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La randonnée nue, pour «faire corps» avec la nature
Culture 3 min. 29.07.2012 Cet article est archivé

La randonnée nue, pour «faire corps» avec la nature

La randonnée nue, pour «faire corps» avec la nature

Culture 3 min. 29.07.2012 Cet article est archivé

La randonnée nue, pour «faire corps» avec la nature

Lassés d'être cantonnés dans des  camps, des naturistes plus téméraires que les autres prennent d'assaut sentiers  de randonnée et chemins de montagne à l'occasion de «randonues» familiales,  qu'ils vivent comme autant d'occasions de «faire corps» avec la nature.

Ce jour-là à Lussan, dans le Gard, une trentaine de marcheurs attendent  patiemment le signal du départ sur un parking.

Hommes et femmes de diverses  corpulences, âgés de 35 à 60 ans, ils sont dans le plus simple appareil, à  l'exception de l'équipement de base du randonneur: grosses chaussures de marche,  parfois sandales avec chaussettes, sacs à dos et bâton de marche pour certains. 

Comme chaque été depuis 2007, le groupe de vacanciers descend dans le lit à  sec de L'Aiguillon, parcourant le décor lunaire de ces profondes gorges.  

«C'est un bien-être, on est vraiment en contact avec la nature, on n'a plus  le poids des habits, on est libre», s'enthousiasme Louise.   Thomas, de Paris, trouve «vachement agréables «»les courants d'air partout  sur le corps», par cette matinée où les températures dépassent allègrement les  30³C.  

Quelques-uns se jettent dans l'eau saumâtre retenue dans une cavité en  calcaire du lit de la rivière. Puis, arrivés sous une falaise arrondie, tous  s'alignent le long de la paroi pendant que le meneur du groupe, Gilles, filme  cette «rangée de culs nus» qui imitent le vol de l'oiseau.  

Architecte parisien et promoteur immobilier, il organise ces randonnées  naturistes et met en ligne les vidéos sur son site vivrenu.com.  

«Quand on est nu, on est plus près de la nature», dit ce militant du  naturisme qui va jusqu'à pratiquer la randonnée nue en raquettes par -5³C, dans  les Alpes.   «Il faut un peu de soleil, pas trop de vent, un peu d'effort physique et  c'est bon», assure-t-il.  

Comme les quelque 200 adhérents de l'Apnel (Association pour la Promotion du  Naturisme En Liberté), c'est un ardent défenseur de la dépénalisation de la  simple nudité.   Se balader nu dans un lieu public est en effet théoriquement puni d'un an  d'emprisonnement et de 15.000 euros d'amende, au titre de l'»exhibition  sexuelle».

Mais depuis cinq ans qu'elle existe, l'Apnel n'a jamais connu de  poursuites judiciaires pour ces randonues familiales.   «On a accumulé un capital pour faire face au risque juridique, mais le  risque juridique, on ne l'a toujours pas vu», explique Jacques Frémont, qui  s'occupe de la communication de l'association.  

Du coup, les randonues pullulent en forêt de Fontainebleau, en Bretagne, ou  dans les Calanques de Marseille, organisées par des clubs ou via un groupe  Yahoo!.  

«La sensation est extraordinaire: vous faites corps avec la nature et les  animaux que vous rencontrez», décrit Sylvie Fasol, présidente de l'Apnel. «Le  vent, le soleil, tous les récepteurs du corps sont en alerte et captent ce qui  vous approche. Quand il pleut, vous avez l'impression d'être caressée».  

Pour ne pas choquer les «textiles» (les non naturistes), les randonneurs nus  prennent malgré tout quelques précautions, en se munissant d'un vêtement «au cas  où» ou en posant, comme Gilles, une pancarte au départ de l'itinéraire,  prévenant qu'»A partir de cet endroit, vous pouvez rencontrer des naturistes».   Et les quelques marcheurs «textiles» croisés sur le chemin s'avèrent plus  étonnés et amusés que choqués.

«Tous les goûts sont dans la nature. Si ça leur  fait plaisir, tant mieux», soupire Alain, un randonneur avignonnais, avec un  geste désabusé de la main.  

Et Gilles, la caméra au poing, enregistre avec soin chacune de ces réactions  avec l'espoir qu'»un jour, un élu tombe dessus et se dise: tout le monde s'en  fiche, alors laissons faire!