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La culture a pris sa part dans l'anticrise
Culture 1 5 min. 09.06.2021
Plan de relance

La culture a pris sa part dans l'anticrise

Une centaine de nouvelles pièces ont été acquises par le ministère de la Culture pour contrebalancer les effets néfastes de la crise covid.
Plan de relance

La culture a pris sa part dans l'anticrise

Une centaine de nouvelles pièces ont été acquises par le ministère de la Culture pour contrebalancer les effets néfastes de la crise covid.
Photo Archives : Gerry Huberty
Culture 1 5 min. 09.06.2021
Plan de relance

La culture a pris sa part dans l'anticrise

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
Dans le cadre des aides Neistart accordées au secteur artistique, le ministère de la Culture a fait bien plus d'acquisitions que d'ordinaire. Des achats qui ont permis de soutenir artistes et galeristes luxembourgeois.

«Il y a cette petite sculpture signée Serge Ecker. Ce tableau d'une artiste dont nous n'avions pas connaissance avant, Nora Juhasz. Ou encore cette lithogravure de Paul Kirps...» Des formes, des couleurs, des noms, uniquement du contemporain et, condition sine qua non, du Luxembourgeois. Ainsi, ces derniers mois, la collection du ministère de la Culture a-t-elle pris une nouvelle ampleur. Et ce n'est pas pour déplaire à Sam Tanson (Déi Gréng) «car chacune d'elles témoigne de ce que nous avons voulu préserver durant cette crise : la capacité de créer et de vivre de et pour l'art plastique.» 

La culture disposait d'une enveloppe de cinq millions d'euros dans le cadre du plan d'aides Neistart. Un budget dont une partie devait servir à l'achat de créations. Qu'en avez-vous fait?

Sam Tanson : «Déjà, ce n'est pas moi, ministre de la  Culture qui ai choisi. Hasard du calendrier, quelques mois avant le début de l'épidémie covid, nous avions mis en place une commission d'acquisition chargée de veiller à ce que la collection du ministère soit complétée de manière coordonnée avec la réalité du monde créatif du pays et aussi en fonction de ce que les musées pouvaient déjà posséder ou avoir envie d'acheter. Un budget de 100.000 euros était dédié à cette mission pour 2020.


Vue sur une partie du circuit Wenzel.
Rendre la culture accessible à tous
Si certains publics sont encore exclus de l'offre culturelle du pays - faute d'accessibilité ou de moyens adaptés - le ministère de la Culture entend bien changer la donne et mettre en place de nouvelles actions à destination de ces publics spécifiques.

Mais la crise sanitaire a rapidement mis en difficulté tout le milieu de la culture. Les intermittents d'abord, mais aussi celles et ceux qui vivaient ou essayaient de vivre de leurs réalisations. Notre premier geste (via Neistart Lëtzebuerg) a donc été de les soutenir en achetant des toiles, des montages, des images, des collages qui nous semblaient significatifs afin d'intégrer notre fonds. Une aide directe.

Puis, nous avons dégagé 150.000 euros supplémentaires pour acquérir des œuvres auprès de galeristes. Ces intermédiaires n'étant pas à nos yeux à réduire au seul rôle d'exposant. Ils accompagnent les créateurs et donc, comme eux, nous nous devions de les aider. C'est ainsi déjà que le comité a pu acquérir 18 œuvres (de 15 artistes différents).

Il y a également eu un appel ouvert aux créateurs. Quel en a été l'écho?

«Nous avons été submergés de projets. 102 au total! Il en est venu de partout, y compris d'artistes émergents qui jusque-là étaient passés sous nos radars. Cette fois, près de 33.000 euros ont pu être investis dans l'achat de nouvelles pièces encore. Enfin, nous avons aussi soutenu pour 120.000 euros diverses résidences d'artistes. Et celles-ci, en raison de la situation sanitaire, se sont muées en résidence à domicile.

Cette pièce (signée Yann Annicchiario) fait désormais partie de la collection du ministère de la Culture.
Cette pièce (signée Yann Annicchiario) fait désormais partie de la collection du ministère de la Culture.
Photo : Chris Karaba

Au final, l'ensemble de ce dispositif axé sur les arts plastiques a je crois permis à bien des artistes de pouvoir continuer à exercer, à se montrer, à vendre et donc à vivre. Mais surtout je retiens que le covid n'a pas réussi à éteindre le bouillonnement d'idées de tous types de talents.»

Où pourra-t-on voir ces nouvelles pièces alors?

«C'est une des frustrations de l'initiative : pour l'instant, je dirais, ici et là. Ici au ministère et là où nous pouvons prêter telle ou telle pièce de la collection du ministère de la Culture (près de 650 œuvres en tout). Il n'y aura pas d' «exposition covid» dans l'immédiat donc mais qui sait... La valorisation de ce fonds est en effet une des missions qui sera confiée à une prochaine recrue du ministère. Son poste se partageant également avec la gestion du fameux 1%, ce forfait du prix de toute construction publique qui doit être dédié à une action culturelle.

A terme, cette collection rejoindra la future galerie nationale qui s'ouvrira dans le cadre du projet immobilier Neischmelz, à Dudelange. Un lieu, je le rappelle, dont le but premier n'est pas l'exposition mais bien l'accès à toute documentation en lien avec l'histoire moderne de l'art luxembourgeois sous toutes ses formes.  

Vos autres collègues ministres, de la Santé à l'Economie, ne cessent de parler du retour à la normalité. La culture est-elle sur la même voie?

"Oui, la bonne voie! Je dis cela même s'il faut avoir conscience que le Luxembourg est un des Etats européens à avoir rouvert ses lieux culturels le plus tôt. Musées mais aussi cinémas et salles de spectacle ont pu rouvrir bien plus tôt qu'ailleurs. Certes avec des protocoles encore particuliers, mais la culture n'a pas été considérée comme non essentielle. La normalité, je la vois revenir avec le public dans les salles, les galeries, les événements qui reprennent et nos artistes luxembourgeois qui se retrouvent à nouveau dans la lumière. Là, par exemple, le pays va être représenté au festival de théâtre à Avignon et à celui de la photographie à Arles. Enfin!


Cannes film festival general delegate Thierry Fremaux (L) and French director of the Cannes film festival Pierre Lescure attend a press conference, in Paris, on June 3, 2021, to announce the Official Selection of the 74th Cannes Film Festival to be held from July 6 until July 17, 2021. (Photo by STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)
Une coproduction luxembourgeoise en lice à Cannes
Porté par la Belgique, la France et le Luxembourg, le film «Les Intranquilles» de Joachim Lafosse fait partie de la sélection officielle du 74e Festival de Cannes, présentée ce jeudi.

Mais je sais que la crise n'est pas finie pour autant pour nombre de salariés du secteur. Et le ministère va encore réfléchir à des nouvelles aides. J'en présenterai quelques-unes ce jeudi. Dans les semaines et mois à venir, il faudra aussi réviser le statut des intermittents ou relancer cette idée du ''congé culturel'' qui avait été abandonnée après la dernière crise économique. Si le Luxembourg veut encore artistiquement se distinguer, il faut en donner les moyens à ceux qui ont une sensibilité à exprimer.»

  • Reportage vidéo : Sibila Lind

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