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La polémique sur l'exposition du MNHA s'enflamme
Culture 5 min. 29.04.2022
Guerre en Ukraine

La polémique sur l'exposition du MNHA s'enflamme

Pour l'artiste, «The Rape of Europe» est une déclaration contre l'impérialisme et le militarisme de la Russie.
Guerre en Ukraine

La polémique sur l'exposition du MNHA s'enflamme

Pour l'artiste, «The Rape of Europe» est une déclaration contre l'impérialisme et le militarisme de la Russie.
Photo: Maxim Kantor
Culture 5 min. 29.04.2022
Guerre en Ukraine

La polémique sur l'exposition du MNHA s'enflamme

L'asbl LUkraine s'insurge contre l'exposition «The Rape of Europe» au MNHA. Le musée dément les accusations.

(S.MN. avec Marc THILL) Le hasard a voulu que le Musée national d'art et d'histoire (MNHA) soit en contact avec l'artiste Maxim Kantor, né en Russie, bien avant le début de la guerre en Ukraine. Kantor est connu pour son attitude très critique envers le régime de Poutine et les récents développements en Russie. 


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L'artiste a spontanément accepté d'exposer plus de 60 de ses œuvres sous le titre «The Rape of Europe» («Le Viol de l'Europe» en français, NDLR), qui mettent à nu le caractère totalitaire et agressif du régime russe actuel. Mais la communauté ukrainienne au Luxembourg se montre aujourd'hui profondément déçue par cette exposition qui ouvre ses portes ce jeudi. Le musée dément ces accusations. «La position de l'artiste sur l'invasion russe en Ukraine est très problématique», écrit Nicolas Zharov, président de l'ASBL LUkraine, dans une lettre ouverte qu'il a publiée jeudi. 

Et ce, bien que le musée et l'artiste aient affirmé que l'exposition «The Rape of Europe» était une déclaration contre l'impérialisme et le militarisme russes. Dans sa publicité pour l'exposition sur les médias sociaux, Maxim Kantor assimile la souffrance des Ukrainiens à celle des familles russes dont les proches ont été tués lors de cette invasion. 

Maxim Kantor en 2018 lors de son exposition à la galerie Simoncini à Luxembourg.
Maxim Kantor en 2018 lors de son exposition à la galerie Simoncini à Luxembourg.
Photo: Marc Thill

«Je ne fais pas de distinction entre les victimes de la guerre : à mes yeux, elles méritent toutes la compassion». Cette comparaison est «hautement insultante pour la communauté ukrainienne et les victimes de cette guerre», a déclaré Nicolas Zharov. 

Nous ne pouvons pas approuver le fait que M. Kantor mette sur un pied d'égalité les victimes et les bourreaux, nous trouvons sa déclaration selon laquelle les deux devraient bénéficier du même niveau de compassion totalement odieuse

Nicolas Zharov, LUkraine asbl 

Seulement des ordres suivis ? 

Maxim Kantor affirme que les soldats russes tués ont été trompés par la propagande. A cela, les Ukrainiens répondent : «Il est tout simplement impossible que les auteurs des massacres de Boutcha, Irpin et Hostomel, qui ont littéralement exécuté plus de 400 civils innocents, aient été d'une manière ou d'une autre «trompés» pour commettre un génocide». 

«Et il serait tout aussi impossible d'affirmer que les nombreux viols enregistrés (y compris sur des mineurs) ont été ordonnés par l'État russe et que les auteurs n'ont fait «qu'obéir aux ordres». Il serait tout aussi ridicule d'affirmer que les cas de pillage et de vol enregistrés sur vidéo - dans de nombreux cas, les auteurs ont envoyé le butin en Russie - étaient motivés par autre chose que la basse cupidité humaine», a-t-il poursuivi. 

«Nous ne pouvons pas approuver le fait que M. Kantor mette sur un pied d'égalité les victimes et les coupables, nous trouvons sa déclaration selon laquelle le même niveau de compassion devrait être accordé aux deux, totalement abominable», écrit Nicolas Zharov. 

L'ASBL LUkraine affirme que Maxim Kantor souhaite répartir les recettes de cette exposition de manière égale entre les familles ukrainiennes et russes. «Si les revenus de M. Kantor issus de l'exposition devaient en outre être imposés en Russie, ils soutiendraient le régime contre lequel il prétend protester et financeraient en outre directement l'offensive en Europe». 

Pas de soutien financier selon le MNHA 

Entre-temps, le musée souligne dans sa prise de position que Maxim Kantor ne reçoit aucun soutien financier pour ce projet, ni du MNHA ni de tiers. L'artiste aurait payé lui-même une partie des frais de transport des œuvres exposées. En signe de solidarité avec le peuple ukrainien, le musée ne demandera pas d'entrée pour l'exposition. Les visiteurs sont invités à faire un don à la Croix-Rouge. Les fonds ainsi générés seront exclusivement destinés au programme d'aide de la Croix-Rouge luxembourgeoise pour les réfugiés ukrainiens au Luxembourg et seront gérés directement par la Croix-Rouge. 

"Minotaur", une oeuvre de l'artiste
"Minotaur", une oeuvre de l'artiste
Photo: Maxim Kantor

Le musée rappelle également que Maxim Kantor est un artiste qui, tant comme peintre que comme écrivain, a longtemps été considéré comme l'un des critiques les plus en vue de l'impérialisme russe et de l'évolution de la société russe vers un néo-féodalisme oligarchique. «Il est totalement infondé d'accuser Maxim Kantor d'une quelconque affinité avec le régime de Poutine ou de soutenir la guerre d'agression russe contre l'Ukraine sur la base d'une déclaration mal interprétée sur Facebook», a déclaré Michel Polfer, directeur du MNHA. 


Kantor réclame un procès contre Poutine 

«Dans sa déclaration personnelle dans le catalogue de l'exposition, actuellement en cours d'impression, il demande même un procès international contre Poutine et tous les responsables à différents niveaux de l'attaque russe contre l'Ukraine et des nombreux crimes de guerre». 


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En même temps, il est clair, selon Michel Polfer, que la responsabilité de ses opinions et déclarations personnelles incombe exclusivement à l'artiste, tandis que le musée assume l'entière responsabilité du contenu et des objectifs de l'exposition.  Rappelons que «The Rape of Europe» se tiendra jusqu'au 16 octobre 2022 au Musée national d'histoire et d'art.

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