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La propagande nazie décryptée à Neumünster
A travers de nombreux visuels, le visiteur comprend les rouages de la manipulation

La propagande nazie décryptée à Neumünster

Lex Kleren
A travers de nombreux visuels, le visiteur comprend les rouages de la manipulation
Culture 5 4 min. 08.02.2019

La propagande nazie décryptée à Neumünster

L'abbaye de Neumünster accueille une exposition qui décortique les mécanismes utilisés par les nazis pour manipuler les masses et questionne la société.

Par Matthias Thiriat

Quelques jours après la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste, l’abbaye de Neumünster accueille, jusqu’au 17 mars 2019, l’exposition State of Déception: The power of nazi propaganda organisée par la fondation Zentrum fir politesch Bildung (ZpB), qui a pour but de promouvoir une citoyenneté active et participative, notamment par le biais d’expositions historiques.

Au service du massacre

L’exposition se déroule sur deux salles avec une mise en place chronologique en trois parties: une première intitulée «Vendre» le nazisme dans une démocratie de 1918 à 1933, avant de basculer dans la propagande et les persécutions sous la dictature de 1933 à 1939 et enfin, en expliquant comment la propagande s’est mise au service de la guerre et du massacre de 1939 à 1945.

L'exposition est richement documentée
L'exposition est richement documentée
Matthias Thiriat

En commençant par l’après Première Guerre mondiale, elle permet au visiteur d’avoir un rappel du contexte de l’arrivée du NSDAP, le parti politique créé par Hitler, en Allemagne. Elle se termine par le procès de Nuremberg, où furent jugés de nombreux hauts responsables du IIIème Reich.

Ce qui ne l’empêche pas de garder également un œil sur l’actualité, le dernier panneau de l’exposition s’intitulant: «L’héritage de la propagande nazie et le XXIe siècle» et tend à rappeler que «l’extension de la Toile et les nouvelles technologies ont créé d’importants défis, suscitant un débat sur les moyens d’empêcher la diffusion d’une propagande dangereuse et d’incitations à la haine sans compromettre les libertés civiles».

Explications en trois langues

Tout au long des deux salles, la centaine de panneaux expliquent avec pédagogie les différents degrés de la propagande nazie, les moyens mis en place pour la réaliser et les différentes classes sociales allemandes touchées par ses messages.

Réalisée en langue anglaise, le visuel ainsi que les fascicules disponibles à l’entrée, traduisant les panneaux en langue française et allemande, permettent de parfaitement comprendre l’exposition.

C’est une exposition très complète. Il y a peu de texte, mais beaucoup de documents divers; les cartes, les photos d’archives, les affiches et les vidéos forment un corpus qui permet au plus grand nombre de comprendre le fonctionnement de la propagande nazie.

«Notre force ce sont les images»

La notion de pédagogie est importante pour le ZpB, comme le rappelle Marc Schoentgen, directeur de la fondation: «Nous étions à la recherche d’une exposition destinée aux jeunes, mais qui puisse également toucher les adultes». Et c’est là l'un des objectifs principaux de la fondation. «Il est important de ne pas donner trop d’explications textuelles aux visiteurs mais de miser sur une exposition très visuelle.»

Marc Schoentgen est un ancien professeur d'Histoire
Marc Schoentgen est un ancien professeur d'Histoire
Matthias Thiriat

«Notre force ce sont les images, qui sont accessibles pour des élèves qui ont aux alentours de 14-15 ans. Il faut évidemment venir avec une petite préparation en classe pour rappeler le contexte historique», poursuit Marc Schoentgen.

Les «fake news», la propagande d'aujourd'hui?

Cet ancien professeur d’Histoire voit également dans cette exposition un moyen d'évoquer l’actualité, et notamment l’apparition des «fake news» avec les élèves: «Est-ce que la propagande existe encore aujourd’hui? Comment fonctionne-t-elle? Tout d’abord par la négative en ne montrant qu’une seule partie de la vérité mais aussi beaucoup par l’image».

Marc Schoentgen a également pour projet de rendre cette exposition itinérante pour la montrer dans les écoles: «Il y a déjà une version itinérante qui est en français, que l’on aimerait pouvoir montrer à partir du 17 mars et faire circuler dans les écoles luxembourgeoises, mais également dans certaines de la Grande Région.»

Neimënster préférée à la Villa Paoli

Organisée en partenariat avec l’United States Holocaust Mémorial Museum de Washington, l’exposition a pour but de faire découvrir de manière pédagogique, ce qu’était la machine de propagande nazie, en revenant sur les débuts et la création du régime nazi, jusqu’au procès de Nuremberg.

Créée il y a une dizaine d'années, cette exposition a fait du chemin. Elle a notamment été montrée à Bruxelles et aux Pays-Bas avant d’atterrir ici, au Luxembourg, qui recevra d’ailleurs l’année prochaine, la présidence de l’IHRA (International Holocaust Remembrance Alliance), visant à promouvoir la recherche historique et l’éducation sur l’Holocauste.

Prévue au départ à la Villa Paoli, elle a finalement été installée à l’abbaye de Neumünster: «La villa Pauly était l’ancien siège de la Gestapo et cela aurait eu du sens de réaliser l’exposition dans ce lieu. Mais l’abbaye de Neumünster a également son histoire et étant une ancienne prison, où étaient enfermés notamment les juifs arrêtés lors de l’Occupation, le lien historique est également présent».