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Le venin mortel qui sauve des vies
Culture 2 min. 10.12.2019

Le venin mortel qui sauve des vies

Fabiola et ses collègues de l'Institut Butantan de Sao Paulo prélèvent cette toxine sur des milliers de serpents maintenus en captivité.

Le venin mortel qui sauve des vies

Fabiola et ses collègues de l'Institut Butantan de Sao Paulo prélèvent cette toxine sur des milliers de serpents maintenus en captivité.
Photo: AFP
Culture 2 min. 10.12.2019

Le venin mortel qui sauve des vies

Au Brésil, des serpents sont maintenus en captivité afin de produire un antivenin. Le produit, qui est ensuite distribué par le ministère de la Santé aux dispensaires à travers le pays, guérit des milliers de personnes chaque année.

(AFP) - Saisissant le serpent mortel par le cou, juste derrière les mâchoires, Fabiola de Souza masse ses glandes à venin pour en extraire quelques gouttes qui sauveront des vies au Brésil, où des milliers de personnes sont mordues chaque année. Près de 29.000 personnes ont été mordues en 2018, et plus d'une centaine en sont mortes, selon les chiffres officiels.

Fabiola et ses collègues de l'Institut Butantan de Sao Paulo prélèvent cette toxine sur des milliers de serpents maintenus en captivité afin de produire un antivenin. Le produit est ensuite distribué par le ministère de la Santé aux dispensaires à travers le pays.

Le climat en général chaud et humide du Brésil est particulièrement propice aux serpents venimeux. Il en existe des dizaines d'espèces, dont le jararaca, l'un des plus dangereux.

Un processus potentiellement dangereux

Une fois par mois, le venin de chaque serpent est extrait au cours d'un processus délicat et potentiellement très dangereux. Equipée d'un crochet, Fabiola sort délicatement un des reptiles de sa boîte en plastique et le place dans un bidon rempli de dioxyde de carbone. En quelques minutes, le serpent s'endort. «C'est moins de stress pour l'animal», explique-t-elle.

Le serpent est ensuite placé sur un banc en acier dans une pièce où la température dépasse les 25 degrés. Fabiola ne dispose que de quelques minutes pour extraire le venin en toute sécurité avant que l'animal ne recommence à remuer. «Il est important d'avoir peur, car les gens qui ont peur font attention», souligne-t-elle.

250.000 flacons de 10 à 15 millilitres sont produit chaque année à Sao Paulo.
250.000 flacons de 10 à 15 millilitres sont produit chaque année à Sao Paulo.
Photo: AFP

L'antivenin est produit en injectant de petites quantités de poison à des chevaux basés dans une ferme afin de déclencher une réaction immunitaire qui produit des anticorps attaquant les toxines. Du sang est ensuite prélevé sur les chevaux et les anticorps en sont extraits pour créer un sérum qui sera administré aux victimes de morsures. Sans cela, elles pourraient mourir.

La responsable du projet de l'institut, Fan Hui Wen, indique que le site produit tous les antivenins du Brésil, soit 250.000 flacons de 10 à 15 millilitres par an. Le géant sud-américain fournit également gratuitement du sérum à plusieurs pays de la région. A présent, l'idée est de vendre le sérum antivenin à l'étranger pour aider à contrer la pénurie mondiale, en particulier en Afrique.

Quelque 5,4 millions de personnes sont mordues par des serpents chaque années, estime l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Entre 81.000 et 138.000 en meurent, et bien davantage subissent des amputations et d'autres séquelles permanentes dues à la toxine.