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La chronique de Stéphane Bern: Un mythe gros comme le Ritz
Culture 3 min. 14.04.2018

La chronique de Stéphane Bern: Un mythe gros comme le Ritz

La chronique de Stéphane Bern: Un mythe gros comme le Ritz

Culture 3 min. 14.04.2018

La chronique de Stéphane Bern: Un mythe gros comme le Ritz

Chaque samedi, Stéphane Bern nous livre sa vision de l'actualité dans sa chronique intitulée "L'air du temps". Il revient cette semaine sur la vente aux enchères de milliers d'objets du prestigieux hôtel parisien, le Ritz.

Qui n’a jamais rêvé de s’offrir la vie de palace ? A défaut de poser ses valises dans les plus fastueux hôtels parisiens comme le Meurice, le Lutétia, le Bristol, le Plaza-Athénée, le George V, ou le Crillon, dès la semaine prochaine chacun pourra s’offrir une part de rêve et un morceau d’Histoire.


La chronique de Stéphane Bern
Chaque week-end, le célèbre animateur Stéphane Bern nous livre son point de vue sur l'actualité, dans une chronique intitulée "L'air du temps". Retrouvez ici l'ensemble de ses contributions.

Après quatre ans d’une rénovation complète et d’un lifting réussi, le prestigieux Hôtel Ritz Paris, sur la légendaire place Vendôme, poursuit sa mue en dispersant sous le feu des enchères quelque dix mille objets et meubles qui appartiennent désormais au passé. 

La maison de ventes Artcurial a confié la mise en scène de son exposition à Vincent Darré qui a recréé l’esprit «palace» pour magnifier une dernière fois les porte-torchères (estimés 8 à 10 mille euros) qui plaisaient tant au duc et à la duchesse de Windsor, les lits en cuivre (à partir de 400€) immortalisés par une scène du film «Ariane» de Billy Wilder avec Gary Cooper et Audrey Hepburn, la première baignoire chère à Marcel Proust (environ 1.500€), le mini-bar Ritzy (500€) en hommage à Ernest Hemingway qui hanta les lieux et y griffonna ses notes publiées ensuite sous le titre «Paris est une fête», sans compter les tabourets, chaises, fauteuils, tables, plafonniers, tapisseries, appliques, vaisselle, argenterie ou embrases de rideau (à 100€)… 

Le Ritz était conçu comme une grande demeure française, comme un château, avec un savant mélange de style Louis XV ou Louis XVI et de style Empire ou Napoléon III. Depuis «un diamant gros comme le Ritz», la nouvelle de Scott Fitzgerald, l’hôtel est entré dans la légende, celle créée par son fondateur César Ritz en 1897 avec l’aide du célèbre chef de cuisine Auguste Escoffier. 

Stéphane Bern, chroniqueur pour le Luxemburger Wort, chaque week-end
Stéphane Bern, chroniqueur pour le Luxemburger Wort, chaque week-end
LW

L’hôtel de la Place Vendôme, propriété de Mohammed Al Fayed et où la princesse Diana passa, hélas, sa dernière nuit, est synonyme de luxe à la française, de style et de raffinement. C’est une part de cette légende que veulent s’adjuger les acheteurs, tant il est vrai que le Ritz Paris a toujours été le rendez-vous des célébrités : Coco Chanel y vécut jusqu’à sa mort, Jean Cocteau et Cole Porter y séjournèrent tout comme Charlie Chaplin ou Colette, Marcel Proust y rédigea quelques pages de sa Recherche et Ernest Hemingway prétendra l’avoir personnellement libéré le 25 août 1944 de la réquisition nazie en faisant irruption fusil-mitrailleur au poing… 

Vendre les meubles du Ritz, n’est-ce pas oser toucher à la légende? Celle des films «Un Américain à Paris» ou «Funny Face» (Drôle de frimousse, titre français) ? La question mérite d’être posée car d’autres établissements réputés ayant fait peau neuve pour épouser la modernité y ont perdu leur âme. Ce n’est pas en cédant sous le marteau les trésors du passé que l’on attire forcément une nouvelle clientèle car c’est justement cette déclinaison d’un art de vivre traditionnel à la française qu’elle venait chercher au Crillon, à la Tour d’Argent ou au George V… 

Certes, la provenance prestigieuse décuple la valeur des objets, au point, ridicule, que certains fauteuils de style se vendent plus cher que des originaux du XVIIIème siècle. Mais ces ventes touchent aussi un public nouveau, occasionnel, qui ne se fatigue jamais de voir défiler plusieurs centaines de fauteuils, chaises, poufs ou canapés identiques, avec le secret espoir de décrocher par miracle un meuble qui non seulement a une histoire, mais présente aussi tous les attributs d’un objet confortable parfaitement entretenu, prêt à trouver sa place chez soi. 

Tandis que l’hôtel poursuit son aventure, parfaitement remis au goût du jour sans rien perdre de son grand style, des milliers d’amateurs dans le monde entier perpétueront le mythe du palace en chuchotant, « c’est un objet du Ritz » devant une pieuse relique chèrement acquise. On appelle cela la magie des lieux, ou des noms…

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