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«Les Intranquilles», trois agités en perdition
Culture 1 3 min. 09.10.2021
Cinéma

«Les Intranquilles», trois agités en perdition

Damien (Damien Bonnard) et Leila (Leïla Bekthi) forment un couple, autant uni par l’amour que déchiré par la maladie.
Cinéma

«Les Intranquilles», trois agités en perdition

Damien (Damien Bonnard) et Leila (Leïla Bekthi) forment un couple, autant uni par l’amour que déchiré par la maladie.
Photo: Stenola Productions
Culture 1 3 min. 09.10.2021
Cinéma

«Les Intranquilles», trois agités en perdition

Thierry HICK
Thierry HICK
Joachim Lafosse passe au crible les tourments d’une famille.

Damien est l’époux de Leila, père du petit Amine et peintre. Et il est malade. Joachim Lafosse avec son film Les Intranquilles (coproduit par la société luxembourgeoise Samsa Film) ne brûle pas les étapes. Le réalisateur plante d’abord le décor et pose ses personnages, qui peu à peu se dévoilent au grand jour.

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Le drame s’ouvre sur une scène tournée en bord de mer. Le comportement du père plus qu’agité est étonnant. Cette sortie en bateau donne le ton. Quelques scènes plus tard, le même père se lève à deux heures du matin, répare son Solex et part faire des courses. Leila, l’épouse inquiète observe.

Joachim Lafosse fait défiler les petits accidents du quotidien sans mot dire. Le spectateur est témoin de la situation. Les moments de crise, entrecoupés de scènes d’une vie quotidienne des plus banales, se suivent. Les moments de silence, les plans serrés, mettant en évidence les personnages, laissent quelque peu planer le doute. On est conscient que quelque chose ne tourne pas rond. L’explication tarde à venir.

Revers d'antan

Alors que l’histoire risque de s’enliser à force d’enchaîner des moments épars, Joachim Lafosse, également l’auteur du scénario, passe à la vitesse supérieure. Damien, maniaco-dépressif, devient de plus en plus incontrôlable, imprévisible et déconnecté. Les épisodes pourraient prêter à sourire s’ils n’étaient pas foncièrement tragiques. 

Toujours est-il que Leila, la mère et aussi l’épouse, craque. Damien doit agir, se soigner. Ce n’est que par la force qu’il acceptera dans un premier temps un traitement. La situation s’améliore avant de retrouver ses travers d’antan.

Joachim Lafosse avec Les Intranquilles évite le piège de limiter ses propos à la seule évocation d’une maladie, aussi grave soit-elle. Le réalisateur entend mettre en scène des êtres humains dans des situations tout aussi réelles que dramatiques. Au-delà d’une narration purement linéaire, donc chronologique, ce drame s’attarde sur la déchéance d’un être, qui au début encore refuse de voir la réalité en face.

Un refus qui a une influence majeure sur la vie quotidienne et sentimentale du couple et de la famille. Ainsi, Leila et Amine deviennent malgré eux des acteurs de premier plan de cette lente descente aux enfers de Damien. Joachim Lafosse ne juge pas, défend les points de vue de part et d’autre de cette ligne d’incompréhension qui sépare des êtres qui jusque-là s’aimaient.

Brutalité et véhémence 

Les caméras de ce drame – présent cette année dans la sélection officielle du Festival de Cannes – dépeignent un monde troublé. A l’image des toiles que Damien peint en période de crise. La brutalité sous-jacente de ce drame familial émane non des images montrées, mais davantage des paroles ou encore des non-dits, des sous-entendus. 

Une véhémence que le réalisateur prend soin d’emballer avec précaution, non pas pour l’aplatir, mais davantage pour la décrocher des considérations purement matérielles. Une approche qui permet au trio d’acteurs Leïla Bekhti (Leila), Damien Bonnard (Damien) et Gabriel Merz Chammah (Amine) de camper des personnages authentiques et d’une profonde humanité, avec leurs forces et leurs faiblesses. Comme pour témoigner que l’intranquillité ne touche pas que ceux qui en souffrent. Tous deviennent des agités.

En laissant la fin sans issue, Joachim Lafosse s’accroche à des êtres en perdition, en chute libre. Les Intranquilles filmé en toute quiétude sans heurts, pourrait pourtant selon le regard dégager in fine une espérance, une fine lueur de lumière. A chacun de trouver sa lecture. Joachim Lafosse a laissé la porte ouverte... 

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