Changer d'édition

La chronique de Stéphane Bern: Monstre sacré et sacré monstre
Culture 3 min. 04.11.2017

La chronique de Stéphane Bern: Monstre sacré et sacré monstre

Gérard Depardieu

La chronique de Stéphane Bern: Monstre sacré et sacré monstre

Gérard Depardieu
AFP
Culture 3 min. 04.11.2017

La chronique de Stéphane Bern: Monstre sacré et sacré monstre

Chaque week-end, Stéphane Bern nous livre sa vision de l'actualité dans sa chronique intitulée "L'air du temps". Il nous parle cette fois de Gérard Depardieu.

Par Stéphane Bern

A croire qu’il fait tout ce qu’il peut pour alimenter la chronique et susciter l’intérêt des médias.

Géant du cinéma, Gérard Depardieu, à la faveur d’un nouveau livre, «Monstre», fait à nouveau la une, distillant ses petites phrases assassines dont lui seul a le secret.

Dans le même temps, on apprend qu’il a mis en vente sa maison de Néchin, la villa «White Cloud», acquise après son départ tonitruant de la France en 2012, lorsque l'acteur avait décidé de lever l'ancre avec l'arrivée des socialistes au gouvernement.

Stéphane Bern, chroniqueur pour le Luxemburger Wort
Stéphane Bern, chroniqueur pour le Luxemburger Wort
LW

Un psychodrame national, où on a vu le Premier ministre de l'époque, Jean-Marc Ayrault, qualifier cette décision de «minable»... Il s'agit d'une villa de maître du XIXe siècle, sur 450m2 avec jardin, proposée pour près de 1,2 million d'euros, et où il ne séjournait que rarement.

Cinq ans après son arrivée en fanfare, qui avait vu la petite bourgade l'accueillir comme un sauveur et lui décerner le titre de citoyen d'honneur, Depardieu a donc décidé de prendre le large une fois de plus. Dans ses multiples interviews, l'acteur se dit désormais nomade et citoyen du monde.

Toujours Français, mais doté d'un passeport russe, il court l'Europe selon ses tournages, ses affaires et son plaisir. «Je refuse de me laisser enfermer dans des frontières, expliquait-il. Je suis un homme libre! Je me sens partout chez moi en Europe». Et pour mieux vagabonder, notamment entre l'Italie et la Russie, il entend désormais se défaire de ses nombreux pied-à-terre.

En 2015, il disait déjà vouloir liquider tous ses biens en France, un pays dans lequel il ne se reconnaît plus. «Je ne veux plus être propriétaire. Juste aller ailleurs, louer, vivre, et mourir. Et travailler avec des gens que j'aime...».

D’ailleurs, Gérard Depardieu aimerait vendre son hôtel particulier parisien de la rue du Cherche-Midi, dans le 6e arrondissement de la capitale, 1.800 m2 proposés à 50 millions en 2012.

L’acteur nomade n’a pourtant rien perdu de son appétit de jouer et de tourner tant il multiplie les activités artistiques. On le retrouve au cinéma dans Carbone, l’excellent polar d’Olivier Marchal: il y reforme avec Benoît Magimel un tandem d’ennemis, comme dans la série Marseille, de Netflix - il vient d’ailleurs de terminer le tournage de la saison 2.

Il reprend aussi du 7 au 17 novembre son spectacle Depardieu chante Barbara au Cirque d’Hiver Bouglione, à Paris. «J’ai mis vingt ans pour réécouter ses chansons. Maintenant je suis avec elle», confie-t-il.

L’acteur gourmand poursuit aussi les tournages de la série d’Arte «À pleines dents» car, dit-il «j’ai envie de porter un regard candide sur les plats traditionnels religieux de tous pays».

Boulimique certes, monstre sacré aussi, Gérard Depardieu fait œuvre d’écrivain avec «Monstre» (Cherche-Midi). Un livre sombre qui dévoile ses colères et ses fêlures et dans lequel il affirme que «la mort ne me soucie pas… chaque jour, chaque heure, chaque instant, il faut vivre», «la mort, ce n'est pas un point d'interrogation, c'est un joli point d'exclamation sur le vécu. La mort est chose normale, sage (...) Il faut s'y préparer».

Et s’il jette un regard désespéré et désenchanté sur notre monde tel qu’il va, il rassure ceux qui l’aiment et qui ont compris que ses frasques et ses coups de gueule ne sont que l’expression de son hyper-sensibilité aux drames de l’existence: «j’aime toujours la vie et j’aime toujours la France», tout en avouant, plus sincère que provocateur, «je préfère être libre que Français».