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Mes deux papas, ces héros
Culture 1 4 min. 16.10.2022
Critique ciné

Mes deux papas, ces héros

 Le Petit Nicolas n'a en rien perdu de ses bonnes habitudes.
Critique ciné

Mes deux papas, ces héros

Le Petit Nicolas n'a en rien perdu de ses bonnes habitudes.
Photo: 2022 Onyx Films–Bidibul Productions–Rectangle Productions–Chapter 2
Culture 1 4 min. 16.10.2022
Critique ciné

Mes deux papas, ces héros

Thierry HICK
Thierry HICK
«Le Petit Nicolas - Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux?»: bien plus qu’un simple hommage à Sempé et Goscinny.

Un petit bonhomme qui n’en fait qu’à sa tête: le Petit Nicolas a marqué les esprits dans les années 1950-1960. Aujourd’hui, le garçonnet en culotte courte est de retour.

Non pas pour une nouvelle aventure, mais davantage pour un hommage appuyé à l’auteur René Goscinny et au dessinateur Jean-Jacques Sempé, les deux papas du «Petit Nicolas», d’abord publié sous forme de dessins de presse dans les années 1950 avant de devenir des albums de bande dessinée par la suite.

Avec «Le Petit Nicolas - Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux?», les deux réalisateurs Amandine Fredon, Benjamin Massoubre s’en donnent désormais à cœur joie. Le film figurait en sélection officielle au festival de Cannes et a remporté le Cristal du meilleur long métrage au Festival du film d’animation d’Annecy - excusez du peu. Le film d’animation a été coproduit par Bidibul Productions Luxembourg, est distribué par Tarantula Luxembourg, les sociétés luxembourgeoises Studio 352 et Onyx Lux ont mis la main à la pâte, l’Orchestre philharmonique du Luxembourg a interprété la bande originale de Ludovic Bouce. Autant pour une partie de la fiche technique, retour à l’histoire.     

Le poil-à-gratter des cours d’école 

Comme on pouvait s’y attendre, le Petit Nicolas n’a en rien perdu de ses bonnes habitudes. Le poil-à-gratter des cours d’école ou du salon familial n’en fait plus que jamais qu’à sa tête, peu importe si ses parents, les vrais, ou l’institutrice s’arrachent les cheveux. Espiègle, la langue toujours aussi bien pendue, cet éternel «sale gosse» énerve tous ceux qui se frottent à lui. Et pourtant, le trublion reste attachant et sympathique. Aujourd’hui encore, on lui pardonne tout. 

Goscinny et Sempé ont leur mot à dire...
Goscinny et Sempé ont leur mot à dire...
Photo: 2022 Onyx Films–Bidibul Productions–Rectangle Productions–Chapter 2

Le personnage de Nicolas, aujourd’hui, est empreint d’une nostalgie certaine, qui sent bon les années 1950. Paris, sa Tour Eiffel, ses cinémas, ses terrasses de bistrot, la musique jazz, les familles heureuses et joyeuses, les petits pavillons de banlieue, les agents de police drapés dans leurs capes, les colos de vacances... tout y est.    

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Un équilibre parfait

Les dessins, d’ailleurs validés par Sempé lui-même, sont d’une légèreté totale. Les couleurs pastel dominent, jouant des couleurs, des zones en noir et blanc, l’animation est vivace, rythmée. Des moments agités sont corroborés par des épisodes plus posés. L’équilibre est parfait, la narration reste d’une traite fluide, les mots et les images se confondent. Aussi, parce que les personnages sont croqués avec finesse, jamais les traits ne sont grossis outrageusement. 

Chaque personnage, les parents, mémé, les amis, l’institutrice... est judicieusement typé, sans excès.  Le petit Nicolas se détache du lot, avec ses paroles, ses pensées, ses gestes. Avec lui, la juxtaposition du monde de l’enfance avec celui des adultes prend des tournures inattendues. 

Un trio indissociable  

Mais, «Le Petit Nicolas - Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux?» donne aussi largement la parole à ceux qui ont créé et imaginé le personnage du Petit Nicolas, René Goscinny, la plume, et Jean-Jacques Sempé, le crayon à dessin, sont omniprésents dans cette animation. Les deux compères sont partout, avec leurs histoires parallèles, leurs vies, leurs inspirations... Avec le garçonnet, ils forment un trio indissociable. Les scènes de dialogues entre Nicolas et ses deux pères sont aussi surréalistes que multiples. Ces moments, riches en surprises et en émotions, rythment le film, souvent de manière inattendue, mais toujours d’une grande efficacité.

«Les jolies colonies de vacances, merci maman, merci papa» aurait pu chanter Nicolas.
«Les jolies colonies de vacances, merci maman, merci papa» aurait pu chanter Nicolas.
Photo: 2022 Onyx Films–Bidibul Productions–Rectangle Productions–Chapter 2

Les péripéties loufoques du quotidien  

Entre les péripéties loufoques du quotidien de Nicolas, viennent se greffer des épisodes troublants de la vie de Goscinny ou Sempé. Les sautes d’humeur, les moments douloureux s’enchaînent sans détours. L’insouciance des petits se voit confrontée à la réalité, la brutalité du monde des grands. Nicolas est présent sur tous les fronts, il observe et commente les situations avec espièglerie et perspicacité. Sauf quand le décès de Goscinny en 1977 est croqué. L’heure est pesante, le temps n’est plus à la franche rigolade.

Les dessins, toujours aussi percutants dans leur finesse et précision, documentent les faits. Le vocabulaire de la bande dessinée est redoutablement efficace en jonglant entre les ambiances et entre les émotions.

La caricature des personnages, des situations, surtout lors des passages autobiographiques, est du plus fin effet. Il est époustouflant de constater, la puissance d’un simple coup de crayon, lorsque celui-ci s’accompagne du mot juste. La complicité est redoutable à maints égards.  La présence de  «Le Petit Nicolas - Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux?» à de nombreux festivals, et les récompenses déjà récoltées, n’ont rien du hasard.

Avec ce beau film, les petites histoires viennent se greffer la grande Histoire d’une bande dessinée d’un temps révolu. Les parents retrouveront peut-être des bons souvenirs de jeunesse, les plus jeunes découvriront Nicolas, ce personnage, qui n’a jamais froid aux yeux, et ses deux papas héros, qui tous les trois feraient un vrai tabac sur les réseaux sociaux.

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