur certaines œuvres emblématiques et d'évoquer les ambitions futures de l'établissement.

Le Musée d’Art moderne de Luxembourg fête actuellement un double anniversaire. Comme le suggère le titre de la nouvelle exposition «Les 25 ans de la Collection Mudam», le musée célèbre un quart de siècle d’acquisition d’œuvres mais aussi les quinze ans de sa présence sur la scène culturelle du pays. 


David Wojnarowicz:  «Untitled» (Genet after Brassail) 1979
Le Mudam affiche ses nouvelles ambitions
Faire (re-)découvrir sa collection, (re-)conquérir le public, devenir un centre d'art de référence au niveau national et international: le Mudam ne manque pas d'ambitions pour les mois à venir. La nouvelle directrice, Suzanne Cotter, annonce la couleur.

Les débuts de la collection du Mudam remontent à une époque où le musée d’art moderne n’existait pas encore. C’est durant la phase de préfiguration, que la directrice de l’époque Marie-Claude Beaud commença à constituer un fonds maison d’œuvres d’art. Un long travail de prospection et d’acquisition poursuivi ensuite par Enrico Lunghi et aujourd'hui par Suzanne Cotter (lire l’interview ci-dessous). 

Désormais l’inventaire de la collection compte pas moins de 700 inscriptions. 455 artistes, toutes nationalités et générations confondues, ont l’une ou l’autre œuvre inscrite à ce patrimoine, qui du haut de ses 25 ans, illustre à lui seul de nombreux courants de l’art contemporain et est de ce fait un condensé d’histoire de l’art des années 1960 à nos jours.  

Aujourd’hui plus que jamais, le musée du Kirchberg – après l’exposition inaugurale «Eldorado» en 2006, largement constituée d’œuvres de la collection qui suscita l’incompréhension du public et le désarroi après le démontage de «La Chapelle» de Wim Delvoye en 2018 – veut poursuivre l’ouverture de sa collection au grand public. Ces efforts sont récurrents depuis de nombreuses saisons, et en cette fin d’année, un peu particulière, une nouvelle exposition – sobrement intitulée «Les 25 ans de la Collection Mudam» – renforce cette volonté de dialogue et de rencontre avec le visiteur.  


Suzanne Cotter, Mudam, Foto Lex Kleren
«Notre collection constitue la clef de voûte du musée»
Suzanne Cotter, la directrice du Mudam, poursuit un travail entamé de très longue date – avant même avant l’ouverture officielle du Musée Grand-Duc Jean: la constitution d’une propre collection maison et la présentation au public des pièces de ce trésor maison. Interview.

 «En fait, ce que nous présentons aujourd’hui n’est qu’un début. Cette nouvelle exposition va se poursuivre jusqu’en avril 2021, l’accrochage va évoluer au fil des semaines. En mai 2021, par exemple de nouvelles œuvres vont être exposées. Alors que pour l’instant, seules les deux galeries du sous-sol sont utilisées, le foyer sera lui aussi peu à peu mis à contribution», explique Marie-Noëlle Farcy, responsable des dépôts au Mudam, qui est avec Lisa Baldelli aussi commissaire de l’exposition «Les 25 ans de la Collection Mudam». 

A titre d’exemple de l’évolution future de l’exposition, signalons la rencontre, dès ce samedi au foyer du sous-sol, de la Collection Mudam avec la Collection Pinault autour du dialogue entre une installation au sol de Cabrita (Mudam) et une sculpture suspendue de Cerith Wyn Evans (Pinault).

Les leitmotivs retenus sont: «Constructions abstraites», «Détourner l’ordinaire», «Gestes et écritures», «Histoires», «L’Epure des formes», «L’Espace au corps» et les «Règles du jeu». A chaque chapitre son lot d’œuvres distinctes qui, malgré leurs différences d’approche affichent une complémentarité nouvelle et souvent inattendue, affirment les deux commissaires de l’exposition. 

 «Ces idées ou notions clefs que nous avons retenues ont toutes traversé tant l’art moderne que l’art contemporain. Elles proposent chacune plusieurs niveaux de lecture. C’est pour cette raison que nous avons choisi la solution du regroupement thématique dans l’agencement des œuvres», précise Marie-Noëlle Farcy, qui gère la collection depuis des années. 

Le parcours et la muséographie des deux salles d’exposition, conçus en collaboration avec le Polaris Architects, s’articulent autour de modules aux formes et dimensions variables et adaptés aux œuvres qu’ils abritent. «Cela crée des formes sculpturales et une dynamique nouvelle, toujours dans le but de souligner les résonances entre les pièces de la collection», souligne Marie-Noëlle Farcy.  «Les artistes utilisent des matériaux, des médiums et des vocabulaires différents. Malgré les différences, l’ensemble est tout à fait cohérent.» 

Simone Decker: «Der Untermieter» (1996, acquisition en 1996).
Simone Decker: «Der Untermieter» (1996, acquisition en 1996).
Photo: Gerry Huberty

La galerie Est accueille, souvent avec un minimalisme assumé, différentes œuvres autour de constructions abstraites et de questions d’architecture, d’environnement, d’urbanité... L’installation «Der Untermieter» de Simone Decker date de 1996, elle fut présentée à l’époque à la galerie Beaumont de Luxembourg. Les questionnements soulevés par l’artiste n’ont pas pris une seule ride, souligne la commissaire, pour qui cette pièce permet de replacer une collection encore jeune dans un nouveau contexte historique. 

 La section consacrée à la représentation du corps dans l’espace est marquée entre autres par une série d’autoportraits vidéo de Mina Abramovic, qui malgré l’absence de casque d’écoute pour cause de pandémie, devient une expérience tant physique que psychique d’une artiste engagée. A la retenue, à l'économie des moyens de cette première salle vient s’opposer le foisonnement d’idées de la galerie Ouest. Ici, l’espace est plus chargé, moins aéré du fait de l’importance en volume et en taille de certaines créations. A l’image du panneau surdimensionné Dining Motions» de Tony Cragg. 

En montant l’exposition, les deux commissaires ont pioché dans le vaste catalogue de la collection pour sélectionner des œuvres et en rejeter d’autres. «Rapprocher certaines pièces a créé de nouvelles associations, mais aussi quelques bonnes surprises», glisse Lisa Baldelli. 

Exposition «Les 25 ans de la Collection Mudam» jusqu’au 3 avril 2022. Infos sur la collection et ses artistes: www.mudam.lu

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