Changer d'édition

Philharmonie Luxembourg: Des changements à anticiper
Culture 6 min. 05.05.2017 Cet article est archivé

Philharmonie Luxembourg: Des changements à anticiper

Stephan Gehmacher: «La prolongation du contrat du chef d'orchestre de l'OPL Gustavo Gimeno a été 
déterminante pour moi».

Philharmonie Luxembourg: Des changements à anticiper

Stephan Gehmacher: «La prolongation du contrat du chef d'orchestre de l'OPL Gustavo Gimeno a été 
déterminante pour moi».
Photo: Pierre Matgé
Culture 6 min. 05.05.2017 Cet article est archivé

Philharmonie Luxembourg: Des changements à anticiper

Marie-Laure ROLLAND
Marie-Laure ROLLAND
L'actuel directeur général de la Philharmonie, Stephan Gehmacher, a vu son contrat renouvelé jusqu'en 2023. Nous l'avons rencontré en marge de la présentation de la saison 2017/2018.

Interview: Marie-Laure Rolland

L'actuel directeur général de la Philharmonie Luxembourg, Stephan Gehmacher, qui était entré en fonction en septembre 2013 pour un mandat de cinq ans, a vu son contrat renouvelé jusqu'en 2023. Nous l'avons rencontré en marge de la présentation de la saison 2017/2018.

La Philharmonie vient de présenter l'affiche de sa douzième saison. Pour vous, il s'agit de la quatrième. Comment résister à la tentation de la routine?

Le défi pour nous est de continuer à surprendre sans pour autant déstabiliser notre public, afin qu'il nous reste fidèle. Notre ligne musicale est ainsi très liée au genre classique mais nous n'avons cessé, au fil du temps, de l'élargir vers d'autres segments de la musique. Nous voulons avoir une proposition pour chaque personne dans le pays.

De quelle manière?

Je pense par exemple au Festival Atlantico qui est susceptible d'intéresser plus particulièrement la population d'origine portugaise.

En 2016, vous avez accueilli environ 190.000 visiteurs, un chiffre qui continue à croître au fil des années. Vous aller organiser plus de 400 manifestations au cours de la prochaine saison. Y a-t-il une limite à cette croissance?

Il y a trois limites. Tout d'abord celle du public que l'on est susceptible de toucher. Ensuite il y a la question du nombre de personnes qui travaillent dans l'institution pour gérer un tel programme – actuellement, l'administration et la technique comptent 75 personnes; ce chiffre a augmenté régulièrement ces dernières années. Enfin, il y a la question de la gestion des salles disponibles; là nous avons théoriquement du potentiel puisque pendant les vacances ces salles ne sont pas – ou peu – utilisées.

Une programmation pendant les vacances est-elle une option pour vous?

Cela ne s'est pas fait jusqu'à présent car une bonne partie de la population part pendant les vacances.

Votre croissance de ces dernières années ne s'est-elle pas faite au détriment des autres institutions culturelles du pays?

Je ne le crois pas. J'observe par exemple que le Grand Théâtre a lui aussi connu une progression de sa fréquentation ces dernières années. La population du Grand-Duché est en croissance et nous parvenons à en profiter grâce à une offre adaptée.

Il y a eu un certain turn-over au sein de vos effectifs récemment. Pourquoi?

L'équipe de base reste très stable. Cela étant, après 12 ans, il est normal que certains aient envie d'aller voir ailleurs pour évoluer dans leur carrière. Nous avons aussi recruté des jeunes assistants que nous avons formés pour la production des programmes éducatifs. Ils ont fait leurs premiers pas chez nous et sont ensuite partis vers d'autres opportunités. Nous pouvons nous réjouir de jouer ce rôle de tremplin.

La Philharmonie de Paris ou la Elbphilharmonie de Hambourg ont été construites avec des espaces spécifiquement dédiés aux activités pédagogiques. Cela ne manque-t-il pas chez vous?

Nous sommes très limités pour les ateliers et si nous voulions continuer notre croissance sur ce point, il faudrait régler la question de l'espace disponible. C'est clair.

C'est ce qu'a récemment appelé de ses vœux le Secrétaire d'Etat à la Culture, Guy Arendt. Y a-t-il des plans concrets sur ce point?

