Changer d'édition

La pyramide «montre les entrailles» du Louvre
Francois Mitterrand, président français, inaugure la pyramide du Louvre le 18 novembre 1993.

La pyramide «montre les entrailles» du Louvre

Photo: AFP
Francois Mitterrand, président français, inaugure la pyramide du Louvre le 18 novembre 1993.
Culture 17 2 min. 29.03.2019

La pyramide «montre les entrailles» du Louvre

Qu'est-ce qui explique le vrai succès du Grand Louvre parisien et de sa pyramide en verre, construite il y a 30 ans et imaginée par Ieoh Ming Pei, le créateur du Mudam au Kirchberg ? Réponses de son président-directeur Jean-Luc Martinez.

(AFP) – La croissance d'année en année du nombre de visiteurs est exponentielle ? Quelles mesures pour y faire face ?

Jean-Luc Martinez - «Au début des années 80 entre 2,5 et 2,7 millions de visiteurs par an étaient accueillis au Louvre. La Pyramide, avec ses infrastructures d'accueil - toilettes, vestiaires, etc - n'avait été conçue que pour quatre millions. On en est à 10,2 millions, soit quelque 30.000 visiteurs par jour.

En 2024 (année des Jeux olympiques), on pourrait avoir des millions de nouveaux visiteurs. La clé du futur du Louvre, c'est donc la réservation. L'étape d'après, c'est d'ouvrir plus d'espaces et plus d'heures. Pour certaines périodes, on rendra obligatoire la réservation. On le fera pour l'exposition Léonard de Vinci à l'automne. Car on doit cesser de juger le succès d'un exposition au nombre d'heures d'attente dehors !

Ce qui m'importe, c'est de favoriser la rencontre avec les œuvres de Léonard. Que le visiteur ne soit pas plaqué contre les murs. Réserver est une contrainte pour un mieux. Un billet sur trois est acheté en ligne ou à l'avance: on garantit l'entrée dans la demi-heure. Cela lisse la fréquentation. Avec des nocturnes... Aussi une nocturne un samedi chaque mois. Car, de banlieue, comment venir au Louvre en milieu de semaine ?»

Dans cet immense musée, dès l'arrivée dans la Pyramide, le visiteur se sent perdu. Comment lui rendre la visite agréable et compréhensible ?

«Depuis deux ans, nous avons travaillé à une signalétique directionnelle visuelle, pour aider les gens à aller au coeur des collections, à s'orienter. Si on ne peut pousser les murs, on a entrepris d'aménager la Cour Hector Lefuel, actuellement en travaux, et le Jardin de l'Infante. On voudrait créer des moments et espaces de détente, notamment l'été».

Quels sont les ressorts du succès extraordinaire de la pyramide et du Louvre?

«Le signe de la pyramide, c'est sa transparence: on a voulu montrer les entrailles d'un musée. Avec cette forme associée au monde égyptien, s'est opérée la réconciliation entre l'ultra-contemporain et le plus ancien. La transparence change d'autrefois où le Louvre était une forteresse. C'est ce que la pyramide fait exploser. Les musées au XVIIIe siècle avaient été conçus pour les artistes qui avaient besoin d'accéder aux modèles anciens pour régénérer leur art. Puis au XIXe on a mis la collection au centre.

Au XXe, c'est le visiteur qui arrive au centre: on lui raconte une histoire et les objets n'entrant pas dans le récit sont mis en réserve. La Pyramide rend transparentes les coulisses du musée, en disant: l'acteur c'est vous. La révolution, c'est cet accueil au centre, les visiteurs méritant une oeuvre d'art comme entrée. La pyramide s'est ainsi imposée comme un des éléments du langage architectural du Louvre. Le pouvoir politique a joué un rôle particulier: ce projet a été en partie imaginé, instruit et imposé par un président de la République... Le public chinois ou brésilien vient voir aujourd'hui un palais de pouvoir avec une audace architecturale».


Sur le même sujet