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La Chronique de Stéphane Bern: Le ballon ne tourne plus rond
Culture 2 min. 12.06.2016

La Chronique de Stéphane Bern: Le ballon ne tourne plus rond

Stéphane Bern n'a pas l'air de vraiment apprécier Zlatan.

La Chronique de Stéphane Bern: Le ballon ne tourne plus rond

Stéphane Bern n'a pas l'air de vraiment apprécier Zlatan.
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Culture 2 min. 12.06.2016

La Chronique de Stéphane Bern: Le ballon ne tourne plus rond

Dans sa chronique hebdomadaire, Stéphane Bern revient sur ce mois d'Euro 2016 entamé et surtout sur le pouvoir que le football et les joueurs en particulier peuvent avoir en ces temps de crise.

Pendant un mois, soyez-en assurés, on nous rappellera que la terre est aussi ronde qu’un ballon de foot puisque nous allons vivre au rythme des matchs de l’Euro 2016.

Finies les grèves et les tensions sociales, adieu les réformes ou les projets de loi, sans parler des débats politiques qui s’inclineront devant le roi foot. Il y a tant d’argent en jeu que personne ne veut prendre le risque de gâcher la fête ! Mais comme le souligne justement le philosophe Robert Redeker, «cette footballisation de l’intelligence et de l’espace public renvoie à l’effondrement du niveau intellectuel des débats. Quand politiciens, intellectuels et médias en viennent à passer des heures à commenter les propos de footballeurs dénués de QI, c’est que l’on a basculé sans espoir de retour dans l’ère du vide». 

Redeker décrit d’ailleurs ces joueurs de foot, qui prouvent par la médiocrité de leur propos et leur vulgarité qu’ils ne sont ni demi-dieux ni héros, comme des habitants hautains d’une autre planète, déconnectés du peuple. 

Pour preuve l’interview qu’a accordée le futur-ex joueur suédois du PSG, Zlatan Ibrahimovic, interrogé par Le Monde, jamais avare de phrases chocs, et qui n’aime rien tant que provoquer et faire parler de lui. On retiendra de ce verbatim quelques perles comme «Je suis la Suède» ou «Ibra est venu et il a pris le pouvoir en France» : la star de l’équipe nationale suédoise, qualifiée pour l’Euro qui a débuté, a gratifié le quotidien français de quelques saillies dont il a le secret. 

Ainsi, interrogé sur les salaires faramineux qui sont versés dans le football, et bien entendu sur le sien en particulier, Zlatan commence par plaisanter, laissant entendre que les 20 millions d’euros qu’on lui prête d’avoir empochés en 2015 ne représentent que «les six premiers mois» de ses revenus de l’année écoulée. 

Relancé à propos de ces millions qui pourraient choquer en période de crise, il glisse ceci : «C’est quoi «beaucoup» ? Je ne sais pas ce que c’est «beaucoup». Pour moi, on achète des joueurs sur le marché qui ne devraient même pas s’y trouver. Mais c’est le marché qui décide des prix et non la passion ou les médias». 

L’avantage avec un si bon joueur à l’égo aussi surdimensionné que sa taille – n’avait-il pas proposé qu’on échange sa statue de cire au Musée Grévin avec la Tour Eiffel ? – c’est qu’il ne déçoit jamais en interview. 

Il enfonce le clou sur lequel il a accroché ses titres de gloire. «Savez-vous combien d’impôts je paye ? Quel genre de président est François Hollande ? J’aide ce pays plus qu’il ne l’aide. Je paie beaucoup de taxes donc j’aide beaucoup ce pays». 

Beau joueur, Zlatan, propose néanmoins son aide au président Hollande après ce coup de griffe gratuit. Quoique… «Je peux le rendre populaire si je veux. Mais je ne sais pas si j’en ai envie», s’amuse-t-il. 

On l’a bien compris, les footballeurs détiennent la clé de la popularité. Et donc du pouvoir ? Assurément ils sont les nouveaux faiseurs de rois.

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