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La chronique de Stéphane Bern: Requiem pour un prince consort
Culture 3 min. 17.02.2018

La chronique de Stéphane Bern: Requiem pour un prince consort

Le Prince Henrik de Danemark

La chronique de Stéphane Bern: Requiem pour un prince consort

Le Prince Henrik de Danemark
Photo: AFP
Culture 3 min. 17.02.2018

La chronique de Stéphane Bern: Requiem pour un prince consort

Chaque week-end, Stéphane Bern nous livre sa vision de l'actualité dans sa chronique intitulée "L'air du temps". Il revient cette fois sur la mort du prince Henrik de Danemark, qui a vécu toute sa vie dans l'ombre de sa femme, la reine Margrethe II.

Par Stéphane Bern

Décédé cette semaine à l’âge de 83 ans, le prince consort Henrik de Danemark souffrait certes d’une dégradation des fonctions cognitives qui, selon le diagnostic, pouvait «être accompagnée par un changement dans le comportement, les réactions, les capacités de jugement, la vie émotionnelle et ainsi affecter tous contacts avec le monde extérieur».

Pour autant, celui qui s’était mis dès janvier 2016 en congé de la vie officielle, avait inquiété le public danois lorsqu’il avait déclaré récemment qu'il refusait d'être inhumé avec sa femme, la reine Margrethe II, dans la nécropole royale de la cathédrale de Roskilde, comme le sont traditionnellement les couples royaux, n'ayant pas obtenu le titre et la fonction qu'il convoitait. 

N'étant pas l'égal de sa femme dans la vie, il ne souhaitait pas l’être dans la mort ! 

Dans un pays comme le Danemark qui a fait de l’égalité des sexes une règle sacro-sainte, on a pourtant considéré les revendications du prince consort comme un reliquat de machisme sud-européen. 

Stéphane Bern, chroniqueur pour le Luxemburger Wort
Stéphane Bern, chroniqueur pour le Luxemburger Wort
LW

Peut-être les linguistes auraient-ils dû rappeler que le titre de consort ne signifie pas sortir avec mais partager le même sort, un sort plus ou moins infortuné. Condamnés à marcher trois pas derrière leur épouse, considérés comme la dernière roue du carrosse, ils se sentent souvent humiliés dans leur virilité et peinent à trouver leur place comme «époux de».

Les princes consorts du Gotha se sont toujours sentis brimés et certains, dans l’Histoire récente, ont sombré dans la dépression. Au Danemark, le prince consort Henrik s’est rebiffé, et, supplanté par son fils aîné Frederik, il ne supportait plus de faire figure de potiche. 

Il est vrai qu’à plus de 80 ans, cet aristocrate français né Henri de Laborde de Monpezat estimait qu’on ne le traitait pas à sa juste valeur, lui qui par amour de la reine Margrethe II avait renoncé en 1967 à son nom, sa langue, sa religion et son poste de diplomate à Londres.

Cinquante ans de frustration d’un homme cultivé, un artiste dans l’âme, qui avait dû s’effacer pour ne pas faire d’ombre à son épouse. «Chaque fois que j’ouvre la bouche, les gens se demandent si j’ai l’autorisation de ma femme pour parler » avait-il confié il y a quelques années, témoignant ainsi de la difficile position des princes consorts. 

Dans son livre «Destin oblige», le prince Henrik décrivait cette position : «le rôle de prince consort est l’un des plus difficiles à tenir car on est en permanence sur la corde raide et chacun essaye de nous faire tomber».

Faisant la grève du trône, le prince Henrik se rêvait roi consort, à l’égal de l’infant François d’Assise de Bourbon pour la reine Isabelle II d’Espagne ou de Ferdinand de Saxe-Cobourg pour Maria II de Portugal. 

Sous l’influence des Britanniques - le premier ministre de la reine Victoria craignait qu’on reproche à la souveraine Hanovre de donner trop d’importance à son époux également allemand car Saxe-Cobourg – le mari de la reine devint prince consort alors que l’épouse du roi est naturellement reine consort. 

«Je suis victime de discrimination. En permanence on me réserve un traitement inférieur à mon épouse. Enfin pourquoi le Danemark devrait-il copier l’Angleterre? L’égalité dans le couple, qui est le fondement du mariage doit être respectée. Après tout le Danemark est en pointe sur le sujet de l’égalité des sexes, pourquoi serais-je le seul à être considéré comme inférieur à ma femme?».

Cette aspiration quoique légitime aura toujours été considérée comme puérile et ridicule. Elle était devenue aussi son obsession, quitte à troubler son jugement, lui dont la sensibilité artistique exacerbée se lit dans ses poèmes. 

Il laisse pourtant l’empreinte d’un consort érudit dont l’épouse pouvait dire, «sans lui je ne serais qu’une demi-reine».

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