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Les arts visuels en discussion
Culture 6 min. 29.06.2022
«Kulturentwécklungsplang»

Les arts visuels en discussion

Une introduction, un état des lieux, deux tables rondes et une conclusion: les discussions hier matin ont suivi un schéma déjà bien rodé.
«Kulturentwécklungsplang»

Les arts visuels en discussion

Une introduction, un état des lieux, deux tables rondes et une conclusion: les discussions hier matin ont suivi un schéma déjà bien rodé.
Photo: Anouk Antony
Culture 6 min. 29.06.2022
«Kulturentwécklungsplang»

Les arts visuels en discussion

Thierry HICK
Thierry HICK
Quatrième volet des assises sectorielles, mardi au Mudam, consacré aux arts visuels.

Après la musique classique, le théâtre et les musiques amplifiées, ce fut mardi matin au Mudam au secteur des arts visuels d’être passé au peigne fin. La littérature se pliera à l’exercice fin 2022-début 2023. Partie intégrante du «Kulturentwécklungsplang 2018-2028», ces assises sectorielles ont pour but de faire toute la lumière sur un secteur culturel particulier. 

Une fois n’est pas coutume, la crise sanitaire n’a pas été au centre des débats. Tonia Raus, de l’Université de Luxembourg et maîtresse de cérémonie, a dès son introduction souligné la très grande diversité du secteur des arts visuels tout en avertissant: «Nous allons ce matin sans doute poser bon nombre de questions, auxquelles nous n’allons peut-être pas toujours pouvoir apporter des réponses.» 

Sam Tanson a ouvert et conclu les débats.
Sam Tanson a ouvert et conclu les débats.
Photo: Anouk Antony

Comme à chaque exercice, c’est à la ministre de la Culture qu’incombe de lancer les discussions et de tirer à la fin les premières conclusions des débats. Hier matin donc, Sam Tanson, a rappelé que ces assises ont pour but de dresser un état des lieux du secteur audiovisuel, qui s’est largement développé ces dernières années, mais qui a aussi été marqué par la pandémie. La ministre a également profité de l’occasion pour rappeler les mesures déjà prises dans le cadre du «Kulturentwécklungsplang». 

Nous allons ce matin poser des questions, auxquelles nous n’allons peut-être pas toujours pouvoir apporter des réponses.

Tonia Raus, modératrice

 


Assises culturelles - Belval - Rockhal - 06/03/2021 - photo: claude piscitelli
Rock-pop-électro: un secteur passé au crible
Des assises culturelles ont permis de dresser un premier état des lieux.

Ni graphiques, ni chiffres, ni «camemberts»  

 Vincent Crapon, en charge des expositions audiovisuelles d’Esch 2022, a présenté un état des lieux du secteur, un passage obligé pour lancer les débats par la suite. Le rapporteur a d’emblée prévenu que sa radiographie des années 2018 et 2019 ne comportait ni graphiques, ni chiffres, ni «camemberts», mais s’articulait autour des quelques piliers centraux: présentation des lieux, positionnement, professionnalisation, archives, rayonnement et enjeux. 

Vincent Crapon a dressé un état des lieux.
Vincent Crapon a dressé un état des lieux.
Photo: Anouk Antony

Seule concession, l’évocation en chiffres des aides financières allouées au secteur par le ministère de la Culture qui passant de 10.452.779 euros en 2018 à 13.185.751 euros en 2020 et à 12.402.529 euros en 2021, représentant 16% du total des aides financières tous secteurs confondus. Ces seuls chiffres avaient pour but de mettre en évidence les répercussions de la crise sanitaire. 

 Vincent Crapon a préféré s’attarder sur le lancement récent de nouveaux lieux culturels – Bâtiment IV, Konschthal, Bridderhaus, VeWa, Casino Display – sans oublier Esch 2022 et Kultur:lx. Autant d’étapes, selon lui, qui ont grandement participé au développement soutenu du secteur des arts visuels au Grand-Duché. 

Deux tables rondes

 Place ensuite aux pièces maîtresses de toutes assises culturelles, les deux tables rondes réunissant chacune un panel de divers représentants d’un secteur tout autant diversifié. Le premier round de discussions sur le thème «L’écosystème artistique – évolutions récentes et futures» a débuté par quelques questions de la modératrice Tonia Raus: assiste-t-on à un changement de paradigme? Quelle est la place de l’artiste? Quelle place pour le public? Comment garantir la durabilité du secteur? 


Kultur.Assises Theatre Esch/lAlzette. Foto: Gerry Huberty/Luxemburger Wort
Jeu de questions-réponses
Les assises sectorielles du théâtre ont permis de faire le point sur une scène certes active mais aussi fragile.

