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«La mère parfaite n'existe pas»
Culture 4 min. 22.01.2023
Exposition

«La mère parfaite n'existe pas»

La réalité est souvent bien différente des représentations du quotidien sur les réseaux sociaux, rappelle Nora Koenig.
Exposition

«La mère parfaite n'existe pas»

La réalité est souvent bien différente des représentations du quotidien sur les réseaux sociaux, rappelle Nora Koenig.
Photo: Guy Jallay
Culture 4 min. 22.01.2023
Exposition

«La mère parfaite n'existe pas»

Anne-Sophie DE NANTEUIL
Anne-Sophie DE NANTEUIL
Dans une exposition à découvrir jusqu'au 26 février à l'abbaye de Neimënster, Nora Koenig et Anne Simon s'interrogent sur le mythe selon lequel les femmes pourraient «tout avoir».

Conjuguer carrière et famille. Nora Koenig et Anne Simon s'en étaient convaincues, l'un n'est pas incompatible avec l'autre. Mais force est de constater que la réalité n'est pas aussi simple que sur les réseaux sociaux. 

A travers une installation ludique, les deux artistes luxembourgeoises questionnent ces représentations digitales - souvent trop lisses - de la maternité. Les visiteurs découvrent ainsi une série d'autoportraits déformés allant d'illusions... en désillusions. Une réflexion sur laquelle Nora Koenig revient pour Virgule.lu, sans filtre.

Dans cette exposition, vous mettez en avant le «tout avoir» féminin. En tant que femme, quel est ce «tout» auquel vous aspirez ? 

En travaillant sur ce projet, Anne et moi nous sommes surtout posé la question du pourquoi : pourquoi faut-il tout avoir ? Pourquoi veut-on tout avoir ? 

Je crois qu'aujourd'hui, on ne veut plus être uniquement une maman ou une femme qui travaille. On veut être les deux, mais on ne peut pas être à 100% dans chacun de ces rôles. 

Comment expliquez-vous cela ? 

Le manque de temps, notamment. On nous fait croire qu'il est possible d'être sur tous les fronts, alors qu'il est évident que ça ne l'est pas. Pour trouver un équilibre, il faut faire des choix. 

Le temps reste le principal obstacle des femmes.
Le temps reste le principal obstacle des femmes.
Photo: Guy Jallay

Sur les réseaux sociaux, certaines femmes semblent pourtant y arriver...

Sur Instagram, on voit beaucoup de mères parfaites, mais la réalité est parfois bien différente. Une influenceuse va par exemple montrer un gâteau parfaitement réussi. Ce qu'elle ne dit pas, c'est qu'il s'agit en fait de son septième essai. Avant, elle en a fait six qu'elle a complètement ratés. Ce que l'on voit ne reflète pas la réalité. 

Il ne s'agit donc que de mises en scène trompeuses ?

Sur les réseaux sociaux, il y a presque toujours des filtres. Finalement, on se montre, mais on essaie aussi de se cacher. Parce que la vie, ça n'est pas comme au théâtre ou sur internet. Le quotidien n'a rien d'excitant, il est ennuyeux. Mais ça n'est pas ça qu'on veut montrer. Ça n'est pas ça non plus qu'on veut voir - et croire. 

La mère parfaite n'existe donc pas ? 

Non ! Je n'y crois pas. Il n'y a pas de mère parfaite. Malgré les apparences qu'elles veulent donner, les femmes n'y arrivent pas. Elles n'en peuvent plus, elles sont crevées même si les réseaux sociaux veulent faire croire l'inverse. 

Finalement, qui essaie-t-on de convaincre ? 

C'est bien là la question. Soi ? Les autres ? Sur Instagram, certaines femmes postent des photos d'elles enceintes. Elles montrent leur grossesse comme neuf mois d'une vie rêvée alors que toute mère de famille passée par là sait que ça n'est pas tout rose !

Quels sont les risques de ces représentations biaisées ? 

Le risque est de se perdre. On crée des personnages qui ne sont pas vraiment soi. Tout le monde est un peu dans la représentation et c'est problématique. Les jeunes générations grandissent dans cette société du paraître, de filtres. Il faut se demander où cela va nous mener. Sans parler du fait que toutes ces images peuvent aussi générer beaucoup de stress... 

Au fur et à mesure de son avancée, le visiteur découvre l'envers du décor.
Au fur et à mesure de son avancée, le visiteur découvre l'envers du décor.
Photo: Guy Jallay

Selon vous, Instagram pourrait-il ainsi constituer une charge mentale supplémentaire pour les femmes ? 

Oui ! Complètement. Une femme ne peut pas cuisiner trois heures, passer son temps sur les réseaux sociaux, travailler et profiter de ses enfants. Mais en même temps, quand je vois ça, j'ai envie d'y croire et ça peut mettre la pression. 

De plus en plus d'instagrameuses veulent casser ces représentations trop lisses de la vie quotidienne et montrent l'envers du décor. Qu'en pensez-vous ?

Là encore, ça reste une mise en scène. Ça résulte de choix. La photo, aussi banale soit-elle, est en réalité prise de telle ou telle manière. C'est ce qu'on veut montrer.

A vos yeux, sur les réseaux sociaux, sommes-nous donc plutôt des marionnettes ou des marionnettistes ?

Nous faisons de nous-mêmes des marionnettes. On a toute la liberté de dire non, mais on ne le fait pas. Alors pourquoi ? On n'a pas vraiment la réponse...     

Vous venez toutes les deux du théâtre. Est-ce qu'une suite de cette réflexion pourrait être envisagée sur scène ? 

Ça se pourrait !

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