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Marre de Beethoven: pourquoi pas jouer luxembourgeois?
La musique de compositeurs luxembourgeois est encore très peu étudiée. Souvent faute de partitions disponibles.

Marre de Beethoven: pourquoi pas jouer luxembourgeois?

Photo: Sam Flammang
La musique de compositeurs luxembourgeois est encore très peu étudiée. Souvent faute de partitions disponibles.
Culture 5 min. 07.02.2014

Marre de Beethoven: pourquoi pas jouer luxembourgeois?

L'association "Luxembourg Music Publishers" vient de voir le jour. Son but: éditer à moindre coût des partitions de compositeurs luxembourgeois. Voici comment.

Combien de partitions de compositeurs luxembourgeois croupissent dans un tiroir? Difficile de répondre à cette question. Toujours est-il que le répertoire national est encore largement sous-exploité. C'est pour remédier à cette situation qu'une nouvelle association culturelle a vu le jour. «Luxembourg Music Publishers» vise à éditer et distribuer des partitions à la demande à partir d'un site internet. Celui-ci a été lancé début février. Il compte déjà une centaine d'oeuvres à son catalogue.

Le projet était dans le pipe-line depuis plusieurs années. Il devait initialement être hébergé par l'association Noise Watchers. C'est finalement sans celle-ci (et donc sans les oeuvres de Claude Lenners ou d'Arthur Stammet) qu'elle a vu le jour. «C'est un peu dommage mais l'essentiel est que le mouvement soit lancé», observe le vice-président de l'association, Camille Kerger. Il a pour sa part déposé 21 partitions au catalogue. Cela va du quartet à cordes à l'opéra en passant par la musique vocale ou une pièce pour vibraphone. «Cela m'a obligé à tout revoir, à y faire le ménage», indique le compositeur. Ce qu'il en attend? Une meilleure diffusion de ses oeuvres, en particulier dans le pays.

Un travail de longue haleine

C'est Claude Krier, ancien président de Noise Watchers et actuel président de Luxembourg Music Publishers, qui a eu l'idée de lancer le projet il y a plus de trois ans. «Je parlais alors d'une cinquantaine de partitions au catalogue et personne ne me prenait au sérieux. Nous en sommes aujourd'hui à 101 partitions et j'espère atteindre les 150 pièces d'ici la fin de l'année», dit-il en notant avec satisfaction que les commandes commencent à arriver.

Le site présente actuellement les oeuvres de huit compositeurs luxembourgeois ou actifs dans le pays: Albena Petrovic-Vratchanska (*1965), Tatsiana Zelianko (*1980) et Ivan Boumans (*1983) mais aussi des compositeurs de l' «ancienne garde» comme Johnny Fritz (*1944), Alexander Müllenbach (*1949), Walter Civitareale (*1954) ou Pierre Christen (*1955), Camille Kerger (*1957). Claude Krier a bon espoir que Jean Halsdorf, qui a souligné son intérêt pour l'initiative, rejoindra prochainement la plate-forme d'édition.

Si dans un premier temps seules les oeuvres de musique contemporaine sont proposées, l'association n'exclut pas d'élargir son offre dans un second temps à des pièces de compositeurs décédés mais dont les oeuvres comptent pour le patrimoine national luxembourgeois.

Un concept flexible et viable

Ce projet ne s'est pas élaboré du jour au lendemain. Il a fallu du temps pour mettre sur pied un concept à la fois intéressant et viable. Il en est ressorti le projet d'édition à la demande. La partition est informatisée (si elle ne l'est pas déjà) et stockée sous forme de fichier PDF. L'oeuvre est alors ajoutée au catalogue de l'éditeur. Elle n'est imprimée que lorsqu'une commande est passée, cela en format A4 ou A3 (vertical ou horizontal). «Cela nous évite les frais de stockage tout en restant très flexibles si le compositeur souhaite apporter des modifications à sa partition», observe Claude Krier.

Une imprimante ainsi que du matériel de reliure ont pu être achetés grâce au soutien du ministère de la Culture. «La commande peut être exécutée en un quart d'heure». Le coût s'en trouve réduit. A titre d'exemple, le premier Quatuor à cordes d'Alexander Müllenbach, qui compte une centaine de pages, est vendu au prix de 48 euros.

Autre intérêt pour le compositeur: il ne cède pas ses droits. Il est lié à l'éditeur par un contrat sur dix ans qui autorise celui-ci à vendre la partition en contrepartie d'un pourcentage reversé sur la vente (plus de la moitié du prix).

L'enjeu de la diffusion

Luxembourg Music Publishers n'aurait pu voir le jour sans le soutien du ministère de la Culture, lequel y voit une initiative intéressante en complément des travaux effectués par des institutions comme le Centre de documentation musicale (au sein de la Bibliothèque nationale de Luxembourg), le Cid-femmes (pour les compositrices) ou la LGNM (dont les activités restent limitées). «Il faut avouer qu'il y a encore peu d'oeuvres luxembourgeoises qui sont entrées dans le répertoire. Cette nouvelle édition pourra favoriser leur diffusion. Mais cela impliquera un gros effort de promotion», note Marco Battistella, en charge de la musique au ministère de la Culture.

De son côté, le commissaire à l'enseignement musical, Paul Schmoetten, souligne que le ministère ne peut imposer les oeuvres jouées dans les conservatoires: «Nous pouvons recommander aux professeurs de se référer au catalogue d'oeuvres contemporaines luxembourgeoises disponibles; cela étant, ce sont eux qui choisissent in fine», dit-il.

Nul n'est prophète...

Et les professeurs? Le directeur du conservatoire de la ville de Luxembourg, Marc Meyers, se veut positif tout en restant réaliste. «Nous allons créer un répertoire type dans lequel les professeurs pourront puiser pour les épreuves de fin d'année. Mais il est évident qu'il faut laisser à chacun la liberté de faire ses choix car même si un élève a un bon niveau, cela ne signifie pas qu'il a automatiquement la technique nécessaire pour interpréter certains morceaux contemporains.» Pour lui, l'un des meilleurs arguments en faveur de la création contemporaine luxembourgeoise est la perspective d'un réel échange entre le compositeur et l'interprète. «Je crois que cela peut vraiment toucher les jeunes», dit-il.

Reste un obstacle, et peut-être pas le moindre dans un petit pays comme le Luxembourg: les querelles de chapelles musicales qui font que certains professeurs hésitent à programmer tel ou tel compositeur contemporain. Nul n'est prophète en son pays...

Marie-Laure Rolland