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Le défi d'Edmund: «Cap de ramasser un déchet par jour?»
Culture 1 6 min. 03.08.2017 Cet article est archivé

Le défi d'Edmund: «Cap de ramasser un déchet par jour?»

1 déchet par jour. Photo: Morris Kemp

Le défi d'Edmund: «Cap de ramasser un déchet par jour?»

1 déchet par jour. Photo: Morris Kemp
Culture 1 6 min. 03.08.2017 Cet article est archivé

Le défi d'Edmund: «Cap de ramasser un déchet par jour?»

Sophie WIESSLER
Sophie WIESSLER
Il a sans aucun doute mis l'ambiance dans les rues de Luxembourg ce jeudi. Edmund Platt, alias "L'escargot anglais" était de passage dans la capitale pour sensibiliser à sa cause: un déchet par jour. Nous l'avons rencontré.

Edmund Platt, alias "L'escargot anglais" était de passage dans la capitale pour sensibiliser à sa cause: un déchet par jour.

Cette initiative est née il y a deux ans, à Leeds, une petite ville du nord de l’Angleterre. L'excentrique British se promenait dans un parc lorsqu'il a décidé de ramasser un déchet. Sauf que cette fois-là, il décide de prendre un selfie et de le poster sur les réseaux sociaux. «J'ai commenté en disant que ce serait ma nouvelle initiative quotidienne».

Et contre toute attente, son initiative plait beaucoup. «J'ai eu plus de 200 likes alors que d'habitude j'en avais 20 tout au plus!», explique-t-il. Il décide donc de se lancer et crée l'association "Un déchet par jour", à Marseille, sa ville d'adoption, où il vit depuis six ans. Très vite, l'engouement prend sur les réseaux sociaux, et propulse le trublion sur le devant de la scène. «On m'appelle l'Anglais qui voulait nettoyer Marseille ou encore le Mr Bin des déchets», fanfaronne-t-il sur la place Guillaume II lors de notre rencontre.

Aujourd'hui, plus de 15.000 personnes le suivent à travers ces différents réseaux et son initiative est reprise un peu partout dans le monde.

Un tour de France pour sensibiliser

Mais pour Eddy, ce n'est pas lui le vrai héros. «Moi je fais ça depuis à peine deux ans. Avant je ne connaissais rien de tout ça. Et j'ai rencontré des gens qui font ça depuis bien plus longtemps que moi: une dame en Belgique fait ça depuis 30 ans. C'est elle le héros c'est pas moi», souligne-t-il.

Alors pour sensibiliser un maximum de monde, il a décidé de partir sur les routes cet été. Son opération, baptisée "l'escargot anglais" consiste à faire 8.000km autour de la France en 90 jours, tout en faisant du stop et en dormant chez l'habitant. «Je fais ça pour rencontrer des gens, et mettre en avant ceux qui font déjà quelque chose pour notre planète».

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Sous la visière de sa casquette, Edmund ne se voit pas comme un écologiste. «C'est pas écolo ce que je fais là, c'est juste citoyen en fait». Pour lui, l'écologie «c'est un peu chiant, il faut rendre ça cool». Pour ça, il n'hésite pas à se rendre dans des écoles, et a joué un personnage "rock'n'roll" auprès des gens.

Montrer que c'est "cool" de jeter les déchets que l'on trouve dans la nature, voici sa mission. «Il faut arrêter de dire "ce sont les groupes industriels, c'est Total, c'est untel" non! C'est toi. Arrête d'être un connard et jette tes mégots de cigarette dans un cendrier et pas par terre», s'emporte-t-il.

A Marseille, 350 personnes ont participé à l'une des actions mises en place par Edmund. Près de 2,2 tonnes de déchets ont été récoltées en à peine trois heures... «Il faut se rendre compte que nous sommes en état d'urgence concernant les déchets sauvages dans la nature. On vit sur la même planète, il faut arrêter de la polluer», clame-t-il.

