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TOL: retrouvailles en direct entre Alceste et Célimène
Célimène (Colette Kieffer) s’est mariée et a quatre enfants, Alceste (Frédéric Largier) est devenu…
cardinal.

TOL: retrouvailles en direct entre Alceste et Célimène

Photo: RICARDO
VAZ PALMA
Célimène (Colette Kieffer) s’est mariée et a quatre enfants, Alceste (Frédéric Largier) est devenu…
cardinal.
Culture 3 min. 27.01.2019

TOL: retrouvailles en direct entre Alceste et Célimène

Au TOL, c’est un savoureux petit moment théâtral qu'offre «Célimène et le Cardinal» de Jacques Rampal, un «vingt ans plus tard» pour les deux personnages emblématiques du «Misanthrope» de Molière.

Par Stéphane Gilbart

Ils sont inoubliables les protagonistes du «Misanthrope» de Molière. Alceste, le misanthrope, «l’ennemi du genre humain», l’homme refusant absolument toute compromission mondaine: «Je veux qu'on soit sincère, et qu'en homme d'honneur / On ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur».

En face, celle qu’il aime et dont il voudrait qu’elle adopte ses convictions intransigeantes. Célimène, une «coquette» pour lui, mais qu’il ne peut s’empêcher d’aimer, qui sait qu’on ne peut vivre ainsi et accepte la relativité sociale de nos attitudes et convictions. Cohérent avec lui-même, Alceste quitte «le monde» : « Je vais sortir d’un gouffre où triomphent les vices / Et chercher sur la terre un endroit écarté / Où d’être un homme d’honneur on ait la liberté».

Retrouvailles en direct

Jacques Rampal a eu une excellente idée: imaginer leurs retrouvailles vingt ans plus tard. Célimène s’est mariée et a quatre enfants. Alceste est devenu… cardinal. Nous vivons leurs retrouvailles en direct.

Portant bien ses quarante ans, elle est restée aussi vive, aussi impertinente, aussi séduisante qu’alors. Manifestement, elle continue à aimer celui qui voulait la soustraire du monde et se la garder pour lui seul. Quant à lui, il est resté un homme d’affirmations austères, d’une foi exigeante et sans appel. Mais tout aussi manifestement, il ne l’a pas oubliée et est toujours obsédé par son souvenir.

Evidemment, pour que pièce il y ait, pour qu’un bel affrontement se déroule, ils ne se font pas d’aveux réciproques. Ce qui vaut aux spectateurs de magnifiques échanges où ils disent en ne les disant pas les sentiments qui les habitent. Toujours pareils à eux-mêmes, ils se laissent emporter par leur tempérament: elle provoque, elle asticote; il s’exaspère, allant même jusqu’à la menacer d’excommunication.

Quel beau duel!

C’est l’occasion pour l’auteur de glisser quelques affirmations qui n’ont hélas pas vieilli (la pièce est de 1992) à propos notamment de la place et du rôle de la femme ou des abus de convictions religieuses. Quel beau duel!

D’autant plus que l’échange des points de vue est développé en une langue française d’une élégance efficace, et qui plus est, en alexandrins, ce qui lui confère un rythme soutenu.

Encore fallait-il une mise en scène et une interprétation qui donnent toute leur force au débat des sentiments et aux mots pour (ne pas) les exprimer. Dans une mise en scène de Jérôme Varanfrain, à la belle intensité et à la belle fluidité – avec quelques gestes et attitudes inattendus aussi révélateurs que drolatiques –, les acteurs Colette Kieffer et Frédéric Largier sont à la juste mesure de leurs personnages réécrits, dont on sent qu’ils les réjouissent.

Lui donne à voir les emportements d’Alceste et fait bien comprendre et ressentir tout ce qui bouillonne sous les boutons de sa stricte tenue épiscopale. Quant à elle, elle est séduction, jeu subtil, ironie, provocation, mais aussi attente, agacement, inquiétude.

Voilà un théâtre qui est savoureuse parenthèse et suscite un sourire qui ne s’éteint pas à la fin de la représentation.

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