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Olivier Dartevelle: «Redevenir maître de mon temps»
La retraite? Olivier Dartevelle n'a visiblement pas le temps d'y penser.

Olivier Dartevelle: «Redevenir maître de mon temps»

Gerry Huberty
La retraite? Olivier Dartevelle n'a visiblement pas le temps d'y penser.
Culture 4 min. 02.10.2018

Olivier Dartevelle: «Redevenir maître de mon temps»

Thierry HICK
Thierry HICK
Olivier Dartevelle vient de quitter un poste qu'il occupait depuis 38 ans: clarinettiste-solo à l'Orchestre philharmonique du Luxembourg. L'heure de la retraite n'a pas encore sonné. Loin de là.

«J'aurai pu rester encore quelques années, mais j'ai décidé de partir maintenant. Je ne voulais pas faire ces quelques années de trop. C'est un choix personnel», insiste Oliver Dartevelle. A 61 ans, le clarinettiste veut non seulement «avoir plus de temps» mais surtout rester «maître de mon temps».

En 38 ans, Olivier Dartevelle a vu défiler bon nombre de chefs titulaires... de Leopold Hager à Gustavo Gimeno. Sans vouloir ou pouvoir juger l'un ou l'autre de ces chefs, le clarinettiste préfère parler d'«expériences différentes». «Au début, sans expérience, j'avais besoin d'un chef calé et compétent. Ensuite plus tard, je recherchais quelqu'un capable de transmettre des choses, un souffle. Plus tard, un chef certes transmetteur mais aussi capable de recevoir quelque chose en retour.»

Et les chefs invités, de passage avec lesquels l'orchestre répète trois ou quatre jours avant le concert? «Musicalement, on ressent très vite les choses. Humainement, les contacts ne sont pas toujours obligatoires.»

Orchestre RTL au début de sa carrière, Orchestre philharmonique du Luxembourg par la suite, Olivier Dartevelle a pu suivre de l'intérieur l'évolution de sa phalange. «Techniquement l'orchestre a fortement évolué. Surtout dans un souci d'efficacité. Aujourd'hui tout est bien léché, au détriment peut-être d'une certaine partie de rêve. Ceci vaut pour tous les orchestres.»

Symphoniste dans l'âme, Olivier Dartevelle parle de son métier avec passion et délectation. «C'est un métier difficile. C'est un travail de haute précision, le geste doit être précis. Comme pour un chirurgien. Devoir jouer un solo dans une symphonie peut être plus stressant que de jouer un récital complet. Il faut être au mieux de sa forme à un moment précis, on n'a pas le droit à l'erreur. C'est plus délicat.»

Une cohérence du son

Quel souvenir gardera-t-il de ses collègues de travail? «L'OPL est une grande famille, avec des musiciens de nombreuses nationalités, mais aussi d'écoles et d'éducations musicales différentes. Chacun apporte son approche de la musique dans le but de trouver une cohérence optimale du son».

Olivier Dartevelle a joué et rejoué certaines grandes œuvres du répertoire. «C'est vrai, mais souvent les conditions changent: les salles, les collègues, les chefs varient.» Et aussi, les réactions de la salle. «Le public entend souvent les choses différemment que nous sur scène.»

Olivier Dartevelle est originaire de Remiremont dans les Vosges. «J'ai tout d'abord étudié le piano. Un instrument impossible à jouer dans l'harmonie municipale de la ville. Je suis donc passé à la clarinette. Cela n'a rien à voir avec un coup de cœur que peuvent ressentir certains musiciens.»

Dernier concert du clarinettiste avec l'OPL le 20 septembre dans le cadre du concert «Dating» avec Jean-François Zygel.
Dernier concert du clarinettiste avec l'OPL le 20 septembre dans le cadre du concert «Dating» avec Jean-François Zygel.
Sébastien Grébille

Même s'il ne cache un certain intérêt pour les compositions de Poulenc ou Honegger, le musicien se refuse à parler de répertoire préféré. «J'aime les œuvres bien construites où l'on ressent l'écriture musicale. En fait peu importe l'époque ou le style. Les grandes partitions, à l'effectif imposant et de longue durée – comme par exemple celles de Mahler – ne correspondent pas à mon tempérament. Je risque de me laisser aller aux moments de mélancolie.»

Pour les partitions qu'il ne connaît pas, le musicien a son idée: «Je la joue d'abord et j'écoute. Après seulement je me documente.» Comme pour les compositions qui au premier abord ne l'attirent pas, «il y a toujours quelque chose à découvrir et à faire. La musique, comme le théâtre et contrairement au cinéma, relève de l'instantané.»

Aujourd'hui, Olivier Dartevelle a un regret: «Les orchestres risquent de s'auto-censurer en voulant se spécialiser dans l'un ou l'autre domaine, le répertoire se raréfie. On ne joue que très peu d'œuvres peu connues.»

Musicien soliste de l'OPL, professeur de clarinette au Conservatoire de Luxembourg et au Conservatoire national de la région de Nancy, musicien de chambre, soliste, compositeur, organisateur de festivals de musique, époux et père de famille nombreuse «mon emploi du temps est des fois compliqué à gérer. C'est un choix que j'ai toujours pleinement assumé.»

«Je suis musicien avant tout. J'ai toujours ressenti la nécessité de suivre plusieurs voies. Ne faire qu'une seule, aurait été dommage. Maintenant, j'ai encore tant de choses à faire.»

Aujourd'hui, il travaille sur plusieurs projets de compositions, prépare des concerts et continue d'enseigner. «C'est aussi une forme d'engagement social. Je donne mon expérience à des jeunes, qui à leur tour me rendent tellement de choses. Comme avec un chef d'orchestre, c'est tellement instructif.»

Quel conseil donnera-t-il au jeune musicien qui va lui succéder à l'OPL? «Je n'ai rien à lui dire, si ce n'est d'être soi-même, d'être intègre et de faire sa propre expérience.»

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