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La chronique de Stéphane Bern: Monstres sacrés, sacrés monstres
Culture 4 min. 27.01.2018

La chronique de Stéphane Bern: Monstres sacrés, sacrés monstres

Alain Delon et Brigitte Bardot à Mexico en 1965

La chronique de Stéphane Bern: Monstres sacrés, sacrés monstres

Alain Delon et Brigitte Bardot à Mexico en 1965
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Culture 4 min. 27.01.2018

La chronique de Stéphane Bern: Monstres sacrés, sacrés monstres

Chaque week-end, Stéphane Bern nous livre sa vision de l'actualité dans sa chronique intitulée "L'air du temps". Il revient aujourd'hui sur les deux derniers monuments du cinéma français, Alain Delon et Brigitte Bardot.

Par Stéphane Bern

Au patrimoine du cinéma français, ils sont les deux derniers monuments, ceux auxquels le public pardonne facilement les écarts de langage ou les avis radicaux à l’emporte-pièce. 

De fait, entre Alain Delon et Brigitte Bardot, un lien s’est créé et solidifié au fil des ans, car ils ont incarné la même beauté, et portent aujourd’hui sur le monde un regard critique et amer, autant qu’ils envisagent de le quitter sans regrets. 

«Alain, c'est un animal sauvage et solitaire », vient de déclarer BB à l’occasion de la publication de son «livre testamentaire», Larmes de combat (Plon), «on se comprend au moindre mot. Il est en homme ce que je suis en femme. On est les deux derniers monuments historiques du XXe siècle encore vivants! Et c'est vrai que nous incarnons le cinéma qui a fait rêver des générations. Mais c'est fini. Il n'y a pas de nouveau Delon parmi les nouveaux acteurs français. Barbus, chauves, mal fringués… On se demande où sont passés les gènes de la beauté!»… 

Stéphane Bern, chroniqueur pour le Luxemburger Wort
Stéphane Bern, chroniqueur pour le Luxemburger Wort
LW

Sans doute l’héroïne mythique de «Et Dieu créa la femme» a-t-elle manqué sur les écrans l’apparition de Louis Garrel, Pierre Niney, Gaspard Ulliel, ou Raphaël Personnaz pour ne citer qu’eux. 

Retirée dans sa maison de Saint-Tropez, celle qui est passée du statut d’icône à celui de madone des animaux regarde avec horreur ce monde barbare et violent qui les maltraite. 

De fait, elle ne s’en cache pas ; elle juge tout à l’aune de son combat pour les animaux, ce qui est plus qu’honorable. Elle a fait sien le mot de Germaine de Staël : «plus je connais les hommes, plus j’aime mon chien». 

Brigitte Bardot, 83 ans, assume d’être devenue misanthrope. «J'ai choisi de m'installer définitivement à La Madrague (à Saint-Tropez) et d'y finir probablement mes jours», assure-t-elle. «Ma mort donnera sens à ma vie. Ma mort sacrera mon combat», insiste-t-elle, fidèle à ce qui est devenu sa dernière raison de vivre. 

«D'autant plus que je reposerai non loin de là», a-t-elle prévu. «Un endroit précis a été accepté par les autorités, loin des regards, mais près des tombes de mon petit cimetière animal. Je préfère reposer là plutôt que dans le cimetière de Saint-Tropez, où une foule de connards risquerait d'abîmer la tombe de mes parents et de mes grands-parents. Je veux qu'on leur foute la paix», confie-t-elle au Monde

Un détachement que partage Alain Delon, 82 ans, depuis la disparition de ses chers disparus – Romy Schneider, Jean-Claude Brialy, Mireille Darc. «Je n'ai absolument pas peur de la mort» explique-t-il dans une interview accordée à Valérie Trierweiler. 

«La mort est la seule chose au monde dont nous soyons sûrs. C'est une question de temps. Combien d'années me reste-t-il à vivre ? Je peux aller jusqu'à 90-92 ans. Ce n'est pas moi qui décide, c'est l'Autre, là-haut». 

Dans une ambiance quelque peu crépusculaire, il pose dans sa maison de Douchy, un domaine de 55 hectares situé dans le Loiret, où il vit reclus comme un vieux loup solitaire, et veut se faire inhumer près des 50 tombes de ses chiens, les seuls restés fidèles... 

Et la star d’avouer que sa plus grande crainte est de mourir avant son chien Loubo, un berger malinois qui vient égayer sa solitude depuis maintenant trois ans. «C'est mon chien de fin de vie, un berger belge que j'aime comme un enfant, confie-t-il. S'il devait mourir avant moi, ce que j'espère, je n'en prendrais pas d'autres. Des confidences qui n’ont pas laissé indifférent son fils aîné, Anthony Delon. 

«Je pense que la vie lui a repris ce qu’elle lui a donné. La vie lui a tout donné, la beauté, le succès. Mais quand la vie te donne tout, il faut que tu capitalises. Quand on te donne quelque chose, il faut le rendre. Aujourd’hui, il est seul, il est malheureux,… Mais bon, son malheur, il le creuse lui-même, il s’y est résigné». 

Comment être, après avoir été ? Brigitte Bardot comme Alain Delon ont sans doute médité le poème d’Alfred de Vigny, la mort du loup : «Comment on doit quitter la vie et tous ses maux, C'est vous qui le savez, sublimes animaux ! A voir ce que l'on fut sur terre et ce qu'on laisse, Seul le silence est grand ; tout le reste est faiblesse».

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