Concrètement il n'y a rien à ce stade.

Ce n'est pas un secret que le Mudam regarde du côté du bâtiment Schuman, qui sera à terme libéré...

Tout le monde a un œil sur le bâtiment Schumann...

La Place de l'Europe avec la Philharmonie et le bâtiment Schumann.
La Place de l'Europe avec la Philharmonie et le bâtiment Schumann.
Photo: Anouk Antony

Dans le cadre de la revitalisation de la Place de l'Europe, le ministre des Infrastructures, François Bausch, a parlé d'un nouveau restaurant pour la Philharmonie. Qu'en pense l'architecte Christian de Portzamparc?

Nous sommes en discussion avec lui et il envisage la chose positivement.

Vous avez réalisé récemment un plan stratégique à dix ans. Dans quelle direction cela va-t-il?

C'est un document interne qui avait pour but de voir où nous nous situons actuellement, 12 ans après l'ouverture de la Philharmonie et cinq ans après la fusion, mais aussi où nous voulons aller.

Qu'en est-il ressorti?

Cela concerne beaucoup d'aspects qui sont relatifs à l'institution et à son soutien de la scène musicale, à l'orchestre, au public. Je ne vais pas les détailler. Globalement, le défi est de disposer dans dix ans du programme qui correspondra au public de ce moment-là. Nous devons anticiper le changement de génération.

Y aura-t-il moins de musique classique?

Non mais cela va impliquer une évolution dans les formats proposés. C'est ce que nous faisons par exemple déjà avec le cycle «l'heure de pointe» qui s'adresse aux gens à la sortie du bureau, ou «Aventure+» qui nous permet de faire écouter du Messiaen à une audience qui n'irait en principe pas l'entendre.

Gustavo Gimeno dirige l'Orchestre Philharmonie du Luxembourg.
Gustavo Gimeno dirige l'Orchestre Philharmonie du Luxembourg.
Photo: Marco Borggreve

Le contrat de Gustavo Gimeno a été prolongé pour cinq ans. Avec le soutien de l'orchestre?

C'est un chef apprécié par l'orchestre qui voit le potentiel que celui-ci apporte. Il n'y a pas eu de vote de l'orchestre pour valider sa prolongation, mais un comité artistique composé de cinq membres de l'OPL, ainsi que la délégation, ont été consultés et ont soutenu ce choix.

La prochaine saison, le London Symphony Orchestra de Simon Rattle est «en résidence» à la Philharmonie. Le concept est-il bien accepté par les musiciens de l'OPL?

Il faut dire que cette «résidence» consiste en fait en trois concerts. Cela relativise la concurrence par rapport à l'OPL. Le fait d'accueillir à la Philharmonie les meilleurs ensembles du monde est un défi pour notre orchestre mais en même temps c'est une incitation à donner le meilleur de lui-même. J'ai le sentiment, en particulier depuis l'arrivée de Gustavo Gimeno, que l'orchestre prend ce défi au sérieux et progresse.

La place de l'OPL dans la programmation s'est étendue au fil des années. Il y a désormais deux concerts dans le cycle des «grands orchestres», ce qui n'était pas le cas au début. L'OPL est-il d'après vous dans la même league que le New York Philharmonic ou le Concertgebouw?

Le but de la fusion était de positionner l'OPL aussi bien que possible, dans le pays et au-delà. J'ai la conviction que l'OPL a sa place dans un cycle comme les «grands orchestres» pour donner l'opportunité au plus grand nombre de voir ce qu'il est en mesure de produire.

Votre contrat a été prolongé de cinq ans, jusqu'en 2023. Qu'est-ce qui vous a décidé à rester?

L'une des questions qui me tient le plus à coeur est le travail avec l'orchestre. La prolongation du contrat de Gustavo Gimeno a été déterminante pour moi car je suis convaincu des perspectives artistiques que cela nous offre. Par ailleurs, il faut plus de cinq ans pour réussir à avoir un impact sur la programmation artistique d'une maison comme la Philharmonie. C'est pourquoi l'offre du Conseil d'administration m'a réjoui.


Sur le même sujet