Changer d'édition

Les questions qui fâchent: Enrico Lunghi sur la sellette au Mudam
Culture 4 min. 04.10.2016

Les questions qui fâchent: Enrico Lunghi sur la sellette au Mudam

Enrico Lunghi dirige le Mudam depuis 2009.

Les questions qui fâchent: Enrico Lunghi sur la sellette au Mudam

Enrico Lunghi dirige le Mudam depuis 2009.
Photo: Lex Kleren
Culture 4 min. 04.10.2016

Les questions qui fâchent: Enrico Lunghi sur la sellette au Mudam

Marie-Laure ROLLAND
Marie-Laure ROLLAND
Une enquête disciplinaire a été ordonnée par Xavier Bettel à l'encontre du directeur du Mudam, Enrico Lunghi. Un coup de massue dû à une plainte déposée par une journaliste de RTL, qui accuse le directeur de "coups et blessures volontaires" lors d'une interview. Ses jours à la direction du Mudam sont-ils comptés?

(MLR - SW) - Une enquête disciplinaire a été ordonnée ce mardi 4 octobre par Xavier Bettel à l'encontre du directeur du Mudam, Enrico Lunghi. 

Un coup de massue dû à une plainte déposée par une journaliste de RTL, qui accuse le directeur de "coups et blessures volontaires" lors d'une interview.

Que s'est-il passé?

En septembre dernier, Sophie Schram, journaliste chez RTL, interviewe Enrico Lunghi, devant les locaux du Mudam. L'entretien se passe bien jusqu'à ce que la journaliste pose une question sur la politique artistique du Mudam.

Pris d'un élan de colère, le directeur a alors bousculé le micro de la journaliste avant de s'éloigner... et de revenir précipitamment lui agripper le bras de manière virulente et la menacer verbalement.

Une altercation a opposé le directeur du Mudam à cette journaliste de RTL.
Une altercation a opposé le directeur du Mudam à cette journaliste de RTL.
Screenshot: RTL

Mais toute cette scène a été filmée par le cameraman. La journaliste, qui s'est rendue aux urgences 10 jours plus tard, s'est vu attribuer une incapacité de travail de deux jours et souffrait de plusieurs contusions.

Les jours d'Enrico Lunghi à la direction du Mudam sont-ils comptés? Cette plainte déposée à son encontre pourrait sceller son sort. Depuis des années, le directeur défend son poste contre vents et marées. Avec toujours les mêmes questions qui fâchent.

Avant même que la justice ne se prononce sur la plainte déposée par la journaliste de RTL, nombreux sont ceux qui doivent se frotter les mains à la perspective d'un possible départ d'Enrico Lunghi.

Premières offensives

Il faut rappeler que son maintien à la tête de l'institution avait été âprement discuté au sein du Conseil d'administration de la Fondation du Mudam en octobre 2013. Il finissait alors son premier mandat de cinq ans. Il avait fallu tout le poids du président du conseil de l'époque, Jacques Santer, ainsi que le rapport positif d'un comité d'expert – Lordculture – pour qu'Enrico Lunghi soit maintenu à son poste pour un nouveau mandat de cinq ans.

 Wim Delvoye, présent dans la collection à l'invitation de Marie-Claude Beaud, revient au Mudam pour les 10 ans du musée.
Wim Delvoye, présent dans la collection à l'invitation de Marie-Claude Beaud, revient au Mudam pour les 10 ans du musée.
Photo: Lex Kleren

A l'époque, une partie du Conseil d'administration reprochait au directeur son orientation trop «contemporaine» et pas assez «moderne» dans sa programmation artistique. Ces critiques avaient fait l'objet d'une question parlementaire de la députée Anne Brasseur (DP) en juin 2011.

Il faut noter que ces reproches faisaient partie du dossier à charge qui avait valu à la précédente directrice, Marie-Claude Beaud, de ne pas voir son mandat prolongé.

A la veille des 10 ans du Mudam, le Premier ministre et ministre de la Culture, Xavier Bettel, avait lui-même fait preuve d'une certaine réserve sur son appréciation du musée. Dans une interview au «Luxemburger Wort», il avait noté que le Mudam «est devenu un lieu culturel incontournable au Luxembourg. Qu'on aime ou qu'on n'aime pas. Personnellement, il y a des choses que je trouve intéressantes et d'autres moins. J'ai banni le mot ,moche‘ de mon vocabulaire. Les goûts et les couleurs relèvent de l'appréciation de chacun».

Le directeur du musée, Enrico Lunghi, accueille le Grand-Duc héritier Guillaume et son épouse Stéphanie, présidente du Conseil d'administration de la Fondation du Mudam, lors des célébrations des 10 ans de l'institution en présence du Premier ministre et ministre de la Culture Xavier Bettel.
Le directeur du musée, Enrico Lunghi, accueille le Grand-Duc héritier Guillaume et son épouse Stéphanie, présidente du Conseil d'administration de la Fondation du Mudam, lors des célébrations des 10 ans de l'institution en présence du Premier ministre et ministre de la Culture Xavier Bettel.
Photo: Lex Kleren

Une lettre à charge

C'est une lettre de Doris Drescher au ministre de la Culture qui a incité la journaliste de RTL à aller interviewer le responsable du musée. L'artiste se plaignait de ne plus être exposée au Mudam, alors que Marie-Claude Beaud l'avait choisie pour représenter le Luxembourg à la biennale de Venise en 2001. Cette exclusion lui semble d'autant plus injuste qu'elle n'est pas boudée par d'autres institutions. Elle a récemment été accueillie au CAPe d'Ettelbrück, à la galerie nei Liicht de Dudelange et à la galerie Krome Gallery de Luxembourg.

De fait, les relations des artistes du pays avec Enrico Lunghi sont loin d'être simples. Seuls une trentaine d'artistes luxembourgeois ou résidant au Luxembourg sont dans la collection du musée, soit environ 6 % du total. Parmi les heureux élus: Jean-Marie Biwer, Justine Blau, Simone Decker, Martine Feipel & Jean Bechameil, Marco Godinho, Catherine Lorent, Michel Majerus, Filip Markiewicz, Antoine Prum, Bert Theis, Su-Mei Tse... On notera que l'œuvre de Doris Drescher, «Casa Mia», exposée à Venise, fait partie de la collection.

Cette présence restreinte fait grincer des dents du côté des exclus qui ne sont guère enthousiastes à l'idée d'être parqués dans une future «galerie nationale d'art». La présidente de l'association des artistes plasticiens du Luxembourg, Trixi Weis, remarquait ainsi dans un article paru dans «Die Warte» (3.3.2016) qu'elle ne voit pas l’intérêt «d’enfermer les artistes luxembourgeois dans un contexte national». Et d’ajouter: «on aimerait mieux être montrés dans les musées qui existent déjà».

Une barre mal placée?

Enrico Lunghi a déjà eu par le passé l'occasion de s'expliquer sur ses choix: «Notre but est de constituer une collection de référence sur le plan international tout en nous ancrant dans le paysage national en intégrant, si cela se justifie, les artistes luxembourgeois qui répondent à ce critère» («Die Warte», 3.3.2016).

C'est lui qui fixe la hauteur de la barre, en s'appuyant sur un comité scientifique. Celui-ci a été renouvelé en 2016 et se compose aujourd’hui de Suzanne Cotter (directrice du Musée Serralves, Porto), Dr. Ulrike Groos (directrice du Kunstmuseum Stuttgart), Hou Hanru (directeur artistique du MAXXI, Rome) et Thierry Raspail (directeur du Musée d’Art Contemporain de Lyon).

Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.


Sur le même sujet