Changer d'édition

La chronique de Stéphane Bern: Le sens du devoir
Culture 3 min. 06.10.2018

La chronique de Stéphane Bern: Le sens du devoir

La chronique de Stéphane Bern: Le sens du devoir

AFP
Culture 3 min. 06.10.2018

La chronique de Stéphane Bern: Le sens du devoir

Stéphane Bern s'interroge cette semaine sur le vrai rôle qu'occupe un monarque au Royaume-Uni. Un rôle que le prince Charles a brièvement rappelé lors d'une interview.

Loin de susciter la ferveur populaire du mariage des ducs de Sussex, Harry et Meghan, en mai dernier, les noces de la princesse Eugénie d’York avec Jack Brooksbank ce 12 octobre en la chapelle Saint-George de Windsor détourne au moins l’attention du Brexit qui concentre lui toutes les inquiétudes des milieux d’affaires et secoue la classe politique britannique.

A point nommé, dans cette furieuse vague de «peopolisation» de la monarchie des Windsor, le prince de Galles vient de rappeler que les princes ne servaient pas seulement à vendre du papier chez les marchands de journaux, ni à écouler le stock de mugs et autres objets de memorabilia de la boutique Royal Collection.

En effet, dans quelques semaines auront lieu les célébrations du soixante-dixième anniversaire du prince Charles d’Angleterre, héritier putatif d’Elizabeth II. Certes, le prince de Galles est à ce jour l’héritier du trône le plus âgé dans l'histoire britannique et, vu l’âge de la reine qui tient bon le gouvernail de la dynastie Windsor à plus de 92 ans, nul ne peut prédire quand il succédera finalement à sa mère.

À l'âge de 70 ans, c’est-à-dire celui où chacun peut légitimement rêver de partir à la retraite, et ayant patienté toute sa vie à exercer le métier pour lequel il s’est préparé, il existe outre-Manche une forte spéculation selon laquelle il pourrait abdiquer en faveur de son fils, le prince William, permettant ainsi à la monarchie de sauter une génération.


La chronique de Stéphane Bern
Chaque week-end, le célèbre animateur Stéphane Bern nous livre son point de vue sur l'actualité, dans une chronique intitulée "L'air du temps". Retrouvez ici l'ensemble de ses contributions.

Un prince héritier n’est pourtant pas un candidat à une élection qui peut choisir à sa guise de se présenter ou pas aux suffrages, ni de disposer d’un droit acquis par sa naissance… même si Charles a conscience que le jour où il montera sur le trône, il deviendra tout à la fois sourd, muet et aveugle à la fois, lui qui n’aime rien tant que distiller ses pensées profondes dans les médias et écrire aux ministres pour leur donner son avis éclairé.

Sa dernière petite phrase n’est pas passée inaperçue. S'exprimant dans la deuxième partie du documentaire d'ITV sur la reine, « Queen of the World », le prince Charles a rappelé une vérité essentielle sur le rôle d’un prince - du latin princeps, le premier – qui est de servir la collectivité et de donner l’exemple.

«Les gens ne comprennent pas toujours la notion de devoir. Je pense qu'il faut avoir été élevé avec ce souci depuis longtemps pour réaliser la charge que cela représente réellement… Se préoccuper des autres, se préoccuper de ce qui se passe dans ce pays et dans le Commonwealth, c'est le seul moyen pour être à l’écoute de toutes ces personnes qui ont besoin d'être encouragées et remerciées» a expliqué le prince de Galles, conscient de ses responsabilités comme futur chef du Commonwealth, adoubé en avril dernier par les 53 chefs d’Etat et de gouvernement réunis à Londres.

Aussitôt, les tabloïds y ont vu une attaque mesquine de l’héritier du trône contre toutes ces «pièces rapportées» que sont, par exemple ses belles-filles, alors qu’il ne faisait que l’éloge de la constance, de la permanence, de la durée dans l’effort. Ce qu’incarne le prince de Galles va bien au-delà des querelles politiques, des débats d’actualité, des états d’âme d’un moment, ou, pire, d’un sondage d’opinion.

Un jour la reine Béatrix des Pays-Bas l’avait fort bien résumé parlant de l’éclat d’une couronne et de la monarchie : «On en voit bien la splendeur extérieure, mais on n’en discerne rarement la charge et le renoncement constant qu’elle implique». On ferait bien souvent de s’en souvenir lorsqu’on réduit à tort le principe monarchique à des questions de vestiaire de mode ou de bilan comptable. Les princes sont les premiers serviteurs de tous. Et cela n’a pas de prix.

Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.