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Les passeurs de son de Musiques Volantes font leurs adieux
L’ultime édition du festival Musiques Volantes, intitulée «Disparition», s’est tenue à Metz, Nancy et Luxembourg du 27 octobre au 10 novembre 2018.

Les passeurs de son de Musiques Volantes font leurs adieux

Photo: Musiques Volantes
L’ultime édition du festival Musiques Volantes, intitulée «Disparition», s’est tenue à Metz, Nancy et Luxembourg du 27 octobre au 10 novembre 2018.
Culture 6 min. 05.12.2018

Les passeurs de son de Musiques Volantes font leurs adieux

Le festival Musiques Volantes a tiré sa révérence le 10 novembre dernier. Retour sur cette aventure collective et associative qui, pendant 23 ans, s’est fixé pour objectif d’élargir l’horizon culturel de son public, à Metz, au Luxembourg et ailleurs.

Par Jean Vayssières 

«Il y a 23 ans, en 1996, des gens amoureux de la musique ont décidé de poursuivre une aventure qui avait pour nom Séquence Rock» entame Patrick Rolin, président de l’association. Ce festival, qui se jouait dans le Jardin des Amours, près de la Porte des Allemands, s’était fixé comme ligne directrice de développer les scènes émergentes et de jouer sur la curiosité du public messin.

«Offrir une visibilité à des territoires inconnus»

Au programme, aucune tête d’affiche, mais la découverte de nouveaux artistes, portée par une équipe de programmateurs. «Le programmateur de Séquence Rock a eu envie de confier l’aventure à une nouvelle équipe et de la solidifier. Il voulait bâtir un festival qui offrirait une visibilité à des territoires inconnus, à une époque où Metz était désertifiée en matière de musique», explique le président.

Le nom de cette aventure : Musiques Volantes. Comme son aînée, elle sera le rendez-vous des curieux, de ceux qui aiment découvrir et naviguer entre les genres. Sur scène, cette promesse nomade consiste à «multiplier les choix et passer du coq à l’âne, d’un groupe défricheur, aventureux et noisy, à un autre, électronique et déviant».

Mais l’enfantement du festival se fait dans la douleur. Pendant trois ans, l’événement peine à s’implanter dans les salles locales et oscille entre le caveau des Trinitaires et la salle Braun, à Metz.

Il fait face aux critiques du voisinage, qui se plaint du bruit et de l’affluence du public, et finit par monter un chapiteau au Parc des Expositions.

Et puis, à peine le nouveau millénaire entamé, Thibaut Lallemand, pilier de l’association, décide de quitter l’équipe. Celui qui était «directeur, président, graphiste et programmateur» s’en va vers d’autres contrées. «On se retrouve alors sabordés dans l’idée de continuer à faire vivre le festival», se souvient Patrick Rolin.

«Mais le conglomérat des bénévoles est toujours présent et décide de poursuivre l’aventure». Jean-Pierre Boschetti, programmateur de l’incontournable salle de concert parisienne du Batofar, met alors l’équipe en lien avec son propre réseau d’observateurs musicaux.

De Metz à Montpellier, en passant par Luxembourg

Parmi eux, on compte alors Laurent Philippe, du Confort Moderne de Poitiers, ou encore Jos Auzende, de la Gaîté Lyrique de Paris. Chacun d’entre eux apporte sa pierre à l’édifice en «injectant dans le festival quelque chose qui sort des normes imposées par leurs propres structures». Musiques Volantes, né et dorloté à Metz, commence à s’exporter un peu partout dans l’Hexagone.

Ras G lors de la dernière édition du festival.
Ras G lors de la dernière édition du festival.
Photo: Musiques Volantes

Les concerts fleurissent à la Gaîté Lyrique, au Confort Moderne, au Lieu Unique de Nantes, à Montpellier, Strasbourg, Gérardmer, Nilvange, Fribourg… et même à Luxembourg, dans les Rotondes de Marc Hauser.

Le festival tisse son réseau de partenaires et bâtit sa propre histoire de famille. Il fait jouer des artistes comme Ratatat, Aphex Twin, le trio de Cheveu, ou le groupe de noise déglingué Pneu. Il collabore avec le disquaire messin de la Face Cachée, le Gueulard de Nilvange, des compagnies de théâtre, le Fonds Régional d’Art Contemporain (FRAC), ou encore la Kulturfabrik d’Esch-sur-Alzette.

