Changer d'édition

La chronique de Stéphane Bern: le drame des cadettes
Culture 4 min. 23.02.2019

La chronique de Stéphane Bern: le drame des cadettes

Lee Radziwill et sa sœur aînée, Jackie Kennedy, lors d'un voyage à Karachi au Pakistan en 1962.

La chronique de Stéphane Bern: le drame des cadettes

Lee Radziwill et sa sœur aînée, Jackie Kennedy, lors d'un voyage à Karachi au Pakistan en 1962.
AP
Culture 4 min. 23.02.2019

La chronique de Stéphane Bern: le drame des cadettes

Chaque samedi, l'animateur livre sa vision du monde dans sa chronique exclusive pour le Luxemburger Wort. Cette semaine, il nous parle de la rivalité entre les sœurs Bouvier dont seule l'aînée, Jackie Kennedy, est finalement restée dans l'Histoire.

Par Stéphane Bern

Nul besoin d’appartenir à l’une des grandes dynasties royales ou à une famille illustre pour connaître ce drame sourd et secret qui ronge parfois les fratries : la difficulté d’être né cadet et de vivre dans l’ombre d’un(e) aîné(e) qui attire toute la lumière.

Alors que vient de s’éteindre à New-York Lee Radziwill, 85 ans, sœur cadette de l’ancienne First Lady des Etats-Unis Jackie Kennedy, comment ne pas revenir sur cette rivalité féroce entre les deux sœurs Bouvier élevées dans l’idée que «l’argent et le pouvoir» sont le nerf de la guerre et qu’elles ne pouvaient exister socialement sans épouser des hommes riches et puissants.

Autres temps, autres mœurs et, par chance, les femmes peuvent aujourd’hui réussir par elles-mêmes sans conquérir le monde à l’horizontal ! La littérature s’est souvent emparée de cette rivalité fraternelle et notamment le roman « Sisters » de Stéphane Denis qui lui vaudra le Prix Interallié en 2001, racontant sous l’apparence de la fiction la compétition sans merci que la cadette livrait à sa sœur aînée, n’hésitant pas à séduire les hommes … qui finissaient par épouser sa sœur !


La chronique de Stéphane Bern
Chaque week-end, le célèbre animateur Stéphane Bern nous livre son point de vue sur l'actualité, dans une chronique intitulée "L'air du temps". Retrouvez ici l'ensemble de ses contributions.

«C’était une compétition à sens unique – plutôt Lee contre Jackie», précise J. Randy Tarraborrelli dans son livre Jackie, Janet & Lee paru en janvier 2018. Cette rivalité aura été entretenue depuis l'enfance. Les deux sœurs ont respectivement épousé un prince et un président. Rien d'étonnant à cela : leur mère Janet Auchinloss répétait inlassablement à ses deux filles que l’argent et le pouvoir constituent le secret du bonheur éternel.

Si les jeunes sœurs Bouvier, Lee et Jackie s’efforceront toute leur vie d'appliquer cette philosophie, leur parcours sera pavé des plus cruelles désillusions. Élevées dans une famille fortunée, les sœurs Bouvier sont dans le même temps fusionnelles même si Jackie, née le 28 juillet 1929, et Lee, née le 3 mars 1933, n’auraient pu être plus différentes.

Si les deux jeunes femmes s’entendent à merveille, elles se lancent très vite dans une compétition acharnée. Une rivalité initiée par leur mère. «Depuis leur plus jeune âge la mère des filles, Janet, leur apprenait à être des gagnantes, raconte J. Randy Tarraborrelli dans son ouvrage. Gagner signifiait entre autre épouser un homme avec de l’argent ».

L’écrivain américain Truman Capote surnommera Jackie et Lee les «geishas». En avril 1953, la fille cadette de la famille Bouvier épouse Michael Canfield, héritier d’une maison d’édition. Quelques mois plus tard, Jackie se marie avec un sénateur du Massachusetts qui deviendrait, sept ans plus tard, le 35e président des Etats-Unis, John Fitzgerald Kennedy.

Caroline Lee Bouvier divorce en 1959 pour se remarier quelques mois plus tard au prince polonais Stanislaw Albrecht Radziwill. Lee Radziwill tient sa revanche : elle est littéralement devenue la princesse de la famille. Elle n’en est pas pour autant satisfaite. Et ne peut que s’incliner face au succès de sa sœur, devenue première dame des États-Unis. Un dépit qui conduira Lee Radziwill à se mettre en quête de notoriété. Ambitieuse, la jeune femme espère désormais conquérir les planches et le grand écran.

Au cours des années 1960, elle s’essaie au théâtre et tourne dans des films comme Laura en 1968. Sans grand succès. Au final, Lee Radziwill ne connaîtra la célébrité que par l’entremise de cette sœur qui lui volera même son amant fortuné, le Grec Aristote Onassis.

« C’est fou ce que vous avez le style Jackie ! » disait-on lorsqu’on la croisait vêtue d’un pantalon fuseau et le brushing impeccable protégé par un foulard Hermès. Cela avait le don de l’agacer. Devenue icône du style et de la mode, voyageant entre les Etats-Unis et la France, l’Italie et la Grèce, elle promenait son ennui en sirotant un verre d’alcool.

Une vie entière à tenter d’effacer en vain ce titre qui lui collait à la peau : sœur de Jackie Kennedy Onassis, comme un double camouflet. Seule consolation, Lee Radziwill, qui conservera le nom du seul de ses trois maris qui fut prince polonais, aura inspiré Truman Capote pour son personnage de Holly Golightly, l’héroïne de Diamants sur canapé incarnée par Audrey Hepburn en 1961.

A Londres aussi, on attend la biographie de lord Linley qui veut réhabiliter sa mère, la princesse Margaret, sœur cadette de la reine que la série The Crown n’a pas épargnée. Tant il est vrai que les cadettes, condamnées à l’ombre de leurs aînées, sont éclairées par une lumière souvent plus crue, plus dure.

Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.


Sur le même sujet

La chronique de Stéphane Bern
Chaque week-end, le célèbre animateur Stéphane Bern nous livre son point de vue sur l'actualité, dans une chronique intitulée "L'air du temps". Retrouvez ici l'ensemble de ses contributions.