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Musées de la Ville: Danièle Wagener s'en va, après 32 ans aux premières loges

Musées de la Ville: Danièle Wagener s'en va, après 32 ans aux premières loges

Lex Kleren
Culture 8 min. 17.08.2018

Musées de la Ville: Danièle Wagener s'en va, après 32 ans aux premières loges

Thierry HICK
Thierry HICK
La directrice des deux musées de la Ville de Luxembourg, Danièle Wagener, se confie, entre passé, présent et futur.

Danièle Wagener part à la retraite au 1er septembre, après 32 années passées à la tête des deux musées de la Ville de Luxembourg. L’historienne de l’art a accompagné et dirigé la conception du musée d’Histoire de la Ville, ouvert en 1996, avant d’entreprendre la rénovation et l’extension de la Villa Vauban, inaugurée en 2010.

Son successeur au poste de directeur des deux musées sera Guy Thewes, jusqu’à présent conservateur au Lëtzebuerg City Museum. Pour sa part, Danièle Wagener compte bien rester active sur la scène culturelle.

Quel est le dernier musée que vous avez visité? Que regardez-vous en premier lorsque vous visitez pour la première fois un nouveau lieu?

Il doit s’agir de la Pinacoteca Tosio Martinengo de Brescia que j’ai visitée dans le cadre de mes fonctions au sein de la European Museum Academy. Lorsque je découvre un nouveau musée, je m’en fais d’abord une idée générale, ensuite je me surprends souvent à regarder les installations techniques réglant l’éclairage, la température, l’humidité et la sécurité autant que les œuvres exposées.

Vous est-il arrivé de reprendre des idées pour vos musées?

Bien sûr, je m’intéresse très fort aux nouvelles tendances muséographiques. Des idées novatrices sont toujours les bienvenues.

Danièle Wagener
Danièle Wagener
Photo: Lex Kleren

Aujourd’hui, il ne suffit plus d’exposer des objets. La muséographie tient une place de plus en plus importante. Comment avez-vous abordé la question?

A chaque musée sa méthode. Pour celui d'Histoire il convient de mettre en valeur l’objet par les méthodes de la muséographie afin de transmettre les contenus historiques au public. Un musée d’art ancien, comme la Villa Vauban, a besoin de beaucoup moins de scénographie. Une peinture, une sculpture doit parler d’elle-même.

Comment avez-vous vécu et assuré les différences qui existent entre le Musée d’Histoire de la Ville et la Villa Vauban ? Existe-t-il pourtant des parallèles?

J’ai fait des études en Histoire de l’Art et Archéologie, donc ni l’histoire ni l’art ne m’étaient étrangers. A mon début, on m’avait donné comme mission de concevoir le Musée d’Histoire, aujourd’hui Lëtzebuerg City Museum. Ensuite est venu le temps de la Villa Vauban.

Les deux musées se différencient bien sûr du point de vue de leur contenu, mais répondent au double souhait de la Ville, qui voulait d’un côté exposer son histoire et de l’autre ses collections d’art. Les deux maisons sont gérées par une seule équipe avec à leur tête un directeur et un, respectivement deux conservateurs par musée.

N'est-ce pas un luxe pour une ville comme Luxembourg de posséder deux musées communaux?

Les collections de la Villa Vauban sont importantes, exceptionnelles et uniques au Luxembourg. Jean-Pierre Pescatore, un des trois légataires auxquels nous devons ces chefs-d’œuvre de l’art européen, se disait prêt à offrir sa collection à la Ville à la seule condition que cette dernière la rende accessible au public. En outre, il est légitime qu’une grande ville, une capitale de surcroît, veuille montrer son histoire.

Vous avez dirigé les deux institutions. N’était-ce pas trop lourd pour une seule personne?

Ce fut par moments un énorme challenge, je l’avoue. Mais j’ai besoin de défis pour avancer. Le Musée d’Histoire à peine achevé en 1996, j’ai rapidement pris contact avec les responsables politiques pour faire avancer l’idée de la Villa Vauban.

Comment avez-vous conçu votre travail de chef d’une équipe de 43 personnes? Comment l’historienne de l’art que vous êtes a-t-elle abordé les questions administratives?

Pour lancer un projet j’ai toujours pu compter sur les différentes expertises des personnes qui travaillaient avec moi. Le chef a des visions, une stratégie, pour les réaliser il a besoin de son équipe. Après mes études, j’ai suivi en Grande-Bretagne une formation de gestion et de management de musées.

A mon avis la bonne gestion d’un musée n’est pas un but en soi, mais un moyen pour accomplir la mission qu’un musée s’est donné, qu’elle soit artistique ou historique. C’est pourquoi j’ai toujours essayé de simplifier les processus administratifs et veillé à ce que nous ne travaillions pas en silos, mais de façon transversale et en équipe. Ma fonction de directrice absorbant beaucoup de mon temps, je regrette parfois de ne pas avoir pu faire plus d’expositions moi-même.

