Regards inversés

«Mär sinn Escher»: un projet pour et avec des réfugiés

Esch/Alzette, la ville aux 124 nationalités.

par Thierry Hick 

Vera Spautz, bourgmestre sortante, le clame haut et fort: «Esch, la ville aux 124 nationalités, a toujours été une ville d'intégration. C'est notre mission de mener des débats, des échanges d'idées lorsque l'on voit ce qui se passe en Allemagne ou en France dès que l'on aborde le sort des réfugiés ou le thème de l'immigration».

Autant pour le message politique. Avec «Mär sinn Escher», l'accent est cette fois-ci mis sur des manifestations culturelles pour passer à l'action. 

La Kulturfabrik, le Théâtre municipal, le Musée national de la Résistance et différents services communaux de la ville unissent leurs forces pour présenter dans les semaines à venir projection de films, exposition, pièce de théâtre ou soirée de discussion. 

Le but: parler et débattre autour du sort des réfugiés qui vivent dans la ville... souvent en marge des Eschois. Tout le monde connaît le foyer pour réfugiés à Esch/Alzette, tout près du café Pitcher. Pourtant, peu nombreux sont ceux qui s'intéressent à ceux qui y vivent et qui attendent des jours meilleurs.

Rosaire est l'un des habitants du foyer, il a participé au projet «Birds» du photographe Patrick Galbats. Celui-ci lui a confié un appareil photo pour partir à la découverte de la ville et de ses habitants.

Le photographe Patrick Galbats en compagnie de Rosaire Ares Nizebeuc Fondjo et Muneer al Dulirnyde, deux des réfugiés participant au projet.
Le photographe Patrick Galbats en compagnie de Rosaire Ares Nizebeuc Fondjo et Muneer al Dulirnyde, deux des réfugiés participant au projet.
Photo: Guy Jallay

Les réfugiés et les souvenirs de leur pays d'origine

Patrick Galbats, qui n'en est pas à son premier projet d'ordre social, explique: «Mon but était de leur donner la possibilité de s'exprimer, de mettre en évidence les souvenirs de leur pays d'origine». 

Fred Entringer, responsable des activités pédagogiques de la Kulturfabrik, note: «D'habitude ce qui compte, c'est le regard que nous portons sur eux. Pour une fois, c'est l'inverse qui se produit. On peut voir comment eux nous voient. Ces regards inversés nous apprennent beaucoup de choses.»

Douze réfugiés ont participé à cet atelier au mois de février. Deux d'entre eux ont dû repartir. «Nous avons beaucoup discuté, regardé les photos ensemble», note le photographe qui se réjouit de ce travail intéressant tant pour lui que pour les participants. «Près de 8 000 clichés ont été pris. On en a choisi 46 pour le livre et l'exposition». Rosaire, lui aussi, est enthousiasmé par l'expérience. «En arrivant au foyer, on ne connaît rien, personne.

A chacun son parcours, son histoire

Chacun est là avec son histoire, son parcours. Certains n'ont même pas eu le temps de dire au revoir à leur famille. On est seul. Au début, j'avais peur d'aller vers les Luxembourgeois. Avec un appareil photo, c'est nettement plus facile de les aborder. Si l'on va vers le monde, le monde s'ouvre à vous. On peut tous faire quelque chose, à condition d'en avoir envie. 

Même si chacun d'entre nous n'est finalement qu'un petit grain de sable, on peut tous trouver notre voie». Le bouillonnant Camerounais poursuit: «Nous réfugiés pouvons être une plus-value pour votre pays. Si notre intégration se passe mal, nous sommes par contre comme une épine au pied pour vous».

De photos, il en sera également question avec «We have Seen»: 42 photographies grand format documenteront le travail de l'association luxembourgeoise «Catch a Smile» avec des fugitifs en Grèce, France ou Serbie.

Une humanité défaillante, un abus de pouvoir

«L'humanité n'est pas capable de stopper le problème. Il s'agit d'intolérance et d'un abus de pouvoir», fustige le directeur du théâtre Charles Muller en évoquant les questions liées à l'immigration de masse et au sort des réfugiés. Il accueillera dans son théâtre deux productions. 

Tout d'abord, «Welcome to Paradise», une pièce de théâtre documentaire. Carole Lorang et Mani Muller sont à l'origine de cette coproduction. La pièce se base sur des entretiens réalisés avec une cinquantaine de réfugiés en 2016. 

Toujours au théâtre, la compagnie The People United et la metteuse en scène Hannah Ma monteront la pièce «Wanderer» qui porte un regard particulier sur la notion de patrie. Des artistes de Syrie, d'Allemagne, d'Italie, de Chine, de France, d'Irlande, du Brésil et de Luxembourg se mettent en route pour rechercher d'éventuelles racines communes.

Le Kinosch de la Kulturfabrik s'associe au cycle de manifestations en proposant «Wallah – Je te jure», film documentaire sur le long parcours de ceux qui quittent l'Afrique occidentale pour rejoindre l'Italie. La Fondation Caritas est l'un des principaux partenaires de «Mär sinn Escher». 

Sa présidente, Marie-Josée Jacobs, ne peut que se féliciter de l'initiative. «Pour comprendre le vécu des réfugiés, il faut leur donner la parole et savoir mettre à l'honneur leurs talents. Seuls les échanges permettent de mieux vivre ensemble.»

Les rendez-vous

  • – «Pourquoi les réfugiés viennent-ils au Luxembourg? Quelle est leur situation? Comment les accueillir à Esch-sur-Alzette?», soirée d'information et de sensibilisation, avec Caritas et l'Asti, le mercredi 11 octobre à 19.30 heures, Hôtel de Ville;
  • – «We have seen», exposition de photographies de l'asbl «Catch a Smile», place de la Résistance, jusqu'à la fin de l'année,
  • – «Birds», exposition de photographies et livre réalisés par douze demandeurs de protection internationale et le photographe Patrick Galbats, du 21 octobre au 11 novembre, Théâtre municipal;
  • – «Wallah – Je te jure», film documentaire de Marcello Merletto, le 17 novembre à 20 heures, Kinosch (Kulturfabrik);
  • – «Welcome to Paradise», pièce de théâtre documentaire, Mani Muller, Carole Lorang, le mardi 21 novembre à 20 heures, Théâtre municipal
  • – «Wanderer», de Hannah Ma Tanztheater für sieben Tänzer und Live Musik, Samstag, 25. November, 20 Uhr, Theater.

www.esch.lu

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