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La vache et le blédard
Culture 1 2 min. 20.02.2016 Cet article est archivé
Critique ciné de la semaine: "La vache" de Mohamed Hamidi

La vache et le blédard

Un long périple
Critique ciné de la semaine: "La vache" de Mohamed Hamidi

La vache et le blédard

Un long périple
Photo: Pathé
Culture 1 2 min. 20.02.2016 Cet article est archivé
Critique ciné de la semaine: "La vache" de Mohamed Hamidi

La vache et le blédard

Vesna ANDONOVIC
Vesna ANDONOVIC
Jacqueline – grands yeux aux cils longs, poil soyeux couleur châtain clair et invitée à se présenter à l'élection de «Miss Bovine» au Salon de l'agriculture à Paris. Petit problème: la belle laitière a son domicile de l'autre côté de la Méditerranée.

par Vesna Andonovic

Voilà – enfin – une digne héritière pour la brave Marguerite d'Henri Verneuil qui, en 1959, avait fait chavirer les cœurs des cinéphiles: Jacqueline – grands yeux aux cils longs, poil soyeux couleur châtain clair et invitée à se présenter à l'élection de «Miss Bovine» au Salon de l'agriculture à Paris. Petit problème: la belle laitière a son domicile de l'autre côté de la Méditerranée.

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Point d'obstacle cependant pour l'esclave de sa passion bovinée qu'est son maître Fatah (Fatsah Bouyahmed), qui décide de quitter son Maghreb natal pour prendre le ferry direction Marseille afin d'amener sa belle dans la Ville lumière. S'en suit un périple pédestre à travers l'Hexagone où les rencontres se suivent et ne se ressemblent pas et où de vraies amitiés se nouent. Au bout de ce chemin initiatique parcouru en compagnie du brave Fatah et de sa Jacqueline, les spectateurs auront vécu une aventure humaine empreinte d'une chaleureuse bonhomie qui, dans la vraie vie, fait parfois si cruellement défaut.

Du Bled à la France profonde

Qu'on se le dise: «La vache» n'échappe pas aux clichés. La bonne nouvelle étant que le film de Mohamed Hamidi (s')en joue avec une naïveté qui lui confère une légèreté rafraîchissante. Telle une bouffée d'air dans une pièce poussiéreuse, la comédie s'attaque à nos idées reçues et les rend risibles, sans pourtant nous tourner en ridicule. Et toutes les images d'Epinal y passent: du blédard gentiment simplet et de l'arabe «intégré», qui n'a de patrie ni ici ni là-bas, en passant par la désuète noblesse française et les agriculteurs en colère montant sur les barricades, pour finir avec le «buzz» médiatique scotchant tout un peuple au petit écran.


Trois hommes et une vache: Lambert Wilson, Jamel Debbouze et Fatsah Bouyahmed (d.g.à d.)
Trois hommes et une vache: Lambert Wilson, Jamel Debbouze et Fatsah Bouyahmed (d.g.à d.)
Photo: Pathé

Pour son deuxième long métrage, Hamidi retrouve ses complices Fatsah Bouyahmed et Jamel Debbouze. Lambert Wilson vient compléter ce casting. Il prend visiblement plaisir à porter un film qui regorge d'optimisme.

Regard décalé sur la Grande Nation

Alors que dans son premier opus, «Né quelque part», le réalisateur avait exploré la route inverse – de la France à l'Algérie natale, mais étrangère – il porte ici un regard extérieur et donc forcément décalé sur la Grande Nation.

Mais point de méchanceté, ni de cynisme – cette critique sociétale fleure bon l'eau de rose qui métamorphose même les banlieusards en gaillards sympathiques. «La vache» fait rire tout en présentant un miroir qui nous fait réfléchir, avant de nous renvoyer notre image. Une comédie légère, sans prétention mais réalisée et jouée avec une telle candeur et joie de vivre qu'elle passe comme une lettre à la poste. Au suivant s'il vous plaît!