Changer d'édition

Portrait: Les cent jours de Juncker
Culture 4 min. 25.02.2015

Portrait: Les cent jours de Juncker

Jean-Claude Juncker à Strasbourg, le 22 octobre 2014

Portrait: Les cent jours de Juncker

Jean-Claude Juncker à Strasbourg, le 22 octobre 2014
Photo: Reuters
Culture 4 min. 25.02.2015

Portrait: Les cent jours de Juncker

Les caméras d'Arte ont suivi le nouveau président de la Commission européenne pendant ses cent premiers jours. Déplacements officiels, moments plus privés: en 52 minutes, le document dessine la vision de cet homme et les moyens qu'il déploie pour la mettre en œuvre.

(DN) - Les caméras d'Arte ont suivi le nouveau président de la Commission européenne pendant ses cent premiers jours. Déplacements officiels, moments plus privés: en 52 minutes, le document dessine la vision de cet homme et les moyens qu'il déploie pour la mettre en œuvre.

« Juncker, contrairement à son prédécesseur Barroso, veut se montrer sur le parquet politique. Il semble prêt à en découdre » : cette phrase signe l'introduction du documentaire diffusé dans la nuit de mardi à mercredi, et accessible pendant sept jours sur le site arte.tv.

«  Attendez six mois »

A la question de savoir ce qu'il comptait accomplir en cent jours, Juncker y va de sa franchise habituelle : « Cette question ne présente aucun intérêt à mes yeux. J'ai été élu chef du gouvernement à cinq reprises et à chaque fois j'y avais droit (...) Attendez six mois et vous le saurez. » Mais il concède que la mission consistant à réduire la fracture entre les peuples européens et les institutions européennes, dont la Commission, s'avère difficile.

« On me croit capable de tout. Je suis capable de tout, mais pas au sens où vous l'entendez. Donc j'ai peur de décevoir », confie-t-il au début de sa présidence, appelant la critique, s'estimant « incapable d'autocritique ». C'est au cours de cette même conférence de presse qu'il lance : « Je ne suis pas un type qui tremble devant les Premiers ministres », arborant alors la cravate de la présidence grecque de 2003. La Grèce, avec laquelle il aura maille à partir trois mois plus tard et la victoire de Syriza.

Jean-Claude Juncker le 5 novembre 2014
Jean-Claude Juncker le 5 novembre 2014
Photo: AFP

Mais à peine élu, M. Juncker se fait rattraper par son passé. La bombe Luxleaks explose début novembre. « Il y a probablement eu un excès d'ingénierie fiscale au Luxembourg », reconnait-il devant les eurodéputés. « Le grand capital a de meilleurs amis dans cette maison que moi, croyez-moi », s'était-il cependant défendu.

Il survit sans problème à une motion de censure au Parlement européen et détaille un plan d'investissement prévoyant de lever 315 milliards d'euros sur trois ans. « Il faut agir d'urgence pour relancer l'investissement », plaide-t-il. Mais certains commentateurs y voient une présentation un peu précipitée pour ouvrir un nouveau chapitre après le scandale Luxleaks.

« S'il veut tous les embrasser... »

Le reportage vaut aussi pour les clins d’œil : « S'il veut tous les embrasser, on n'est pas près de commencer », soupire le président du Parlement, Martin Schulz. Il est vrai qu'on voit régulièrement M. Juncker s'adonner à ces séances d'embrassades, au Conseil ou dans l'hémicycle, avant d'entrer dans le vif du sujet.

A Riga, début janvier, un journaliste lui pose la question de savoir pourquoi il a choisi ce métier. « C'est une question que je me suis posée juste avant de prêter serment (…) Je me sens en harmonie avec moi-même parce que je pense que les hommes et les femmes de ma génération ont le devoir de servir de passerelle et c'est une responsabilité cruciale », confesse-t-il, ajoutant: « Nous sommes la dernière génération à pouvoir transmettre l'héritage » de la dernière guerre mondiale. « C'est ce désir qui m'anime, souvent avec inquiétude, mais aussi avec espoir. »

« Je n'ai jamais connu l'Europe autrement que vacillante »

A la question de savoir s'il a le sentiment d'être en permanence en train de sauver une Europe vacillante, il répond : « Je n'ai jamais connu l'Europe autrement que vacillante. Nous allons de crise en crise. Plus graves sont les crises, meilleures sont les solutions, car nous savons que si nous nous laissons emporter par l'une d'entre elles, nous ne nous en sortirons pas. »

En conséquence, conclut-il, « ma Commission doit être plus politique. La politique est une nécessité dès lors qu'il s'agit d'êtres humains, à condition qu'elle aille dans leur sens ».

« C'est parfois difficile de passer d'un moment à l'autre », avoue face aux eurodéputés à Strasbourg celui qui rencontre chaque semaine une pléiade de représentants politiques et notamment après le défilé auquel il participe à Paris suite aux attentats contre Charlie Hebdo. C'est peut-être un peu aussi la faiblesse de ce reportage : si le fil rouge est respecté – suivre M. Juncker au cours de ses cent premiers jours –, il peut souffrir parfois d'une absence de rythme et on est souvent, comme les journalistes, à devoir attendre derrière les portes des conciliabules où tout se dit. Mais ce sont aussi les règles d'un tel exercice.

L'émission donne au final une image assez juste de l'homme, qui se montre tout à la fois humble et piquant. « Je ne me sens pas exagérément puissant. Je suis investi d'une mission qui, elle, est puissante », affirme-t-il, avant de dire aux journalistes qui considèrent qu'à la différence du président américain, peu de gens connaissent le nom du président de la Commission : « Vous n'interrogez pas assez de gens. »