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La voiture autonome se profile à l’horizon
Culture 5 min. 21.01.2016 Cet article est archivé
Un virage stratégique à ne pas rater

La voiture autonome se profile à l’horizon

Ford effectue ses essais à Mcity, réplique d’une ville spécialement conçue à cet effet.
Un virage stratégique à ne pas rater

La voiture autonome se profile à l’horizon

Ford effectue ses essais à Mcity, réplique d’une ville spécialement conçue à cet effet.
Photo: Ford
Culture 5 min. 21.01.2016 Cet article est archivé
Un virage stratégique à ne pas rater

La voiture autonome se profile à l’horizon

Dominique NAUROY
Dominique NAUROY
Alors que des véhicules semi-autonomes circulent déjà aux mains de consommateurs-lambda, la plupart des constructeurs avancent pied au plancher pour peaufiner le développement de leurs prototypes roulant sans conducteur.

Encore chimère il y a quelques années, la voiture autonome devient réalité. Alors que leurs véhicules semi-autonomes - équipés notamment de systèmes permettant de jauger les distances, de maintenir un écart constant avec une autre voiture, de freiner ou accélérer automatiquement, de se garer… - circulent déjà aux mains de consommateurs-lambda, la plupart des constructeurs mondiaux avancent pied au plancher pour peaufiner le développement de leurs prototypes roulant sans conducteur. Passage obligé pour rester dans la course voire doubler la concurrence. Pas question de rater ce virage stratégique!

«Nous ne sommes plus dans la science-fiction en matière de véhicule autonome. La technologie aura une fiabilité bien supérieure à celle de l’être humain.» Le président du directoire de PSA, Carlos Tavares, cité par Relaxnews, affiche résolument son optimisme en la matière et va encore plus loin en affirmant que «la voiture autonome, c’est pour 2020». Une date charnière qui semble d’ailleurs faire consensus parmi la plupart des constructeurs engagés dans le processus d’autonomie des voitures et partagée également par le cabinet Jupiter Research qui avance même dans un rapport que dès 2025 les ventes de ce type de véhicule vont s’enflammer.

Clairement, les arguments plaidant en faveur de la voiture autonome tournent surtout autour de la sécurité, des études concordantes montrant que plus de 90% des accidents de circulation découlent d’une erreur humaine. Logiquement, la prolifération des voitures sans conducteur devrait donc réduire non seulement la quantité d’accidents mais aussi et surtout diminuer le nombre de morts et de blessés, tout en ayant une influence positive sur la fluidité de la circulation (grâce à une connectivité pointue), sur la baisse de la pollution (grâce à une utilisation optimale du moteur géré par ordinateur) ou encore sur la réduction du niveau de stress des conducteurs devenus passagers. Voilà pour la théorie.

Cependant, 2020 c’est demain et de nombreux points restent en suspens, ne serait-ce qu’en termes d’assurance, de permis de conduire et surtout de responsabilité en cas (improbable??) d’accidents. Les législations doivent dès lors être adaptées. En outre, l’ordinateur aux commandes d’une voiture n’étant qu’une machine formatée, certes par l’homme, mais néanmoins une machine, il est permis de se poser de légitimes questions sur les priorités du dit ordinateur lorsqu’il devra choisir entre emboutir un piéton ou une autre voiture, un arbre ou un poids-lourd arrivant en sens inverse, exploser un mur en béton ou plonger dans un canal, etc. Autant d’incertitudes qui doivent encore trouver leur solution… ce qui ne saurait tarder.

Voiture autonome avec… conducteur obligatoire

En raison de ces réserves et d’autres, la Californie - Etat américain pourtant théâtre de nombreux essais de voitures autonomes en conditions réelles - envisage de légiférer afin d’empêcher qu’un tel véhicule en circulation se dispense de conducteur. Selon un texte actuellement en discussion, une personne possédant un permis de conduire devrait toujours être présente dans le véhicule et être capable d’en reprendre le contrôle à tout moment. Résultat: en cas d’infraction au code de la route ou d’accident, le «conducteur ne conduisant pas» resterait néanmoins responsable. Ces aspects législatifs ne sont cependant guère avancés à l’heure actuelle et il y a lieu de craindre une cacophonie dans l’uniformisation des règles adoptées par les Etats.

On s’en doute aisément, ces diverses considérations ne freinent en rien la fulgurante percée technologique réussie par les constructeurs qui, d’une manière ou d'une autre, travaillent d’arrache-pied afin de ne pas rater le… train de la voiture autonome qui entre donc en gare en 2020. Nombreux sont d’ailleurs les constructeurs qui ont vu leur budget recherche et développement exploser – c’est d’ailleurs une constante dans ce secteur industriel concurrentiel. Sachant encore qu’entre le lancement de la conception d’un modèle et sa commercialisation effective cinq à six ans peuvent s’écouler vu les énormes contraintes et les nombreuses embûches qu’ils rencontrent, les constructeurs ne peuvent lambiner en chemin.

C’est ainsi que Toyota et Nissan affirment déjà qu’ils seront opérationnels commercialement avant la fin de la décennie, ou que PSA Peugeot Citroën a effectué des essais routiers concluants avec une C4 Picasso qui a relié Paris à Madrid et retour en empruntant routes et autoroutes pour un total de 3.000 kilomètres.

Acquisition stratégique

Autre exemple significatif des travaux en cours avec Ford qui réalise une partie de ses tests dans la réplique grandeur nature d’une ville, Mcity, spécialement construite à cet effet dans le Michigan. Le constructeur va en outre en 2016 porter à une trentaine le nombre de ses prototypes sans chauffeur en action. Volvo n’est pas en reste, le patron de la filiale nord-américaine a indiqué que cent prototypes de voitures autonomes de la marque circuleront aux mains de consommateurs dès la fin de 2017.

Quant aux trois constructeurs allemands, Audi, BMW et Mercedes, non seulement ils progressent individuellement dans la mise au point de leur technologie sans chauffeur mais ils ont investi ensemble 2,5 milliards d’euros pour conclure l’acquisition de HERE, la division cartographie de Nokia. Il ne s’agit pas d’un investissement anodin: avec cette opération, ils mettent la main sur un portefeuille de cartes haute définition recevant des informations de localisation en temps réel donnant une image fidèle, détaillée et évolutive du réseau routier, autant d’éléments cruciaux pour permettre à la voiture autonome et connectée de se mouvoir dans le trafic tout en choisissant le trajet optimal.

En outre, Audi, BMW et Mercedes récupèrent la technologie LiDAR qui permet de modéliser les routes avec une précision de 10 à 20 centimètres, de déterminer leur inclinaison, le marquage au sol et la signalisation grâce à la collecte de milliards de points en 3D. Sans aucun doute, cette technologie s’avère fondamentale dans le cadre de la mise en service de la voiture autonome.

Enfin, l’acquisition de HERE permet aux trois constructeurs allemands de conserver leur totale autonomie vis-à-vis de grands groupes de nouvelles technologies comme Google, champions de la collecte de données et qui disposent de l’expertise pour proposer une cartographie à la pointe. Et comme Google (mais aussi Apple, Amazon et Uber notamment) ambitionne de concurrencer d’une manière ou d’une autre les constructeurs sur le segment des voitures autonomes, Audi, BMW et Mercedes n’apprécieraient guère de dépendre de cette multinationale pour développer les logiciels dont seraient équipés leurs véhicules. Question de principe!

Léonard Bovy


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