Pour son périple "escargot", il a déjà parcouru 3.600 km depuis le 29 juin dernier. Et ce jeudi, c'est donc à Luxembourg qu'il s'est arrêté.

Un passage au Luxembourg... et une rencontre avec la ministre de l'Environnement

Bouteille de mégots à la main, casquette à l'envers, short, t-shirt et bretelles, nous avons trouvé facilement Eddy au milieu de la place Guillaume II ce jeudi après-midi. Et pour l'occasion, Carole Dieschbourg, ministre de l'Environnement était avec lui. La ministre n'a pas hésité à accorder un peu de son temps pour l'initiative d'Edmund, qui la touche particulièrement.

Carole Dieschbourg a pris un peu de son temps pour rencontrer Eddy et parler des actions du Luxembourg pour l'écologie.
Carole Dieschbourg a pris un peu de son temps pour rencontrer Eddy et parler des actions du Luxembourg pour l'écologie.
Sophie Wiessler

«Si on fait ça tous les jours, ça devient normal, on prend alors l'habitude. Il ne faut pas le faire une fois dans l'année», souligne la ministre. Eddy lui, est ravi de pouvoir rencontrer un personnage politique du pays. «Elle est beaucoup plus engagée que les politiciens de Marseille, je peux vous le dire», ironise-t-il.

Après un déjeuner instructif, un échange de numéros est même de mise. «Je veux revenir au Luxembourg et prévoir un événement comme celui de Marseille. Il faut communiquer un maximum. Le Luxembourg fait déjà beaucoup de choses, mais je vais revenir, c'est sûr, on garde contact».

En quelques heures, Edmund a recueilli une demi-bouteille d'eau de mégots de cigarettes, qui pullulent dans les rues luxembourgeoises. Quelques bouteilles de plastique également, mais rien de plus. «Le Luxembourg est plus petit et aussi plus riche. On voit qu'il y a plus de moyens, de personnes pour nettoyer les rues», explique-t-il alors que deux agents sont justement en train de vider une poubelle près de nous. 

«Déchets poubelle challenge»

Une fois le déjeuner avec la ministre terminé, notre British repart à la chasse aux déchets... et en profite pour interpeller des gens dans la rue et leur parler de son engagement. «Saviez-vous qu'un mégot de cigarettes ça pollue 500 litres d'eau?!» Regards médusés. Mais comme à son habitude, Eddy ne veut pas plomber l'ambiance et l'humour reprend vite le dessus. «Allez venez on va faire une petite vidéo pour mon Instagram», glisse-t-il à ce groupe de personnes.

L'humour reste sa marque de fabrique pour que l'on se souvienne de son message. «Tu vois, tout le monde parlait du "Ice Bucket challenge". Ben là c'est la même chose, c'est le "déchets poubelle challenge". Une fois que tu as pris ta photo et jeté ton déchet et bien tu nomines 5 de tes amis. Parce qu'on est tous capables et surtout tous coupables. Identifie même ton ex!», ironise-t-il.

«Asselborn, les frères Schleck, Gilles Muller... Je les veux dans mon équipe!»

Pour lui, il faut qu'il y ait "une prise de conscience globale". Et ce Marseillais d'adoption a bien compris le pouvoir que les réseaux sociaux génèrent et l'impact qu'une photo peut avoir auprès des gens. «C'est maintenant ou jamais. On se dit "un bout de plastique c'est rien" mais ce bout-là devient de la glu une fois dans l'océan et combien on recense d'animaux avec du plastique dans l'organisme? C'est énorme. Il faut arrêter de critiquer et devenir un acteur», explique-t-il, soudain grave.

Son passage à Luxembourg, il veut qu'il serve à quelque chose. Il nous montre quelques noms qu'il a inscrits sur un bout de papier: Jean Asselborn, Gilles Muller, Andy et Frank Schleck... «Ces gens-là, je les veux dans mon équipe! Parce que c'est grâce à leur voix qu'on arrivera à toucher le plus de monde possible, à rendre ça cool». 

Le message est lancé.


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