La Galerie nationale est une nécessité: un lieu d’exposition, mais aussi de documentation de l’art luxembourgeois est un pas dans la bonne direction."

La Villa Vauban a pu compter sur de prestigieux sponsors. Comment avez-vous réussi à convaincre ces entreprises à vous soutenir financièrement?

C’est par ma ténacité que j’ai réussi à convaincre des banques et autres entreprises à nous soutenir. Mais aussi par le caractère exceptionnel de certains projets. Pour l’exposition de réouverture de la Villa Vauban «The Golden Age Reloaded» en 2010, nous avons collaboré avec le Rijksmuseum d’Amsterdam, pour l’exposition consacrée à l'ébéniste français Bernard Molitor en 1995, nous avons eu des prêts du Louvre et de la Reine d’Angleterre.

Les sponsors sont conscients que de telles expositions contribuent à leur visibilité. En invitant leurs amis et leurs clients, les sponsors contribuent à ce que la société civile devienne partie prenante de nos manifestations. Ainsi, un public nouveau vient au musée.

Danièle Wagener devant le musée de la ville du Luxembourg.
Danièle Wagener devant le musée de la ville du Luxembourg.
Lex Kleren

Un musée ne peut vivre sans public. Qu'en est-il chez vous?

Il ne faut pas se contenter de proposer de grands noms pour attirer le public. Il faut aller chercher les visiteurs et les faire revenir en leur proposant des offres culturelles spécifiques et adaptées à leur diversité. C’est un travail au quotidien. Chaque musée doit en outre avoir un profil bien défini.

Qu’entendez-vous par profil?

Chaque musée doit s’efforcer d’être unique, d’avoir sa propre politique d’expositions, de collections et de programmation culturelle. C’est en sachant à quoi il peut s’attendre que le visiteur choisira tel ou tel musée.

Le Luxembourg compte près de 50 musées. Est-ce trop?

Non, il n’y a jamais trop de musées, mais je trouve que certains musées devraient s’attacher à peaufiner leur profil. Le paysage muséal n’en deviendra que plus différencié, plus complémentaire. C’est en assurant l’accessibilité à tous les publics que nos musées deviendront autant de lieux privilégiés de découverte, de loisir, d’éducation et d’information.

Vous avez suivi et accompagné la scène muséale pendant 32 ans. Pouvez-vous dresser un état des lieux? Quel est votre bilan personnel?

La scène s’est énormément développée, tant du point de vue des institutions, qui offrent des programmes d’une grande qualité, que du point de vue des artistes qui dans des domaines très différents contribuent à faire du Luxembourg une destination artistique et culturelle de haut niveau. Quant à mon bilan personnel, je suis heureuse d’avoir pu mettre en œuvre mes idées, grâce au soutien de mon équipe et à la confiance des responsables politiques de la Ville.

Vous vous retirez au 1er septembre. Allez-vous garder un œil sur vos musées?

Non! Guy Thewes doit pouvoir réaliser ses visions.

Vous avez toujours manifesté un intérêt pour la création contemporaine. Est-ce compatible avec l’art ancien de la Villa Vauban?

Il est vrai que pour moi l’art contemporain est avant tout une histoire d’intérêt personnel. Mais tout art a été contemporain à un moment donné. Les artistes contemporains ont donc leur place tant à la Villa Vauban qu’au City Museum où leur regard très pointu et très personnel sur le passé contraste avec celui de l’historien, tout en le complétant.

Lex Kleren

Quel regard portez-vous sur le projet d’une Galerie nationale?

L’histoire de l’art luxembourgeois n’a pas encore été écrite. Un lieu d’exposition, mais aussi de documentation de l’art luxembourgeois est un pas dans la bonne direction. D’ailleurs, le public, les professionnels du secteur et également les artistes le réclament, les jeunes notamment, qui disent manquer de références dans ce domaine.

Vous avez sans doute assisté aux débats des Assises culturelles. Etes-vous satisfaite du futur Plan de développement culturel?

Un travail énorme de documentation a été réalisé par Jo Kox et son équipe. Même si, parmi les 61 recommandations proposées, figurent des idées que nous discutons depuis longtemps, il était important de dresser un état des lieux afin de mieux dégager les pistes du développement futur. Il reste maintenant à mettre en place des mesures concrètes, une stratégie.

Que va faire la nouvelle retraitée de ses journées?

Je fais partie des conseils d’administration du Mudam et de l’Œuvre Nationale de Secours Grande-Duchesse Charlotte, de la Fondation Indépendance ainsi que du Comité des œuvres d’art de la Cour de Justice de l’Union européenne. Je suis également membre du comité des juges de la European Museum Academy: je vais donc rester en contact avec la scène culturelle et les artistes, ce qui m’importe beaucoup!

Par Thierry Hick


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