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La chronique de Stéphane Bern: Versailles en majesté
Culture 3 min. 15.09.2018

La chronique de Stéphane Bern: Versailles en majesté

La fameuse Galerie des glaces du château de Versailles.

La chronique de Stéphane Bern: Versailles en majesté

La fameuse Galerie des glaces du château de Versailles.
Photo: Shutterstock
Culture 3 min. 15.09.2018

La chronique de Stéphane Bern: Versailles en majesté

A l'occasion des Journées européennes du patrimoine ce weekend, Stéphane Bern revient dans sa chronique sur les célèbres visiteurs qui ont été reçus au château de Versailles, un des symboles éclatants de l'Histoire de France.

Château des rois et rois des palais, le château de Versailles est une nouvelle fois à l’honneur en ces journées européennes du patrimoine.  

Stéphane Bern lors de la présentation de son livre «Mon Luxembourg».
Stéphane Bern lors de la présentation de son livre «Mon Luxembourg».
Photo: Pierre Matgé

Renouant avec une longue tradition républicaine, le président Emmanuel Macron a accueilli dans les salons d’apparat de Louis XIV le prince héritier Naruhito du Japon, 58 ans, qui montera le 30 avril 2019 sur le trône du Chrysanthème et deviendra le 126ème Tennō. Quand le descendant de la déesse du Soleil Amaterasu chez le roi Soleil, la météo se met au diapason du climat diplomatique pour célébrer 160 ans sans nuages de relations franco-japonaises. Devant une haie d'honneur de gardes républicains, le président a d’abord souhaité la bienvenue au prince héritier dans la Cour de marbre, puis les deux hommes ont échangé en tête-à-tête dans l'un des salons du grand appartement avant d’assister à l'Opéra royal à un spectacle de théâtre Nô. 

Au terme de cette œuvre mélangeant tradition et images en 3D, un dîner officiel était proposé dans le vestibule haut de la chapelle royale en présence d’une centaine de personnalités françaises et japonaises des secteurs culturel, institutionnel et économique. Outre l'épouse du président, Brigitte Macron, l'assistance comptait plusieurs membres du gouvernement ainsi que le chanteur Charles Aznavour et la directrice de l'Unesco Audrey Azoulay. 

Emmanuel Macron a assurément perçu tout le bénéfice qu’un président, sorte de monarque républicain, pour tirer à recevoir les hôtes de marque au château de Versailles. Aux yeux de nombreux Japonais, Versailles «représente le rayonnement de la France», souligne-t-on à l'Élysée. Ils portent un intérêt tout particulier au personnage de la reine Marie-Antoinette, popularisée notamment par le célèbre manga «La Rose de Versailles», publié au Japon en 1972, et l’objet depuis longtemps d’un véritable culte que des expositions viennent entretenir. 

Emmanuel Macron avait déjà fait l’expérience avec Vladimir Poutine, subjugué par le décor et marchant sur les traces de son prédécesseur Pierre le Grand. Depuis le Général de Gaulle, tous les présidents ont su habilement cultiver le double héritage monarchique et républicain de la France, surtout lorsque des souverains ou des «monarques» élus sont en visite. De fait, dès l’origine, le château de Versailles a été imaginé par Louis XIV comme un lieu de représentation et de mise en scène du pouvoir, une architecture de la puissance royale dans un écrin de verdure ordonné par le souverain dominant la nature. 

Le château de Versailles a été conçu comme un lieu symbolique véhiculant l’image du roi et le prestige de la France, mieux, il est une sorte de vitrine des savoir-faire français du Grand Siècle où les plus grands génies du temps ont conjugué leurs talents pour faire rayonner la France dans le monde. Tous les hôtes de marque y sont sensibles, d’autant que cela place le président français, en quelque sorte, sur un pied d’égalité. 

De Gaulle y reçut Nikita Khrouhtchev en 1960, le président américain John F Kennedy en 1961; Georges Pompidou y reçut Elizabeth II en 1972 et Valéry Giscard d’Estaing le roi de Suède en 1980. Même François Mitterrand le mit à l’honneur en 1982, y organisant le sommet du G7 en 1982, en présence notamment de Ronald Reagan, d'Helmut Schmidt et de Margaret Thatcher. C’est sur l’insistance du président chinois qu’en 2014, François Hollande y convia Xi Jinping à Versailles pour un dîner à Trianon. 

Assurément, n’en déplaise à ceux qui jugent le symbole de Versailles «trop royal», le château du roi Soleil marque une forme de nostalgie quasi-monarchique; celle de la grandeur perdue de la France? En les accueillant dans la demeure de Louis XIV, c'est un peu de ce prestige intemporel que les chefs d'État français espèrent offrir à leurs hôtes. Dès lundi soir, ce sera au tour du château de Fontainebleau d’accueillir le prince Al Thani du Qatar qui exposera sa collection «Rois du monde» dans «la vraie demeure des rois, la maison des siècles» comme le disait Napoléon. L’occasion, partout en Europe, de songer à visiter ce week-end les trésors de notre patrimoine commun!