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La chronique de Stéphane Bern: Le départ d'un géant
Culture 3 min. 22.09.2018

La chronique de Stéphane Bern: Le départ d'un géant

La chronique de Stéphane Bern: Le départ d'un géant

AFP
Culture 3 min. 22.09.2018

La chronique de Stéphane Bern: Le départ d'un géant

Cette semaine, dans sa chronique hebdomadaire pour le Luxemburger Wort, l'animateur évoque la mort du comédien Jean Piat.

Avec lui, c’est la fin d’une époque, pire, la fin d’un monde. Il était plus qu’un immense comédien, un géant du théâtre, il était un monstre sacré.

Une voix chaude inimitable, un regard bleu perçant rieur, une langue française incomparable, assurément Jean Piat, qui s’est éteint à Paris à quelques jours de ses 94 ans, était le dernier des monuments de notre patrimoine théâtral.


La chronique de Stéphane Bern
Chaque week-end, le célèbre animateur Stéphane Bern nous livre son point de vue sur l'actualité, dans une chronique intitulée "L'air du temps". Retrouvez ici l'ensemble de ses contributions.

Après lui, il ne nous reste guère que Michel Bouquet et Jean-Louis Trintignant de cette génération dont on peut craindre qu’on ait cassé le moule.

Jean Piat est parti comme il a vécu, avec élégance et panache. Sachant qu’il ne pourrait remonter sur scène pour dire des textes d’Erik Orsenna sur la langue française, sa santé l’ayant davantage abandonné que son esprit, il n’attendait plus que le jour où il pourrait rejoindre au paradis des artistes Françoise Dorin qui fut sa compagne et qui avait marqué « le tournant » de sa vie - une pièce jouée neuf cents fois « sans jamais m’ennuyer ».

« Si je ne peux plus jouer, autant partir » disait-il. « J'ai été comblé, j'étais né pour être comédien », répétait volontiers Jean Piat qui avait raconté sa riche vie, début 2016, au théâtre des Bouffes parisiens dans Pièces d'identité, un spectacle mis en scène par Stéphane Hillel.

L'acteur célébrait alors ses 73 ans de carrière en évoquant les auteurs qu'il avait servis. Outre Françoise Dorin sa compagne, il évoquait Beaumarchais, La Fontaine ou Guitry, ancien «cancre» comme lui et à qui il vouait un véritable culte.

« Je ne sais pas quoi faire d'autre...», glissait-il en souriant. Quand on lui demandait son secret, invariablement il répondait « la joie. Le bonheur de l’existence ; je ne savais pas que c’était le métier que je devais faire mais je fais le métier que j’aime depuis 70 ans, c’est fantastique. J’ai commencé le 2 janvier 1944 et je ne me suis vraiment pas arrêté depuis. Je ne dis pas cela pour faire joli… ce qui est merveilleux c’est de se dire qu’à l’âge qui est le mien on est encore sur scène dans un rôle principal et qu’on intéresse encore des gens qui viennent vous voir. Dans toute ma carrière, j’avoue que je n’ai pas eu de creux, ni de trous… sinon quelques trous de mémoire ».

Né le 23 septembre 1924, à Lannoy, dans le Nord, il passera par le Conservatoire national d’art dramatique avant d’entrer en 1947 à la Comédie-Française. Il y resta vingt-cinq ans.

Un quart de siècle qui imposa cet homme charismatique dans un répertoire allant de Beaumarchais à Feydeau, en passant par Hugo et Rostand. Des rôles font beaucoup pour la notoriété de ce comédien nommé sociétaire en 1953.

Il est Figaro du Barbier de Séville, Don César de Bazan de Ruy Blas, Bois d'Enghien du Fil à la patte, et, bien sûr, Cyrano de Bergerac, incarnant pendant huit années consécutives, avec charme et panache, le héros de Rostand. L’autre rôle, à la télévision, qui marquera à jamais son empreinte dans le cœur des Français, c’est le tunique écarlate de Robert d’Artois dans la saga réalisée par Claude Barma d’après « les rois maudits » de Maurice Druon.

Il a tant fait pour populariser le théâtre et le rendre accessible au plus grand nombre tout en donnant des lettres de noblesse à son art. A ceux qui l’interrogeaient sur la recette de son succès, il répondait par une équation : « Des dons, du travail et de la chance ».

Il serait fastidieux d’énumérer toutes les pièces dans lesquelles il apportait son charme et son charisme, car il jouait chaque année, sans discontinuer. «C'est un métier qui vous récompense, la joie de jouer n'est comparable à rien d'autre, il ne faut jamais s'arrêter. Quand je ne joue pas, j'ai l'impression d'être privé de dessert ou de récréation», répétait Jean Piat, sans imaginer que le public serait si triste de devoir un jour se priver de son talent.  


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