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Quand le ciel nous tombe sur la tête...
Culture 8 min. 28.06.2018 Cet article est archivé

Quand le ciel nous tombe sur la tête...

Un projet de l'ESA étudie la possibilité de catapulter un astéroïde potentiellement dangereux pour la Terre hors de sa trajectoire.

Quand le ciel nous tombe sur la tête...

Un projet de l'ESA étudie la possibilité de catapulter un astéroïde potentiellement dangereux pour la Terre hors de sa trajectoire.
Illustration: ESA
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Quand le ciel nous tombe sur la tête...

Manon KRAMP
Manon KRAMP
La Journée internationale des astéroïdes de ce samedi 30 juin veut sensibiliser le public aux risques d'impact d'astéroïdes. Où en sont les recherches actuellement? Entretien avec l'astrophysicien Patrick Michel.

Sensibiliser le public aux risques d’impact d’astéroïdes, mais également l'informer sur le potentiel de ces corps célestes – tel est le but de la Journée internationale des astéroïdes proclamée par l'Assemblée générale des Nations unies en 2016. La date fixée au 30 juin commémore l'événement de Toungouska survenu le 30 juin 1908 au-dessus de la Sibérie. Une catastrophe, qui dévasta plus de 2.000 km2 de forêt.

L'astrophysicien français Patrick Michel est l'un des scientifiques présents lors des événements organisés au Luxembourg lors de l'«Asteroid Day 2018». Nous lui avons demandé de nous éclairer quant à la nature des astéroïdes et les dangers qu'ils représentent.

Patrick Michel, qu'est-ce qu'un astéroïde?

Un astéroïde est un caillou qui peut avoir une taille d'une dizaine de mètres jusqu'au plus gros, Cérès, qui fait 950 kilomètres de diamètre. La plupart d'entre eux sont maintenant situés entre Mars et Jupiter, dans la ceinture principale où résident tous ces petits objets qui sont les restes des matériaux qui ont permis de former les planètes. Il y a entre 4 - 5 milliards d'années, notre système solaire était un disque de gaz et de poussières entourant notre étoile, le soleil. Ces poussières se sont accumulées pour former des corps de plus en plus gros et certains ont fini en planètes. Mais une partie de ces poussières s'est agglomérée entre Mars et Jupiter.

Patrick Michel est astrophysicien, Directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique et responsable du groupe de Planétologie du laboratoire Lagrange de l'Observatoire de la Côte d'Azur.
Patrick Michel est astrophysicien, Directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique et responsable du groupe de Planétologie du laboratoire Lagrange de l'Observatoire de la Côte d'Azur.

De quoi sont constitués ces objets célestes?

Il y a différents types d'astéroïdes composés de différents éléments. On distingue deux grandes classes: ceux du type F, qui sont des astéroïdes rocheux, riches en silicates, olivine et pyroxènes. On a aussi la classe C, des corps riches en matériaux carbonés et donc potentiellement en matières organiques. Ces derniers nous intéressent particulièrement, car on pense qu'ils sont les plus primitifs et que leur composition est la plus fidèle par rapport à la composition d'origine du système solaire. Il y a encore d'autres sous-classes et quelques corps métalliques, qui sont peut-être les restes d'objets avec un noyau métallique, un manteau et une croûte comme la Terre, mais détruits lors de collisions.

Les astéroïdes révèlent des informations stupéfiantes...

Si on veut comprendre la composition initiale de cette nébuleuse dans laquelle les planètes se sont formées, on ne va pas y parvenir avec des matériaux terrestres parce que la Terre est très grosse et qu'il y a eu des processus de chauffage et d'érosion. Les astéroïdes sont restés suffisamment petits pour que leur position n'ait pas évolué depuis les premiers instants du système solaire. En les étudiant, on remonte le temps et on accède aux ingrédients initiaux qui ont permis la formation des planètes. Des scénarios qu'on a élaborés à Nice disent, qu'à la fin de la formation de la Terre il y a beaucoup d'impacts et il est possible, que ce soient les astéroïdes qui y aient amené l'eau et la matière organique qui ont permis l'émergence de vie.

D'où viennent les objets qui croisent la trajectoire de la Terre?

Dans des zones instables se produisent des collisions et de temps en temps, il y a des fragments de corps qui sont éjectés par ces mécanismes. Certains d'entre eux, les géocroiseurs, coupent l'orbite de la Terre et peuvent entrer en collision avec elle.

Quel est pour l'instant l'astéroïde le plus menaçant pour la Terre?

Nous suivons tous les objets à long terme pour préciser leur trajectoire. Pour l'astéroïde Apophis par exemple on a écarté la probabilité de collision avec la Terre. En 2029, il va passer très près à environ 36.000 kilomètres, ce qui est l'orbite des satellites géostationnaires. Cela nous permettra de vraiment l'étudier. Mais pour l'instant, il n'y a pas d'objet qui nous menace – heureusement!

