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Marc André Meyers publie «D'amour et d'acier» : Si l'Arbed m'était conté...
Culture 6 min. 13.03.2015

Marc André Meyers publie «D'amour et d'acier» : Si l'Arbed m'était conté...

Marc André Meyers a lui-même grandi à l'ombre de la Belgo Mineira.

Marc André Meyers publie «D'amour et d'acier» : Si l'Arbed m'était conté...

Marc André Meyers a lui-même grandi à l'ombre de la Belgo Mineira.
Collection privée
Culture 6 min. 13.03.2015

Marc André Meyers publie «D'amour et d'acier» : Si l'Arbed m'était conté...

L'écrivain brésilien d'origine luxembourgeoise raconte la saga de l'Arbed au Brésil. Nous avons pu l'interviewer avant sa venue au Salon du livre du Festival des migrations qui a lieu ce week end.

Interview Marie-Laure Rolland

Ce sera l'un des événements du Salon du livre au Festival des Migrations ce week-end. L'écrivain brésilien d'origine luxembourgeoise Marc André Meyers viendra spécialement des Etats-Unis pour présenter son dernier roman, «D'amour et d'acier». Dans cette traduction française – signée par Sonia da
Silva – du livre paru en 2013 au Brésil sous le titre «A Dama e o Luxemburguês», l'auteur raconte le rôle de pionnier joué par une poignée d'ingénieurs luxembourgeois au Brésil. Ils vont y créer la première filière sidérurgique intégrée du pays. Un livre qui apporte un éclairage romanesque sur une période peu connue de notre histoire. Une histoire qui est aussi celle de l'écrivain, comme il nous le confie dans une interview exclusive.

Marc André Meyers, votre roman raconte l'histoire d'un personnage que vous prénommez Jacques Esch, un ingénieur luxembourgeois envoyé par l'Arbed au Brésil. C'est aussi l'histoire de sa passion pour une femme mariée au passé trouble. Un destin qui n'est pas sans rappeler celui de Louis Jacques Ensch (1895-1953), directeur général de la Belgo Mineira...

Mon livre s'inspire effectivement de la vie de Louis Ensch, un homme modeste originaire de Rumelange au destin tout à fait extraordinaire puisqu'il est à l'origine de la création de la première usine sidérurgique intégrée d'Amérique latine. C'est un personnage visionnaire dont j'ai beaucoup entendu parler durant mon enfance; mon père avait lui aussi quitté le Luxembourg pour travailler pour le groupe Arbed au Brésil. J'ai encore le souvenir des obsèques de Louis Ensch qui ont eu lieu à Monlevade lorsque j'avais sept ans.

Où se situe la frontière entre la réalité et la fiction dans votre livre?

Je me suis basé sur mes souvenirs personnels et les informations glanées depuis mon enfance. J'ai rencontré beaucoup de personnes qui ont connu Louis Ensch et Léontine, la femme brésilienne dont il est tombé amoureux alors qu'il avait une cinquantaine d'années. J'ai également fait des recherches au Luxembourg. J'ai visité sa maison d'enfance qui appartient désormais à des lointains cousins de ma famille. J'ai consulté le registre des naissances de Rumelange où le nom de son parrain est noté, confirmant les dires selon lesquels il serait le fils illégitime du notaire du village – que j'ai anobli dans mon roman. Le livre reste une fiction et non un livre d'histoire. Par exemple il n'existait pas de Thyssen au Luxembourg. J'ai rempli les trous dans sa biographie avec mon imagination d'écrivain.

Les circonstances de la mort du sidérurgiste ne sont pas très claires. Or vous parlez de suicide...

C'est une hypothèse. Il est décédé en 1953 à l'hôtel Brasseur à Luxembourg après une réunion qu'il avait eue avec la direction du groupe Arbed. On dit qu'il aurait appris la perte de sa position de directeur général. Plusieurs sources évoquent un suicide. Je les ai reprises à mon compte. Pourquoi avoir choisi la forme du roman plutôt que de la biographie? En tant qu'auteur, j'aime mobiliser mon imagination, voir au-delà de ce que livrent les documents d'archives. Je pense par ailleurs que la fiction est plus agréable à lire pour le lecteur. Cela permet de faire connaître une histoire à un plus large public.