«C’était la question de pouvoir s’affranchir d’une affiche connue, de partir sur de la découverte. Aller chercher dans les marges actuelles et sortir des créneaux habituels des tournées. Se faire passeurs d’autres territoires et d’autres aventures», explique le président de l’association, qui «croit en la nécessité que quelqu’un vienne débusquer des choses».

«On vit dans une société de plaisir», estime-t-il. «On paye pour avoir un artiste que l’on connaît, qui va nous amener du plaisir parce qu’on l’a déjà écouté. Mais ça pour moi, ce n’est pas une aventure aussi extraordinaire que d’être sous la gouverne d’un passeur de son en qui on a confiance».

Musiques Volantes fut plus qu’un festival musical : il s’efforça, au cours de ses 23 années d’existence, d’ouvrir l’horizon culturel de son public en multipliant les genres et les disciplines. En 2018, l’ultime édition a par exemple travaillé avec l’association de cinéma expérimental Les Yeux de l’ouïe, a mis en place un atelier de création de fanzine en collaboration avec Les Éditions du Monstre, organisé des expositions autour de l’art graphique…

«Les subventions ont considérablement baissé»

Mais ce mois de novembre fut également celui du baroud d’honneur du festival, qui a sobrement intitulé son ultime édition «Disparition». La faute, selon Patrick Rolin, à la baisse du nombre de contrats aidés financés par l’État, et à la réduction progressive des subventions.

Les Yeux de l'Ouïe, lors de la dernière édition en novembre.
Les Yeux de l'Ouïe, lors de la dernière édition en novembre.
Photo: Musiques Volantes

«Si on s’arrête cette année c’est pour des raisons qui nous incombent», déplore-t-il. «On disparaît parce que des contingents sont devenus difficiles en termes, par exemple, d’aide à l’emploi. Le rêve était de pouvoir garantir une stabilité aux employés. Aujourd’hui, ce n’est plus possible».

En septembre 2018 déjà, l’association culturelle Boumchaka fermait ses portes, déplorant sur Facebook «le manque de reconnaissance et d'aides publiques [rendant] clairement le travail de terrain difficile».

Que les marges vivent, qu’elles soient sauvages, libres, hors normes et infiniment belles.

Récemment, Musiques Volantes a pu profiter d’un partenariat avec la Cité Musicale de Metz, qui regroupe les salles de concert de l’Arsenal, de la Boîte à Musique (BAM) et des Trinitaires.

Viagra Boys en novembre dernier.
Viagra Boys en novembre dernier.
Photo: Musiques Volantes

L’arrangement a permis à l’équipe du festival de travailler de la même manière que l’année précédente, en dépit de la baisse des subventions, en prenant en charge une partie des dépenses. Une porte de sortie pour Musiques Volantes? Pas pour son président, qui craint que l’indépendance si chère au festival n’y laisse des plumes. «On est peut-être en train de perdre une forme d’autonomie», poursuit-il. «On nous proposerait par exemple de faire grossir le festival, d’aller un peu plus souvent à la BAM... mais si on y va plus souvent, on va faire des affiches plus importantes, dévier de notre rêve premier. On est déjà dans une forme de conditionnement».

«Il faut fabriquer d’autres choses»

Maintenant que le dernier mois de novembre à avoir connu Musiques Volantes touche à sa fin et que le festival a achevé de tirer son ultime révérence, Metz va-t-elle voir un successeur reprendre le flambeau? «Ce n’est pas une question de flambeau» conclut le président.

«Il n’y a pas à reprendre ça, il faut fabriquer d’autres choses. Peut-être que l’exemple qui a été le nôtre doit donner envie à d’autres personnes de faire leur propre truc. Cette passion, n’importe qui peut la développer n’importe où, il faut simplement avoir des convictions, du courage et un engagement collectif».

Flambeau ou non, peut-être l’esprit de découverte de Musiques Volantes perdurera-t-il malgré la mort de son plus fier ambassadeur. Le festival l’a lui-même prophétisé dans son message d’adieu, non sans mélancolie: «Que les marges vivent, qu’elles soient sauvages, libres, hors normes et infiniment belles».


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