Changer d'édition

Réactions après le départ d'Enrico Lunghi: Entre consternation et appel à la résistance
Culture 3 min. 08.11.2016

Réactions après le départ d'Enrico Lunghi: Entre consternation et appel à la résistance

Enrico Lunghi dirige le Mudam depuis janvier 2009.

Réactions après le départ d'Enrico Lunghi: Entre consternation et appel à la résistance

Enrico Lunghi dirige le Mudam depuis janvier 2009.
Photo: Christian Aschmann
Culture 3 min. 08.11.2016

Réactions après le départ d'Enrico Lunghi: Entre consternation et appel à la résistance

Marie-Laure ROLLAND
Marie-Laure ROLLAND
La démission du directeur général du Mudam fait des vagues sur la scène culturelle nationale et internationale. La décision d'Enrico Lunghi est comprise. Le manque de soutien de sa hiérarchie soulève des interrogations.

Par Marie-Laure Rolland

La première réaction est venue de l'étranger après l'annonce de la démission du directeur général du Mudam. Le Comité international des musées d'art moderne (Cimam) n'a pas tardé à monter sur les barricades.

Cimam: des conditions «antidémocratiques»

C'est en premier lieu le Luxembourg qui est pointé du doigt: «Nous artistes, curateur-ices, collectionneur-ses, galeristes, ami-es des arts, témoignons toute notre sympathie à Enrico Lunghi. Ses détracteurs luxembourgeois le harcelaient depuis des années. Son engagement généreux et sans concession pour l’art contemporain agaçait et sa réussite internationale dérangeait», indique un communiqué publié sur le site. Le comité estime plus généralement que cette éviction est symptomatique des menaces qui pèsent sur la scène de l'art: «Partout les pressions contre ceux qui défendent un art contemporain libre et ambitieux s’accentuent. Les conditions qui ont poussé Enrico Lunghi à démissionner sont un mauvais coup porté à nous tous. Elles sont aussi anti-démocratiques.»

Jacques Santer: «il aurait fallu enquêter»

Interrogé hier par le «Luxemburger Wort», l'ancien président du conseil d'administration du Mudam, Jacques Santer, dit regretter personnellement le départ d'Enrico Lunghi, avec lequel «il avait toujours bien collaboré». Il ne comprend pas que Xavier Bettel ait lancé dès le 4 octobre une procédure disciplinaire contre lui. «Si j'avais été à sa place, j'aurais commencé par faire une enquête sur le déroulement des faits, avant éventuellement d'aller plus loin.»

Jo Kox: «il faut en tirer les conclusions politiques»

Jo Kox, président du Fonds culturel national, Luxembourg.
Jo Kox, président du Fonds culturel national, Luxembourg.
Photo: Hervé Montaigu

Le président du Fonds culturel national, Jo Kox, estime qu'Enrico Lunghi n'avait pas d'autre choix que de démissionner. «Cette affaire d'interview a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. On ne peut pas diriger une institution si l'on n'a pas le soutien de son ministre ni de son conseil d'administration». Il observe que «le Luxembourg perd la plus 
grande figure de l'art contemporain des 20 dernières années.» Pour lui, il faudrait en tirer les conséquences politiques en modifiant la loi qui régit le Mudam. Le musée devrait s'appeler «Musée d'art contemporain afin qu'il n'y ait plus de quiproquo sur sa ligne artistique». Par ailleurs, «il doit devenir un établissement public. Il n'est pas normal que l'Etat ne soit pas représenté dans son conseil d'administration et que ses collections ne soient pas des biens publics inaliénables.»

Wim Delvoye: «un risque de perte de prestige»

L'artiste flamand Wim Delvoye, qui fait actuellement l'objet d'une grande exposition monographique organisée pour les dix ans du Mudam, a tenu à exprimer son soutien au directeur général. «Enrico Lunghi a su hausser le ,benchmark‘ du Mudam. Je dois dire aussi que les conditions de travail pour les artistes sont exceptionnelles si je les compare avec mon expérience dans d'autres musées européens». Wim Delvoye ne cache pas son inquiétude pour l'évolution à venir. «Je suis très fier de dire que j'expose en ce moment au Mudam. Malheureusement cela pourrait changer très vite. Si tel est le cas, alors même les artistes qui ont critiqué Enrico ne seront pas heureux d'exposer dans un musée qui aura perdu de son prestige.»

Alex Reding: «Xavier Bettel aurait dû réfléchir à deux fois»

Le galeriste Alex Reding, initiateur de la «Luxembourg Art Week» qui s'ouvre mercredi, n'a jamais caché certains de ses points de désaccord avec Enrico Lunghi. Néanmoins, il reconnaît ses mérites pour le développement 
de la scène de l'art contemporain luxembourgeoise ces 20 dernières années. «Il est l'homme qui a amené la Manifesta 2 à Luxembourg en 1998. Les gens ne le savent pas, mais c'est comme si on avait la finale de la Champions League au Stade Josy Barthel!». Usant de la métaphore sportive, il observe que «le Mudam a été conçu comme une sorte de Formule 1 pour le circuit international. C'est un bâtiment extrêmement difficile à piloter», aussi remplacer Enrico Lunghi «ne se fera pas du jour au lendemain». Il s'étonne que le ministre de la Culture, Xavier Bettel, soit intervenu dans cette affaire. «Il aurait dû y réfléchir à deux fois. La supérieure hiérarchique d'Enrico Lunghi, c'est la princesse Stéphanie».


Sur le même sujet

Amis des musées: Le couronnement
Avoir des «amis» quand les temps sont durs est un must. Les musées n'ont pas attendu facebook pour en prendre la mesure. Au Luxembourg, cela fait quarante ans qu'une association œuvre à soutenir leur travail. Samedi, celle-ci fêtera cet anniversaire en bonne compagnie.
Amis des musées