Cette image stéréo de l'astéroïde Ryugu a été produite par le guitariste et astrophysicien Brian May à partir de photos prises à 13 minutes d'intervalle le 26 juin depuis la sonde japonaise Hayabusa2. Elles peuvent se regarder avec des lunettes 3D.
Cette image stéréo de l'astéroïde Ryugu a été produite par le guitariste et astrophysicien Brian May à partir de photos prises à 13 minutes d'intervalle le 26 juin depuis la sonde japonaise Hayabusa2. Elles peuvent se regarder avec des lunettes 3D.
Photo: JAXA, University of Tokyo and collaborators

Dans le film «Armageddon», Bruce Willis fait exploser un astéroïde qui risque de percuter la Terre. Quels sont les scénarios réels pour parer à un tel danger?

Avec l'Agence spatiale européenne ESA, et la NASA, nous avions étudié un test de déviation d'astéroïde constitué d'un projectile haute vitesse qui tape dans cet astéroïde et le dévie de sa trajectoire. Déjà en 2016, le directeur général de l'ESA, Jan Wörner, avait proposé ce projet aux Etats membres de l'ESA. Nous devions faire l'orbiteur et la NASA le projectile. Mais en dépit du superbe discours du vice-premier ministre luxembourgeois, Etienne Schneider, on n'a pas pu recueillir les fonds suffisants. Or, il y a une telle demande de certains Etats membres, qu'on nous a demandé – je dis nous parce que je suis le responsable scientifique du projet – de retravailler sur une version optimisée de la mission pour la reproposer au Conseil ministériel de l'ESA de 2019. Il y a donc un vrai projet à l'étude. On espère que l'Europe ne va pas baisser les bras, car la NASA a tout récemment fait un rapport émanant de la Maison Blanche avec une Road Map pour la défense planétaire contre les astéroïdes, en demandant que cela se fasse dans des coopérations internationales. On avait construit ce projet ensemble et ce serait intéressant de pouvoir accompagner le test de déviation. Ce projet devrait se produire en 2022.

Voici le trailer de la mission Hera à l’étude à l’ESA



Asteroid Day: venez discuter avec des astronautes
Exceptionnel: le public est invité à rencontrer quatre astronautes et des experts en matière de sciences planétaires le samedi 30 juin entre 14h et 15h30 au Cercle Cité, place d’Armes à Luxembourg.


Quels sont les dispositifs pour détecter et surveiller les astéroïdes potentiellement dangereux?

Il n'y a malheureusement pas de programme dédié pour l'instant. La plupart des découvertes sont faites depuis le sol, essentiellement par deux grands télescopes sur Hawaï et en Arizona. Lorsqu'on a trouvé un objet, on a aussi un bon mouvement du côté des amateurs qui le suivent et permettent d'en affiner l'orbite. On a ainsi pu répertorier plus de 90 pourcents des objets plus grands qu'un kilomètre de diamètre. L'impact d'un corps d'une telle taille provoquerait une catastrophe à l'échelle du globe. On recense maintenant les objets plus grands qu'une centaine de mètres. Mais depuis le sol, on a peu d'informations pour calculer une trajectoire et en ce qui concerne les propriétés physiques et la composition d'un astéroïde, cela reste très sommaire.

Et quelle serait la solution idéale?

Le meilleur moyen serait un observatoire spatial comme le projet Neocam (Near-Earth Object Camera), que la NASA est en train d'étudier.

Y a-t-il des régions plus menacées par des impacts que d'autres?

Non, le risque est complètement aléatoire.

L'astrophysicien et guitariste Brian May est fier de sa photo stéréo de l'astéroïde Ryugu qui a fait un tabac sur Twitter.
L'astrophysicien et guitariste Brian May est fier de sa photo stéréo de l'astéroïde Ryugu qui a fait un tabac sur Twitter.
Photo: Brian May/Twitter

Quels sont les enjeux de la Journée des astéroïdes?

Au départ, le but était de faire prendre conscience de l'existence de ces objets et des risques qu'ils comportent. Puis, quelques scientifiques comme moi, ont rendu ce message plus positif en mettant aussi l'accent sur ce que les astéroïdes nous apportent scientifiquement. Le risque existe, mais il est très faible par rapport aux autres risques naturels. De plus, on peut le prédire et on a des solutions. Il suffit maintenant de les mettre en œuvre.

L'intérêt du public pour ces sujets est là...

Oui, car nous avons de nouvelles choses à montrer avec, en plus, des missions à la Indiana Jones, car ce sont toujours des aventures compliquées. Pour l'instant, deux missions spatiales importantes sont en cours. La mission Hayabusa2 vient d'arriver sur le géocroiseur Ryugu et va y déployer un petit récolteur pour prélever un échantillon de poussière. Hayabusa2 a déjà réussi à nous fournir les premières images détaillées jamais réalisées d'un astéroïde carboné. La mission Osirix-Rex de la NASA, elle, va arriver à la mi-août sur l'astéroïde Bennu pour récolter des échantillons. Que ce soit pour la science ou la défense planétaire: ces missions permettent aux gens de rêver un peu.



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