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Nos déchets s'exposent à Esch-sur-Alzette
Culture 8 6 min. 18.09.2022
Un concept unique au monde

Nos déchets s'exposent à Esch-sur-Alzette

En moyenne, un ménage entasse 10.000 objets chez lui...
Un concept unique au monde

Nos déchets s'exposent à Esch-sur-Alzette

En moyenne, un ménage entasse 10.000 objets chez lui...
Crédit: The MuD
Culture 8 6 min. 18.09.2022
Un concept unique au monde

Nos déchets s'exposent à Esch-sur-Alzette

Mélodie MOUZON
Mélodie MOUZON
Inciter les visiteurs à acheter moins et à consommer mieux, voilà le credo du premier musée du Déchet au monde, qui a pris ses quartiers au centre Formida d'Esch-sur-Alzette jusqu'au 28 octobre.

Nous sommes en 2050. Les déchets ont disparu de notre monde. Pour contempler des ordures, il faut désormais se rendre au musée. Car en 2050, nous avons appris à mieux utiliser et gérer nos ressources en les valorisant au maximum. Plus rien ne se perd, et la notion même de déchet disparaît. Des bouteilles de soda vides, des boîtes de conserves éventrées, des appareils électroniques usés, des peluches râpées et borgnes,... Tous ces objets s'offrent à la vue des visiteurs, curieux de découvrir à quoi pouvait bien ressembler un déchet en 2022…


Lok , Esch , ITV Georges Mischo , Müll Esch Foto:Guy Jallay/Luxemburger Wort
Pourquoi les déchets de quelques personnes sont le problème de tous
Ce qui ne rentre plus est tout simplement déposé à côté. Les poubelles publiques d'Esch-sur-Alzette sont de plus en plus souvent utilisées comme décharges privées.

Non, il ne s'agit pas du synopsis d'un film futuriste mais du concept derrière le MuD, le premier musée du Déchet au monde. La première édition a été lancée à Luxembourg-Ville, avant d'émigrer vers le centre Formida d'Esch-sur-Alzette en juin dernier.

L'initiative de ce musée plutôt original, on la doit à l'entreprise à impact sociétal LCCE (Luxembourg Center for Circular Economy), fondée par Jeannot Schroeder et Romain Poulles. La société est notamment active dans la sensibilisation et la promotion de l'économie circulaire. C'est en voulant sensibiliser les citoyens à mieux gérer leurs ressources que l'idée d'un musée du déchet est née. 

Une dimension sociale au projet

Le projet, outre sa perspective environnementale et sociétale, comprend également une importante dimension sociale puisqu'un groupe de 20 à 25 jeunes adultes du programme Youth & Work, en recherche d'emploi ou d'orientation professionnelle, ont participé à la construction et à la mise en œuvre du musée durant six semaines l'automne dernier.

D'un premier abord, le sujet peut sembler peu ragoûtant. Mais plonger dans l'univers des déchets s'avère en réalité instructif et même passionnant. «L'idée ici n'est pas de culpabiliser les gens, mais d'inciter à la réflexion de manière bienveillante», nous explique Ivonne Weissflog, project manager The MuD, qui nous emmène faire une visite des 200 m² que compte l'exposition. 

Avec un budget minimum, le musée réussit le pari d'aborder la thématique des ordures de manière ludique mais sérieuse. D'emblée, dès l'entrée de l'exposition, vous êtes invité à marcher sur un tas de détritus. Enfin presque, puisque celui-ci est étalé derrière une plaque en verre. Une mise en scène qui permet de comprendre rapidement que la majorité des déchets qui composent la fameuse poubelle noire devraient plutôt finir au recyclage ou dans un bac à compost.

L'idée n'est pas de culpabiliser les gens, mais d'inciter à la réflexion de manière bienveillante

Ivonne Weissflog, project manager The MuD

Un peu plus loin, une drôle de cage métallique est décorée de jouets, d'objets électroniques et de vêtements. Une fois à l'intérieur, on ne peut s'empêcher d'éprouver un sentiment d'oppression, cerné par tous ces objets, symboles de notre société de consommation que chacun entasse à l'excès chez lui.

Quelques mètres plus loin, on découvre qu'un jean d'enfant vendu par de grandes enseignes d'habillement parcourt des milliers de kilomètres avant d'être porté. Et qu'une télé comporte de nombreux éléments électroniques particulièrement polluants.

On apprend aussi que sous ses airs d'objet vertueux pour l'environnement, la brique de lait est en fait une superposition de couches de différentes matières (plastique, carton, aluminium,…) qui la rend difficilement recyclable.

La visite se poursuit autour d'une fresque qui raconte l'histoire des déchets. « En l'observant, on se rend compte que cette histoire est toute récente. On peut dire qu'elle a débuté avec l'invention du PET, du plastique, en 1941, pour s'accélérer ces 50 dernières années… »

Des pistes pour un avenir plus propre

Sans révéler tout le contenu de l'exposition, l'accumulation de tous ces détritus finit par créer un certain malaise. On ne peut que s'identifier à la phrase « Vous faites partie du problème »…

Mais pour tout problème, ne dit-on pas qu'il y a une solution ? Les concepteurs du musée ne souhaitaient pas que les visiteurs repartent avec la conscience éveillée mais sans les idées pour changer leurs comportements et s'orienter vers un avenir plus propre. « Nous présentons plusieurs scènes sur des thématiques du quotidien en proposant des solutions. Par exemple, des couverts recyclés pour partir en pique-nique, des matériaux de construction durable, des vêtements certifiés « cradle to cradle » (des vêtements 100% recyclés, NDLR),… » Bref, des pistes pour acheter moins et consommer mieux.

Jean Ballage, l'une des mascottes du musée.
Jean Ballage, l'une des mascottes du musée.
Crédit: The MuD

Le déménagement du musée à Esch a permis aux concepteurs du MuD de se focaliser sur un public plus jeune. Les groupes scolaires composent une bonne partie des visiteurs. Une offre spécifique avec des ateliers pédagogiques a par ailleurs été développée à destination des adolescents. 

Mais le grand public et les familles ne doivent pas hésiter à franchir la porte de ce musée pas comme les autres, appelé à évoluer et à devenir toujours plus interactif. « Nous travaillons actuellement afin que d'autres communes au Luxembourg et d'autres partenaires locaux accueillent le concept. Rester itinérant est important pour nous. »

Ce coup de projecteur sur nos poubelles est à découvrir jusqu'au 28 octobre à Esch. Et après ? « Il y aura d'autres éditions, c'est certain. Mais je ne peux rien dévoiler pour l'instant… », glisse, mystérieuse, Ivonne Weissflog, qui rêve d'exporter un jour le concept du MuD à New York. Rien que ça !

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