Pourquoi celle-ci vous tenait-elle particulièrement à coeur?

Pour ne pas oublier à quel point un tout petit pays, le Luxembourg, a eu une influence énorme pour un pays de la taille du Brésil. Qui l'aurait cru? Les anciens de l'Arbed ou les familles qui ont été concernées connaissent encore cette histoire. A Monlevade, la ville garde les 
traces de son passage: le stade municipal porte son nom, l'hôpital porte celui de sa mère Marguerite, il y a une avenue Louis Ensch. Lorsque mon livre est paru au Brésil, j'ai rencontré énormément de descendants de ces pionniers luxembourgeois qui s'étaient installés – non sans mal comme mon père m'en a témoigné – dans le pays. Désormais ils sont Brésiliens. Mais il faut dire que progressivement la mémoire s'efface. 

L'histoire de votre famille a été façonnée par l'acier de l'Arbed. Que vous soyez devenu un éminent professeur en sciences des matériaux n'est sans doute pas un hasard...

J'ai grandi à l'ombre des hauts fourneaux brésiliens. Mon père était un ingénieur originaire de Diekirch qui s'est formé à Aix la Chapelle et qui est arrivé à Monlevade en 1937-1938. Lors d'un voyage d'affaires aux Etats-Unis, il a rencontré ma mère, elle-même originaire de Feulen. Du fait du déclenchement de la guerre, ils n'ont pas pu rentrer au Luxembourg. J'y suis né ainsi que mes frères. Cela étant, nous revenions tous les deux ans en vacances au Luxembourg et j'y ai même vécu durant deux années, lorsque mon père a été rappelé au siège de l'Arbed. Nous sommes retournés au Brésil car on lui a proposé une place de directeur à la Belgo Mineira. Ainsi, nous parlions luxembourgeois à la maison mais je suis Brésilien.

Le héros, Jacques Esch, ne porte pas toujours un regard tendre sur le Luxembourg. «Les Luxembourgeois sont bons mais trop timides. Ils ont la vue courte et sont trop attachés à leur petit confort». Un constat que vous partagez?

Esch avait eu une enfance difficile et c'est son point de vue. Evidemment, lorsque l'on a vécu au Brésil, il n'est pas évident de s'habituer à un ciel souvent gris et à un tempérament qui est moins festif. Mais désormais, 10.000 Brésiliens y vivent donc tout va bien!

Marc André Meyers: «D'amour et d'acier», traduction Sonia da Silva, éditions saint-paul, 349 pages, ISBN 978-2-87963-970-3, 22 euros.

Rencontres: Marc André Meyers et la traductrice du livre Sonia da Silva présentent le livre «D'amour et d'acier» le vendredi 13 mars  à 19 heures à neimënster. L'auteur rencontrera le public au Salon du livre du Festival des migrations à LuxExpo le samedi 14 mars à 14 heures. Entrée libre.

Bio express

Marc André Meyers est né en 1946 à João Monlevade au Brésil, de parents originaires de Diekirch et de Feulen. Son père a été envoyé au Brésil par l’Arbed en 1937 pour contribuer à l’essor de la Belgo Mineira. Marc André Meyers est docteur en sciences des matériaux. Il a été titulaire d'une chaire dans les universités de Karlsruhe, Metz et Cambridge. Il est actuellement professeur émérite de l'Université de Californie à San Diego et a obtenu nombre de hautes distinctions honorifiques. Dès sa jeunesse, il s'est essayé à l'écriture littéraire. Il a publié un recueil de poèmes et quatre romans dont trois en anglais. Il a récemment accompli une expédition scientifique en Amazonie sur les traces de celle réalisée par Théodore Roosevelt il y a un siècle.



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