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Tournage du film «Préjudice» à Rodange: Famille, je vous hais
Culture 9 5 min. 14.09.2014

Tournage du film «Préjudice» à Rodange: Famille, je vous hais

C'est à une famille en décomposition que s'intéresse le jeune réalisateur belge Antoine Cuypers dans son premier long métrage «Préjudice», en cours de tournage à Rodange. Une aventure que partagent une belle brochette d'acteurs...

PAR THIERRY HICK

C'est à une famille en décomposition que s'intéresse le jeune réalisateur belge Antoine Cuypers dans son premier long métrage «Préjudice», en cours de tournage à Rodange. Une aventure que partagent une belle brochette d'acteurs puisque Nathalie Baye, mais aussi Arno et Thomas Blanchard tiennent le haut de l'affiche de cette comédie humaine.

Un banal repas de famille va tourner à la catastrophe. Cédric, trentenaire qui rêve d'un voyage en Autriche, apprend que sa sœur attend un enfant. Une annonce banale en soi mais qui va déclencher une réaction des plus surprenantes de la part du jeune homme, qui vit toujours chez ses parents. La famille se déchire et explore ses limites tout en évitant l'implosion. «Les différents membres de cette famille se découvrent et se cherchent, souvent loin des conventions habituelles», explique l'acteur Thomas Blanchard, qui incarne le personnage de 
Cédric, l'élément perturbateur de cette «bonne famille».

C'est dans une maison de maître de Rodange qu'Antoine Cuypers a installé ses caméras. Le réalisateur explique son choix: «Alors que j'aurais pu tourner en studio, il me semblait important de travailler dans un décor naturel, dans une maison qui a une histoire, un vécu. Celle-ci devient un personnage à part entière du film».

Le réalisateur Antoine Cuypers.
Le réalisateur Antoine Cuypers.
(Photo: Ann Sophie Lindström)

Hormis une scène de rue à Liège, les 35 jours de tournage se déroulent à Rodange. Malgré le passage régulier des trains à proximité, la production a trouvé ses repères. «De travailler dans un décor unique a un très grand avantage: nous pouvons filmer les différentes scènes de manière chronologique. Cela évite de devoir monter et démonter le matériel technique à de multiples reprises», explique Bernard Michaux, de Lucil Films, qui coproduit le long métrage.

Une ambiance rétro et kitsch

La bâtisse de Rodange – louée pour une période de plusieurs semaines à la propriétaire, «une vieille dame qui vient régulièrement nous rendre visite» – a été adaptée aux 
besoins du film: la cuisine ainsi qu'une bibliothèque ont été recréées de toutes pièces, des photos de familles ont été accrochées aux murs, l'ambiance rétro et kitsch de la chambre de Cédric à l'étage, fait preuve d'un souci du détail très pointu des décorateurs.

Entre deux scènes de tournage, les comédiens oublient rapidement leurs querelles familiales et se retrouvent installés autour d'une table placée dans une tente dans le vaste parc de la propriété. Pendant ce temps-là, le garage et la remise servent de salles de travail pour les traitements des rushs.

Alors que techniciens et assistants ont pris d'assaut les lieux, les prises de vues se préparent en toute sérénité, sans le moindre heurt. Un cadre de travail que semblent apprécier à leur tour les acteurs. «Contrairement à un tournage à Paris par exemple où tout le monde rentre chez soi le soir, ici on se retrouve en famille après le travail, c'est très agréable», se réjouit Nathalie Baye, la mère de l'enfant terrible de la famille.

Le tournage a lieu en milieu naturel.
Le tournage a lieu en milieu naturel.
(Photo: Ann Sophie Lindström)

A ses côtés, Arno, l'emblématique chanteur flamand, retrouve Antoine Cuypers qui lui a déjà consacré un documentaire. «Quand je chante, je suis seul, mais j'aime bien de temps en temps travailler pour les autres. Pour le moment je suis l'esclave d'Antoine».

Nathalie Baye se dit quant à elle «séduite par une histoire bien construite, écrite et très puissante. J'ai rarement l'occasion de lire de tels scénarios». Travailler avec un jeune réalisateur autour d'un premier film est «une rencontre qui permet de garder le désir.»

«Un processus mental»

Pour Antoine Cuypers le passage au long métrage est «avant tout un processus mental qui s'est mis en place peu à peu. 
J'avais avant tout envie de raconter une histoire. Nathalie Baye et Arno, mais aussi tous les autres acteurs m'ont accordé leur totale confiance. Tous partagent la même vision du film, ce qui a largement facilité mon travail», note le réalisateur belge.

Coproduit par les sociétés Lucil Films (Luxembourg), Wrong Men North (Belgique) et CTM Pictures (Pays-Bas), le film «Préjudice» doit se contenter d'un maigre budget de 2,8 millions d'euros – 30% proviennent du Filmfund de Luxembourg. «On doit se serrer la ceinture, heureusement que tout le monde, y compris les acteurs et les producteurs, jouent le jeu», glisse Solveig Harper, la directrice de production.

Alors que la distribution dans les pays du Benelux semble assurée, Antoine Cuypers espère que son film dès sa sortie en 2015 pourra faire la tournée des festivals, «une telle rampe de lancement est absolument nécessaire». En attendant, les caméras tourneront à 
Rodange jusqu'au 19 septembre.


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