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La chronique de Stéphane Bern: La transparence à tout prix
Culture 3 min. 23.12.2017

La chronique de Stéphane Bern: La transparence à tout prix

Emmanuel Macron

La chronique de Stéphane Bern: La transparence à tout prix

Emmanuel Macron
AFP
Culture 3 min. 23.12.2017

La chronique de Stéphane Bern: La transparence à tout prix

Chaque week-end, Stéphane Bern nous livre sa vision de l'actualité dans sa chronique intitulée "L'air du temps". Il revient cette fois sur le week-end d'anniversaire du président de la République française, Emmanuel Macron, à Chambord.

Par Stéphane Bern

Nous y sommes ! Sous le règne absolu de la dictature de la transparence qui interdit notamment à un ministre issu de la société civile d’avoir un patrimoine confortable. 

On peut légitimement s’interroger sur cette loi qui exige que tout élu ou membre de l’exécutif qu’il se mette à nu et vide ses poches, alors que cela éloigne de la politique tous les talents qui ont réussi professionnellement. Tout est désormais sujet à polémique. 

Prenez l’exemple du court séjour du président de la République française, Emmanuel Macron, pour un Noël anticipé présenté comme un week-end d’anniversaire au château de Chambord où se rendent chaque année un million de visiteurs… 

Stéphane Bern, chroniqueur pour le Luxemburger Wort
Stéphane Bern, chroniqueur pour le Luxemburger Wort
LW

Comme le dit à juste titre l’avocat Eric Dupont-Moretti, «qu'est-ce qu'on s'en moque, il va où il veut»... «ce qui restait autrefois derrière le zinc du bar du commerce s'est démultiplié par les réseaux sociaux» et devient affaire d’Etat. 

Rappelons les faits : la semaine dernière, le président français et son épouse ont passé le week-end à titre privé dans le Loir-et-Cher, à proximité du château de Chambord, et l’Elysée a dû préciser que ce déplacement – le premier week-end privé depuis son élection en mai dernier - se faisait «sur les deniers personnels du président de la République». 

Emmanuel Macron et son épouse, accompagnés des enfants et petits-enfants de cette dernière, soit une quinzaine de personnes, avaient loué pour l’occasion une ancienne maison forestière transformée en gîte 4 étoiles, la Maison des réfractaires au tarif public de 800 euros, soit une cinquantaine d’euros par personne pour les «esprits chagrins» qui ont l’âme comptable. 

A cela s’ajoute la location d’un salon du château pour le dîner de famille au prix de 625 euros. Rien qui puisse déclencher un scandale d’Etat, rien qui ne justifie l’ire de l’opposition politique… et surtout rien de comparable avec la somme déboursée (350.000€) par la République pour assurer le confort en avion du voyage retour de Nouvelle-Calédonie du Premier Ministre Edouard Philippe ! 

Certains ont parlé de geste monarchique de la part du chef de l’Etat. A cause du choix de Chambord, résidence présidentielle, dont on fêtera en 2019 le 5ème centenaire de sa fondation sous la Renaissance française? 

Le président a, bien au contraire, rencontré les présidents des fédérations départementales des chasseurs qui participaient à une battue de régulation de sangliers, organisée par l'Office national de la chasse et de la faune sauvage, rendu visite au bébé panda récemment honoré d'une visite de Brigitte Macron, au zoo de Beauval, déjeuné non loin de là, au restaurant Le Bacchus dans le bourg de Saint-Aignan-sur-Cher, et fait un footing le long du canal avant d’assister au spectacle «La belle et la bête, une nouvelle histoire»... comme des dizaines de milliers de visiteurs anonymes ! 

L’esprit monarchique n’est-il pas plutôt du côté de ceux qui s’attachent à voir des symboles dans chaque geste présidentiel? On peut toujours leur répondre que depuis la visite du couple présidentiel, les demandes de réservations explosent pour la maison des Réfractaires, qui abrite deux gîtes quatre étoiles du domaine, «gîte du Cerf» et «gîte de la Salamandre», situés à 200 mètres du château. 

Les réservations affichent complet pour les fêtes et 60.000 internautes se sont connectés sur le site de location… 

N’en déplaise aux pisse-vinaigre devenus légions, cette visite présidentielle a donné un formidable coup de projecteur à ce monument emblématique de la France, situé dans une zone rurale, loin des ors de Paris. 

Auraient-ils préféré que le président Macron fasse comme ses prédécesseurs: une grande fiesta au palais de l’Elysée aux frais du contribuable? Le dictat de la transparence a une limite, le sens de la mesure, trop souvent dépassée.

Joyeux Noël à tous