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La chronique de Stéphane Bern: La voix du people
Culture 2 min. 28.02.2016

La chronique de Stéphane Bern: La voix du people

La chronique de Stéphane Bern: La voix du people

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Culture 2 min. 28.02.2016

La chronique de Stéphane Bern: La voix du people

Virginie ORLANDI
Virginie ORLANDI
Il suffit d’allumer la télévision pour y découvrir, particulièrement dans les émissions de télé-réalité, des individus qui tentent de se faire un prénom sans faire la démonstration d’un quelconque talent, d’un haut fait de gloire, ou d’un savoir spécifique

Il suffit d’allumer la télévision pour y découvrir, particulièrement dans les émissions de télé-réalité, des individus qui tentent de se faire un prénom sans faire la démonstration d’un quelconque talent, d’un haut fait de gloire, ou d’un savoir spécifique.

Ils sont juste connus pour apparaître dans la lucarne magique qui, du jour au lendemain, leur apporte la célébrité dont ils ont toujours rêvé. Comme l’écrit le sociologue et journaliste Guillaume Erner dans son essai fort instructif et drôle « la souveraineté du people » (Gallimard), « la meilleure façon de saisir une société, c’est de comprendre ses obsessions. La nôtre est obsédée par la célébrité…

Comment le narcissisme a-t-il pu ainsi triompher de l’humilité ? Certes, jadis, la gloire était encensée. Mais la célébrité n’est pas la gloire, les people ne sont pas des héros. Alors que les people ne sont célèbres que pour leur célébrité, l’attention dont ils bénéficient ne cesse de croître ».

Interrogés sur leurs buts dans l’existence, les Américains sont une grande majorité à faire de la notoriété l’un de leurs premiers buts. Certes, à considérer les chiffres de vente du magazine « People », on peut comprendre que le public cherche à s’identifier à des stars placées – grâce notamment au cinéma et à la chanson – en pleine lumière.

Mais le processus ne s’arrête pas là : nous ne chercherions pas seulement à satisfaire une sorte de voyeurisme malsain en s’appropriant la vie des nouvelles idoles que sont Justin Bieber, David et Victoria Beckham ou Miley Cyrus, nous communions même sans le vouloir avec la valeur centrale de notre époque : la célébrité.

Personne ne peut le nier, nous baignons dans cette nouvelle religion sans presque nous en rendre compte, en mettant en scène nos vies sur Facebook, Twitter et Instagram, les réseaux sociaux sur lesquels nous nous racontons en toute indiscrétion et impudeur.

La loi du people, c’est la vox populi. On bâtit désormais des carrières sur l’insignifiance. Nabila ou Kim Kardashian sont connues pour être connues. Car il suffit maintenant de passer à la télévision pour avaler des sauterelles dans un stage de survie à Koh-Lanta, étaler son inculture et sa vacuité sur une plage du Mexique ou raconter ses problèmes intimes dans un confessionnal pour devenir un « héros » au regard de ses semblables.

La société, autrement dit le peuple, a érigé le people en souverain. Et pire, les hommes politiques sont parfois devenus aussi des people comme les autres ! Face à ce gouffre de bêtise, et cet abrutissement général, nous devrions méditer ce mot de Jules Renard, « on gagne à être connu, on perd à être trop connu ».

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