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Psycho: Peignoir, massage, drogue: les rituels des prédateurs sexuels
Culture 5 min. 03.11.2017

Psycho: Peignoir, massage, drogue: les rituels des prédateurs sexuels

Selon les psychologues, ces agresseurs sont excités par la peur et la faiblesse de leur victime

Psycho: Peignoir, massage, drogue: les rituels des prédateurs sexuels

Selon les psychologues, ces agresseurs sont excités par la peur et la faiblesse de leur victime
Screenshot du film Broken City (2013)
Culture 5 min. 03.11.2017

Psycho: Peignoir, massage, drogue: les rituels des prédateurs sexuels

Christelle BRUCKER
Christelle BRUCKER
Les récits des victimes se ressemblent: les prédateurs sexuels ont tendance à avoir "un système (...) qui marche pour eux, qu'ils affinent, perfectionnent et répètent", constate une experte américaine.

(ChB avec AFP) - De jeunes femmes invitées avec insistance à monter dans la chambre d'un homme puissant, plus âgé, qui les accueille en peignoir, voire nu, leur demande un massage ou de le regarder prendre une douche...

Le producteur déchu Harvey Weinstein est accusé par une dizaine de femmes, dont des stars, de harcèlement sexuel et/ou de viol. Leurs récits se ressemblent et révèlent un véritable rituel.

Ce sont précisément ces mises en scène, décrites par les actrices victimes du magnat d'Hollywood, qui ont rouvert les plaies de Sandrine, violée dans des conditions similaires, à l'âge de 18 ans, par un homme de 30 ans son aîné.

"Un piège ritualisé"

Les prédateurs sexuels ont tendance à avoir "un système (...) qui marche pour eux, qu'ils affinent, perfectionnent et répètent", constate Kristen Houser, porte-parole du Centre national de ressources contre les violences sexuelles établi en Pennsylvanie.

"C'est un piège ritualisé contre une proie sexuelle", insiste encore la psychologue Judi Bloom, qui exerce à Santa Monica.

Autre exemple médiatique, l'ex-star de télévision Bill Cosby, accusé par une cinquantaine de femmes de harcèlement, agression sexuelle ou viol, qui avait lui aussi un mode opératoire bien particulier: dans des contextes festifs (restaurants, soirées à la Playboy Mansion), il approchait des jeunes femmes à qui il faisait miroiter un coup de pouce professionnel, leur faisait boire de l'alcool et les droguait afin d'abuser d'elles.

Ils se passent du consentement 

Gayle Wyatt, psychologue et thérapeute sexuelle rattachée à l'université de Californie, souligne que dans la plupart des relations intimes, il y a un rituel: "Les gens ont une manière d'approcher des partenaires, d'être sexuellement excités, qu'ils répètent".

Mais les prédateurs sexuels les systématisent et surtout se passent du consentement: tout devient un rapport de force pour contraindre l'objet de leurs désirs à "ressentir qu'elle n'a plus le choix", poursuit Judi Bloom.

Quatre femmes, dont Asia Argento et Rose McGowan, accusent Harvey Weinstein de viol mais celui-ci a qualifié ces relations de "consenties" par le biais d'une porte-parole.

Les rituels les "aident à ne pas se sentir coupables"

Certaines victimes présumées de Weinstein racontent avoir été suivies dans une chambre comme par un animal attendant de ferrer sa proie, s'être senties pétrifiées, contraintes à un rapport sexuel ou à le regarder se masturber.

Dans le cas de Weinstein, ses 136 kilos créaient aussi une coercition physique.

Les rituels aident les agresseurs "à ne pas se sentir coupables et à rationaliser leur comportement", affirme Judi Bloom. "Je crée juste un environnement, une scène, et cette personne voudra avoir un rapport sexuel avec moi", se disent ces prédateurs, selon la psychologue.

Ils font état d'une relation mutuellement bénéficiaire - faveur sexuelle contre carrière - pour se convaincre qu'elle est consentie.

Les chambres d'hôtel servent de bulle isolant de la réalité: "Ce n'est pas quelque chose que vous faites chez vous, ça arrive dans les hôtels, les salles de classe après les cours, les églises...", poursuit-elle.

La question du pouvoir

Des agressions qui surviennent dans tous les secteurs, partout où des gens - la plupart du temps des hommes - sont en position de pouvoir: PDG, prêtres, professeurs, hommes politiques - l'affaire DSK en est un exemple.

"C'est un schéma commun chez des gens très puissants, des mâles alpha, très occupés, qui développent d'autres manières de parvenir à une gratification sexuelle".

Ils utilisent souvent des aides, comme les assistants évoqués dans l'affaire Weinstein, chargés de créer une illusion de sécurité en étant présents dans les "réunions" avant de disparaître et de laisser leur patron seul avec sa cible.

Repousser les limites de l'intime pour "tester"

Ces agresseurs repoussent volontairement les limites de l'intime pour "tester" les réactions de leur victime: "Se masturber ou prendre une douche, ce sont des choses qui se font en privé mais qu'ils font en public. Ils testent non seulement la victime mais aussi l'environnement", remarque Kristen Houser.

La peur suscitée leur donne du plaisir, en attestant là encore de leur domination face à une personne plus faible. 

Leur position de pouvoir les protège car les victimes ont peur de ne pas être crues ou de subir des mesures de rétorsion: voir leur carrière, leur réputation ruinées.

"Très peu de gens parlent", se désole Gayle Wyatt. Leurs actes restant sans conséquence, les agresseurs sexuels recommencent, se sentant invincibles.

Des comportements déviants liés à l'enfance

Pour Judi Bloom, ces comportements déviants trouvent souvent leur source dans des traumatismes d'enfance, "quelque chose qui les a fait se sentir moins que rien".

"Ils développent alors une réponse sexualisée à ces sentiments d'inadéquation et quand ils atteignent le pouvoir, ils exploitent les plus faibles", conclut-elle. 

Les témoignages se multiplient aujourd'hui partout dans le monde via les réseaux sociaux: les femmes dénoncent ces abus avec les hashtags #BalanceTonPorc en France ou #MeToo dans le monde. 

Certaines osent parler pour la première fois, comme Sandrine, 45 ans, que nous avons pu rencontrer à Luxembourg.


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