Dans un premier temps, les prises de parole se sont limitées à une plus ou moins simple description de la situation actuelle. Ce n’est que peu à peu, que les débats ont gagné en profondeur pour in fine pointer du doigt certains questionnements. «Le public est limité en nombre ici, il faut aller le chercher là où il est pour lui proposer une confrontation avec l’art. C’est un acte qui peut être passionnant», a insisté Christian Mosar, directeur de la Konschthal d’Esch. Julie Reuter, de la galerie Reuter Bausch, a, quant à elle, souligné l’importance des échanges avec le public. 

 «Rester à contre-courant» 

Pour Théid Johanns, cofondateur du collectif Cueva, il s’agit avant tout «de rester accessible à tous avec nos propositions. Et rester singuliers, rester à contre-courant» et surtout ne pas oublier que le Luxembourg reste une «province» culturelle et qu’une ouverture sur la Grande Région est «nécessaire». 

Christian Mosar a aussi souligné, que dans toutes ces discussions, il ne fallait pas «oublier les artistes, ceux qui vivent et travaillent au Luxembourg» avant de relever les nombreuses mesures d’aides publiques. Théid Johanns, avec son franc parler habituel, a souhaité voir les fonctionnaires sortir de leurs bureaux pour aller à la rencontre des artistes «oubliés» du système. 

 La nouvelle directrice du Mudam, Bettina Steinbrügge, en poste depuis trois mois seulement, a apporté en quelque sorte un regard extérieur et frais sur la scène locale. «En 20 ou 30 ans, tant de choses se sont produites au Luxembourg, la scène a largement évolué, elle s’est fait un nom à l’international.» Avant de poursuivre: «Je suis convaincue qu’un musée comme le Mudam doit s’assurer de son positionnement tant au Luxembourg qu’à l’étranger». 

Photo: Anouk Antony

En référence aux discussions portant sur le marché de l’art en pleine mutation, Bettina Steinbrügge a rappelé qu’un musée national se devait avant tout d’être à l’écoute de questions sociétales. Et rester proche de son public. «Avec tant de nationalités présentes, notre programmation doit être ouverte à tous. Aujourd’hui aussi, l’histoire de l’art évolue. Pourquoi aller encore au musée? A nous de trouver les réponses», explique la directrice du Mudam, qui plaide pour la création d’archives du secteur, histoire de proposer une plate-forme d'informations pour les visiteurs et les chercheurs. 


Kultur,Assises culturelles: Musique classique-CAPE.Ettelbruck.Foto: Gerry Huberty/Luxemburger Wort
Un constat, des débats et des idées
Après les musiques amplifiées et le théâtre, place mardi matin au Cape de la musique classique.

La deuxième table ronde a porté sur le thème «Le cadre professionnel – la rémunération des artistes en arts visuels». Un thème, ô combien sensible et d’actualité, qui finalement n’aura pas provoqué d’échauffourées particulières. Le galeriste Alex Reding a mis en évidence la particularité de son métier qui consiste «à accompagner un artiste, le suivre, le guider, l’accompagner dans sa carrière». Concernant le marché de l’art, le galeriste pointe du doigt une situation complexe, du fait d’un volume limité et de la diversité et des spécificités de l’offre. 

Tonia Raus a mené les débats.
Tonia Raus a mené les débats.
Photo: Anouk Antony

Une prise de risque 

Claudia Passeri, artiste indépendante, a souligné que chaque artiste doit «trouver son chemin, trouver sa place», tout en reconnaissant la difficulté de cette tâche, «le travail d’artiste s’accompagne toujours d’une prise de risque réelle. Justine Blau, la coprésidente de l’association des Artistes plasticiens du Luxembourg, a relevé les nombreuses aides proposées aux artistes en constante évolution. «Ce qui est loin d’être le cas à l’étranger. Peut-être faut-il davantage communiquer à ce sujet». 

 Kevin Muhlen, le directeur du Casino Luxembourg, entend lui continuer de promouvoir les artistes du pays – aux côtés d’invités étrangers – et garantir des conditions de rémunérations correctes. Comme à chaque fois, ces nouvelles assises ont vu déballer des idées, des questions et des problèmes, discutés avec la plus grande modération. Comme pour ne pas froisser les esprits. Sam Tanson, en conclusion, a surtout retenu les besoins, les attentes et surtout les spécificités de chacun. Et a promis une prochaine tripartite de discussions avec tous les acteurs du secteur. Histoire de creuser davantage cette matière à réflexion, collectée mardi au Mudam. 

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